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| | | /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\ | |
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| Auteur | Message |
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Ambroise .:: Doyen des Mearas ::.


Nombre de messages: 289 Âge du perso: plus de 250 ans Date d'inscription: 12/10/2007
Synthèse * Constellation protectrice *: * Pouvoir Astral *: Particularité: Laissez-moi voir... connard suffisant et prétentieux? Habile manipulateur?
 | Sujet: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\ Sam 20 Oct - 22:09 | |
| [Pour Aramis...] La poésie....
La poésie est sa faiblesse.
Il voudrait croire que ce n'est qu'un artifice de plus qui le pare, qui cache son coeur vicié, son âme suppliciée, la laideur qui sommeille et s'agite tel un monstre insatiable sous ce sein d'or, sous ce sein blanc et pâle, sable de neige, neige de sable... Mais il le sait au fond qu'il se ment à lui-même avant tout lorsqu'il s'amuse à briller lors de ces assemblées où se réunit l'élite, dans ces salons où se pâment les dames et où les hommes clament leur mépris, ce mépris du monde et de leurs semblables qu'ils nomment idéaux, politique...
Il se fourvoie plus qu'il ne fourvoie les autres le Poète Maudit déchu de ses hautes sphères célestes où éclatent ensembles et le tonnerre et la lumière de l'éther, où dansent ensembles les anges et l'orage, ballet de plumes pris dans le fracas des noirs nuages...
Tu t'enlises dans tes propres ténèbres, tu ne cherches pas même à te débattre contre ce qui fait de toi un monstre putréfié à l'esprit égal un amas de chairs mortes et sanguinolent, cadavre immonde d'un univers autrement plus merveilleux...
"Dolorida, je meurs!"
Oh, c'est toi infâme, qui meurt un peu plus à chaque mot, à chaque vers! C'est toi qui ne songe plus même au poison qui s'est fait maître de ton langage et découle de ta prose. C'est toi qui ne veux point voir l'atroce vérité, les crimes qui t'ont annihilé. Tu es si vide, si creux au fond... Il faudrait que tu ouvres la porte où sommeille ce jeune homme romantique et passionné... mais en es-tu seulement capable?
"Dolorida, je meurs!"
Toi, tu n'as plus même le courage d'appeler à l'aide, demander pardon. Bois à la coupe de tes péchés comme à l'aune des pires venins dont le Vice te fait l'aumône. Entraîné dans cette sombre danse, tu es la catin que guide dans ses ébats violents et chaotiques le noir cavalier qui t'envoie valser avec les anges pour mieux les souiller et les meurtrir... les pervertir.
Tu n'as pas même le courage de reconnaître ta faute, lâche! Couard sans nom qui ose défier les dieux dans leur immortalité et désire t'accaparer leurs pouvoirs, quitte à plonger plus avant encore ce monde dans les ténèbres qui règnent déjà en maîtresses impérieuses et capricieuses. Ton esprit avili entraînera-t-il à sa suite le destin d'un monde, le destin de tant d'êtres qui te sont inconnus et ne méritent aucunement de partager tes souffrances, ces douleurs que seul tu t'infliges...?
Mais déjà il entend à la porte des coups frappés, réajuste sur son visage ce masque hypocrite, lascivement allongé sur l'otomane sur laquelle il a pris l'habitude de s'étendre et lire...
Lire...
Et alors que ce parfumeur à la renommée grandissante qu'il a fait mander entre, ses yeux se posent sur ces mots, et son coeur saigne, et son âme frémit et tremble...
Dolorida, je meurs!_________________ 
Dernière édition par le Lun 21 Jan - 19:45, édité 1 fois |
|  | | Aramis .:: Rêveur de senteurs ::.


Nombre de messages: 259 Âge du perso: 22 ans Date d'inscription: 14/10/2007
 | Sujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\ Sam 20 Oct - 23:14 | |
| Selon l'adage, il n'y a pire qu'une femme lésée. L'ignare qui, en des temps immémoriaux, avait prononcé semblable sentence ne devait pas compter d'artistes dans son entourage. En tout cas, pas d'artiste assez imbu de sa personne pour prendre comme une déclaration de guerre tout mépris porté à son art. Et certainement pas un artiste très peu stable d'un point de vue strictement psychique.*Connard de Mearas... Butor sans âme, abruti inculte! Ah Monsieur ne veut pas se déplacer. Peut-être Monsieur veut-il aussi qu'on lui torche les fesses? Ah mais non, bien sûr: Monsieur ne chie pas, Monsieur rejette les impuretés par immaculée déjection. Crétin dégénéré. Salopard de...* Et caetera dans l'esprit d'Aramis, qui s'appliquait à entretenir sa fureur de diva frustrée depuis l'instant même où il avait franchi le seuil de la parfumerie. S'entendre mander comme un vulgaire tailleur, devoir se déplacer comme le dernier des courtisans, pour un homme qu'il n'avait jamais vu et qui peut-être ne lui plairait même pas... Pourtant, il aurait été heureux, le parfumeur, de voir le noble franchir la porte de son antre. Il se serait délecté de la découverte de cet être mystérieux, ce prince que l'on disait beau, cet humain que l'on disait immortel. Peut-être même qu'il aurait été flatté de créer pour lui, de louer à prix d'or ce don qui le rendait unique, et de tisser pour lui une riche parure de senteurs dont il aurait pu vêtir jusqu'à sa peau nue.
Mais si on le considérait comme un simple portraitiste et qu'on ne le vénérait même pas comme il convenait, là ça n'allait plus du tout.
Sa précieuse mallette reliée de cuir noire battant sa cuisse, le jeune homme eut tôt fait d'arriver à l'aile des Mearas de l'Etemenanki - le luxe éhonté du bâtiment n'était pas spécialement discret, même dans les Beaux Quartiers. On lui demanda de montrer patte blanche pour entrer, et il atteint un stade de colère auquel il n'avait même plus besoin d'entretenir sa hargne. Venimeux, odieux avec les domestiques, il s'appliqua à ne pas essuyer ses semelles et à répandre le plus possible de traces boueuses sur les riches tapis de la demeure, comme il aurait aimé conchier les faces arrogantes de ces nobles qui sans lui n'étaient rien, rien que des humains comme tous les autres, avec leur odeur de sueur, d'hypocrisie et de foutre. Il avait fallu une heure de palabre au maître des Nuits d'Ivresse pour convaincre son talentueux apprenti d'accepter cette confrontation. Aramis se maudissait d'avoir cédé.
Il traîna ainsi jusqu'à l'antichambre du doyen, où il abandonna sa veste aux bons soins d'un serviteur transparent avant de jauger avec mépris la porte qui lui faisait face. Il n'ôta pas ses gants, comme pour se prémunir de la crasse intellectuelle qu'il comptait trouver au-delà du battant, et, décidé à être le contraire de la politesse jusqu'au bout, il laissa à peine le temps au valet de pied de frapper à la porte pour l'introduire.
Aramis pénétra dans le salon du gigantesque appartement, la fureur sur le visage comme une peinture de guerre. Puis il vit celui qui avait eu l'outrecuidance de le pousser à se déplacer, et soudainement le masque rageur s'éclipsa, ne laissant derrière-lui qu'un faciès neutre et un regard trouble. Le parfumeur ralentit, s'arrêta. Il posa sa valise avec soin, et attendit que les domestiques aient refermé la porte pour se présenter."Aramis Lekain, parfumeur. Il me semble que vous m'avait fait mander, monsieur."Comment retranscrire la note suave, la pointe gourmande que sa voix avait soudain acquise à la vue de la silhouette lascivement allongée sur la causeuse qui lui faisait face? Le regard du jeune artiste pesa un long moment sur le visage du doyen, sur ses traits séraphiques et ses yeux à l'éclat soutenu, pour l'heure dardés sur un livre relié plein cuir. Ce visage si jeune, si séduisant, comparé au vieillard qu'il pensait trouver. Puis une glissade sur le torse drapé de tissu fin, le long des fines jambes à peine repliées, dans une pose à l'élégance étudiée. Et lentement, le sourire habituel fit son apparition sur les lèvres d'Aramis, révélateur d'intérêt, trahissant l'expectative. L'attente de la découverte de ces éléments essentiels qu'étaient la voix, le regard, l'odeur propre.
Il était toujours furieux, le jeune parfumeur, oh oui. Mais à voir cet être dont il ne savait rien et qui pourtant lui paraissait déjà très familier, il n'avait plus envie de jouer la carte de la vulgarité. Oh non. Car le doyen des Mearas ne ressemblait en rien à un imbécile sans sensibilité, et si Aramis voyait ses pressentiments se confirmer, alors il lui faudrait tous ses moyens pour distiller sa colère avec élégance, pour imbiber de poison chacun de ses mots, pour habiller sa voix d'une obséquiosité piégeuse. Un ours se chassait avec du gros calibre. Un délicat félin souffrirait bien plus d'une volée de plomb dans le ventre. |
|  | | Ambroise .:: Doyen des Mearas ::.


Nombre de messages: 289 Âge du perso: plus de 250 ans Date d'inscription: 12/10/2007
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 | Sujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\ Dim 21 Oct - 0:13 | |
| Les prunelles, iris d'or entremêlés d'ode végétale, de ces vertes parures qu'arborent fièrement et délicatement les plus beaux feuillages, les prunelles en un regard indéchiffrable se posent sur cet inconnu qui lui fait face. C'est comme un parfum aux relents d'éveil, une mélodie lointaine et suave, un souvenir, un soupir, un sourire... nostalgique... Ne sont-elles pas brillantes? Intensément, douloureusemet brillantes, derrière ce voile opaque de mystères fugaces qui en caresses sournoises tendent leurs bras fantômatiques en caresses méphitiques et étreignent le ciel dans leur blanc désespoir. Il ne le voit même pas ce jeune homme, il est perdu l'antique jouvenceau... Perdu.
Ce mot, c'est comme un cri, une lugubre plainte, une harmonie désespérée qui se heurte aux fondations de son propre mal, c'est une rage tantôt folle tantôt noble et contenue d'animal acculé, d'animal martyrisé... C'est sa damnation, c'est sa souffrance, c'est sa croix et son fléau, sa richesse et sa misère. Ce mot, c'est un enfant abandonné qui erre dans le brouillard terrifiant, un enfant dont on a lâché la main afin qu'il s'égare toujours plus en ces sombres et tortueux chemins...
Puis il s'éveille... Le doyen des Mearas.
Le fourbe et le monstre, la bête sensuelle, l'ange déchu implacable, le tyran haïssable... Au fond, une larme... une larme de plus glisse et se fraye un lumineux chemin sous ce ténébreux sein, le poète pousse un nouveau gémissement, expire une fois de plus... Comme il est cruel de l'éveiller à cette ode, le tirer de sa léthargie à la faveur de si belle mélodie, avant de l'achever, de nouveau, le bailloner, le mutiler, afin qu'il se taise, qu'il s'aveugle..."Aimez-vous la poésie...?" Non, Ambroise, non! Pauvre fou, pitié, ne te met pas en danger, pas de façon si impudente... si imprudente. N'expose pas ce qui peut seul être sauvé... Celui qui peut seul te sauver. Là tu ne joues pas que la vie, cette vie que tu as l'habitude d'écraser et rabaisser... Ne jette pas impunément sur l'échafaud cet être qui, à défaut d'être innocent, n'en est pas moins sensible... d'autant plus sensible. Curieusement, le démon, au lieu de détruire définitivement ce ténébreux ange... le protège et le sauve. Il se dresse en rempart contre tous ceux qui voudraient atteindre et peut-être agresser ce coeur romantique épris de romanesque, et c'est cet intangible démon, ce spectre qui plane au-dessus tous ses crimes, toutes ses manigances et ses cabales, ce fantôme qui enrobe d'une haine effervescente l'évocation de son visage et son nom... Ce sont ces longues habitudes que cumule le passé qui permettent au gracile et trop frêle Mearas de reprendre le contrôle de son esprit et ses sens. Son regard n'a plus rien à voir, alors qu'il détaille, en apparence de façon polie et détachée cet invité forcé, tandis qu'au fond l'incube se réjouit d'avance d'avoir trouvé tel festin en cette proie insoupçonnée, songe aux délices à venir qu'ils partageront peut-être dans les plis moelleux de ces draps, ces draps qui enrobent de soie et de satin le matelas comme les vêtements somptueux des nobles cachent leur dépravation physique, comme leur culture enrobe de teintes caressantes et veloutées les lames de fer de leurs langues acérées, leur fiel empoisonné...
Il est de nouveau le séducteur, le charmeur perfide, celui au sourire élégant et au discours plaisant... Pourquoi ne te bats-tu pas davantage...? Ambrosio, ah, Ambrosio... Tu as oublié ce que c'est que de vivre, tu as oublié ce que c'est que prendre le risque de souffrir... Et cette mélodie, lointaine et entêtante, qui continue de te hanter, te tourmenter...
Dolorida, je meurs!
Tais-toi! Claque lui la porte au nez, à ce damné amant qui t'a trahie et délaissée, oublie-le, bois ce blanchâtre breuvage à longs traits insensés, oublie-toi dans cet éternel sommeil affolé, inconscient! Ne laisse pas sur ta parole se flétrir les fleurs mensongères, continue de cultiver la vigne qui plongera les hommes dans cette léthargie, cette ivresse à la fois si douce et échevelée, en trompeur jardinier entoure la lugubre balissade, la sinistre balustrade de rosiers grimpants, de chèvrefeuille ennivrant, de clématite châtoyante... Pourtant, cette nature serait tellement plus belle si tu la laissais libre, fougueuse et impétueuse, déraisonnée et passionnée... Ambroise, Ambrosio... Endors-toi, éveille-toi... Lequel, et pourquoi...? Oh, mais surtout, fais un choix._________________  |
|  | | Aramis .:: Rêveur de senteurs ::.


Nombre de messages: 259 Âge du perso: 22 ans Date d'inscription: 14/10/2007
 | Sujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\ Dim 21 Oct - 1:42 | |
| Enfin un regard, une marque de vie. Et un court instant, l'attente avide d'Aramis devint un vide préoccupant, un trou noir dans sa conscience. Ce regard d'or pailleté de vert, ce nez aquilin, cette bouche à la courbe un tantinet trop sensuelle pour être vraiment masculine, semblaient chercher à lui évoquer quelque chose que son esprit avait perdu, une émotion effacée. L'image lointaine, tout à fait surprenante et incongrue, de sa propre mère. Du regard de sa mère, pour être précis, de ces prunelles qui auraient dû être belles et pleines de vie, ces iris qui avaient donné leur brun aux siens, et qui n'étaient que des mares amorphes envahies d'une souffrance stagnante. Etrange raccourci que lui offraient les restes de son coeur, bizarre sentiment de ne plus voir qu'une seule et même personne, androgyne, indéfinissable, abattue par un monstre inconnue. Oeil d'or en souffrance, oeil bois de rose en souffrance. Agonie semblable. Danger.
Mais les yeux n'étaient déjà plus les mêmes, une lumière sourde y était revenue, et le vide passait, s'effaçait, remplit de plus en plus vite de la double excitation de deux aspirations fondamentales du jeune homme. Le parfumeur, déjà, qui exultait de rencontrer de tels joyaux, qui devait se retenir pour ne pas partir à la dérive dans les relents épicés que lui inspiraient cette présence, ce sourire. Famille orientale, oh oui. Du clou de girofle pour la puissance, quelque chose d'ambré pour la séduction... de la canelle, pas mal la canelle... un peu trop doux peut-être. Trop doux pour des yeux qui titillaient si agréablement le second aspect de sa personne, qui le poussaient inconsciemment à délier ses mouvements, à adoucir ses regards. Face à un être aussi charismatique, peut-être que ses piques orales n'allaient finalement pas lui sembler suffisantes.
Puis une question, phrase unique, voix lancinante. Fébrilité réhaussée dans un corps plein d'expectative, dans un esprit artiste en roue libre - suave, tellement suave... Du santal, une pointe de vanille, pour accentuer encore le thème oriental, tirer la note de tête vers la feminité sous-jacente de cette bouche séductrice. Des lèvres qu'il se vit mordre avec délectation, un sourire qu'il se rêva effacer de la langue, une nonchalance qu'il eut envie de balayer de ses caresses, de ses provocations, très, trop osées pour ce mal nommé doyen - car comment pouvait-il en être autrement? Jamais encore il n'avait croisé d'homme, homo ou hétéro, capable de rester stoïque face à ses langoureuses avances. Il déclenchait le désir ou la fureur, mais toujours quelque chose, et c'était si bon de les voir perdre pied, de sentir leur autorité se diluer dans la honte ou le désir...
Malheureux chat sauvage qui croyait traquer un animal domestique quelconque alors qu'il affrontait un tigre...
Mais point de hâte, il ne fallait pas gâcher une promesse aussi riche. Restait encore l'odeur de ce corps pâle, les goûts de cet être inattendu. Aramis avait-il vraiment décélé une possible convoitise dans ces yeux au métal végétal? Où le jeune éphèbe se fourvoyait-il, abusé par sa surprise de découvrir un homme aussi jeune et désirable là où pensait trouver un vieil obsédé? Un peu de patience, quelques paroles. Tâchons d'effeuiller la plante tentatrice, de voir quel genre de fleur elle cache sous ses banales frondaisons."Hélas, je ne suis que très peu sensible à la magie du verbe. Les seuls poèmes que je goûte sont tissés d'huiles essentielles. Ce sont d'ailleurs les seuls desquels je vous parlerai, car un esthète tel que vous ne saurait imiter ces imbéciles rampants, qui confondent un artiste éclairé avec le courtisan fallacieux qui se fait le déversoir aussi bien de leur états d'âme que de leurs frustrations charnelles."Une première pique bien gentille, presque dissimulée, destinée à tâter le terrain, à découvrir le caractère qui allait avec ce sourire frêle. Allait-il comprendre l'affront? Si oui, allait-il le relever? Si oui, pour en rire ou pour s'en offusquer? Le parfumeur attendait la réaction du noble avec toute l'impatience propre à sa jeunesse, et pourtant il sut dissimuler son sentiment en se baissant sur sa valise, en l'ouvrant de quelques gestes précis, la délestant au passage du cadenas qu'y avait placé son esprit paranoïaque de génie incompris. La mallette s'ouvrit au tier de sa hauteur devant l'éphèbe accroupi, devoilant dans un éventail de caisse à outil les innombrables fioles qui y étaient soigneusement entreposées."Vous avez déjà un parfum, monsieur?"Sous-entendu, osez-vous mettre sur votre peau un produit dont je ne sois pas le concepteur? |
|  | | Ambroise .:: Doyen des Mearas ::.


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 | Sujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\ Mer 24 Oct - 21:28 | |
| [Références: Le poison de Baudelaire, et les paroles d'une cantate italienne de Haendel, delirio amoroso _délire amoureux_ dont la version que j'ai est interprétée par Magdalena Kozena, dirigée par Marc Minkowski... je ne saurais trop vous recommander de l'écouter!!!] "Pourquoi dans ce cas aurais-je fait appel à votre talent...?" Tiens donc, il est orgueilleux ce jeune homme... Sa fierté est-elle pour autant justifiée? Peu importe, l'infâme hypocrite le flatte, déjà le romantique enfant est reflué ainsi que son chant de lumineuses larmes dans les tréfonds de ces noires abysses tandis que le sein s'assèche et s'affermit... s'endurcit.
Dolorida... Dolorida, douleur... Douleur, noirceur... Le livre est abandonné à la douce langueur du velours ainsi que son âme endormie dans ces draps voluptueux, dans ce triste cercueil, peut-être recouvert de satin, mais qui reste un cercueil tout de même..."Tout cela ne vaut pas le poison qui découle De tes yeux, de tes yeux verts, Lacs où mon âme tremble et se voit à l'envers... Mes songes viennent en foule Pour se désaltérer à ces gouffres amers. Tout cela ne vaut pas le terrible prodige De ta salive qui mord, Qui plonge dans l'oubli mon âme sans remord, Et, charriant le vertige, La roule défaillante aux rives de la mort !" Un autre poète, un autre homme.
"Qu'une pensée vole au ciel si c'est au ciel que se trouve cette belle âme qui troubla ma paix. Si en enfer il il est damné pour m'avoir méprisée, au royaume des peines j'enlèverais celui qui fut mon bien-aimé"
La musique est si peu en concordance avec tes mots, telle une liane traîtresse et vivante, elle s'enroule autour et l'étouffe... ce coeur qui a si peu vécu. Elle te disloque, elle te déchire...
Dolorida, je meurs! Non, pitié, c'est un cauchemard qui te broie, qui t'étreint, qui te viole et force le démon à exhiber ce qu'il a de plus cher... Vite, change de morceau, monstre infâme Devient fier de ta vilenie, alors que chaque pas te rapproche de cet éphèbe, ce somptueux jeune homme que ton inconscient couronne déjà amant dans ses fantasmes insensés, ses sensuelles rêveries affolées, affamées... Mais ne le laisse point voir, ne le laisse point imaginer... Bande-lui les yeux sous un rideau opaque de baisers grisants anesthésiant toute volonté, annihilant toute raison et toute prudence, endors sa méfiance sous une berceuse charmeuse et dangereuse qui telle une sirène entraînera dans les tréfonds de cet océan de luxure et de passion son âme démunie.
Chaque pas, lascif, où tu foules, où tu glisses sur le riche et moelleux tapis, alors que ta noire chemise à peine boutonnée glisse, se dérobe, juste assez pour attiser la convoitise, éveiller la curiosité et l'envie... l'envie de mordre dans cette peau pâle comme dans une blanche pomme, un fruit défendu juste à peine et à la fois pas assez révélé...
Chaque pas t'éloigne d'Ambrosio, qui se tord, qui se meurt, impuissant, prisonnier derrière ce masque de verre. Aramis est ignoble, odieux? Cela, le malheureux poète ne le sait pas... ce messager des Muses qui une fois de plus sombre dans les relents irréels et fugaces de cette conscience amnésique aux appétits carnassiers... Elle rêve de festin, elle rêve de carnage, elle rêve d'outrages. Ce charmant parfumeur, ce petit chat aux piques à peines masquées, à peine déguisées derrière cette hypocrite courtoisie flagorneuse que les nobles affectionnent tant... tu vas te charger de le charmer... tu vas te charger de le briser."Êtes-vous réellement insensible à ces vers, à cette poésie...?" Et toi alors, damnée catin? Le jouvenceau s'agite et gémit dans son sommeil, mais cette question ne lui est pas adressée... pas alors que le ténébreux séraphin, le diabolique incube domine de sa frêle et gracile silhouette cet incroyable talent, pas alors qu'au fond de son corps les flammes de la concupiscence et du désir le dévorent... le dévorent comme son regard le fait de cette silhouette tentante et séduisante, qui fixe le somptueux Aramis, se plante sans sourciller dans ses prunelles sombres qu'il veut couvrir d'une sinistre ombre, d'un funeste souvenir. N'importe qui serait sans doute gêné d'être ainsi dévisagé avec autant d'intensité... les iris aux teintes dédoublées, où l'or danse comme une auréole de feu sur les chevelures des nymphes, où l'or tournoie comme les éclats de soleil entre les frondaisons lointaines... elles semblent vouloir déshabiller cette âme inconnue, la forcer même plus que l'inviter à se dévoiler, arracher ses atours et la révéler dans toute sa nudité, sublime ou horrible, merveilleuse ou tragique.
Ce regard... Ce regard, indéfinissable, ne dure qu'un instant. Un éphémère, un infime et éternel instant. Puis le sourire, moelleux, doucereux, revient, polit de nouveau ce masque marbré, grave à même sa chair, ses gestes, des fresques gracieuses, des scènes aux méandres insaisissables...
Cet Ambroise? Vous l'avez rêvé, je vous assure...
Et pourtant, certains rêves ont l'air tellement réels..._________________  |
|  | | Aramis .:: Rêveur de senteurs ::.


Nombre de messages: 259 Âge du perso: 22 ans Date d'inscription: 14/10/2007
 | Sujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\ Sam 27 Oct - 2:08 | |
| [Un jour vous me tuerez de frustration...] Enfin le noble alangui s'autorisait à quitter sa couche improvisée, et à présent ses pas déliés l'amenaient sans hâte auprès du jeune parfumeur, plus près, toujours plus près de ce visage au sourire translucide, de ces prunelles ouatées qui dégustaient avec un discret assentiment l'ondoyante silhouette. Double écho de chaque pas, un parfum, une tentation. Le doyen daigna enfin laisser un compliment couler de sa bouche suave, et l'orgueil trop sensible de l'artiste s'en trouva soudain vivifié, hypertrophié, si bien qu'il envahit de ses circonvolutions les sens d'Aramis pour le priver d'une bonne partie de cette rancoeur qui, hélas, avait seule le pouvoir de le rendre méfiant."Sait-on jamais, j'aurais pu avoir à rattraper les dégâts d'un anonyme peu précautionneux qui prétend avoir un nez."Oh oui, il crânait - c'est que les compliments sur son art étaient sa faiblesse, voyez-vous. C'est qu'après les avoir entendus, il se laissait toujours captiver avec une surprenante facilité, le bel éphèbe. Lui-même finit par noter qu'il était un peu trop fasciné par les perles d'absinthe dorée qui le fixaient depuis ces mystérieuses orbites, par le torse délicatement ouvragé que l'impudente chemise d'Ambroise masquait autant qu'elle le dévoilait, par le torse que ce jeu de rideau rendait viscéralement attirant. Aramis chercha à reculer, à se retrancher derrière ses convictions, son propre charme et son mordant, avide de croire qu'il pouvait tout contrôler. Transformant en un hautain mépris sa surprise d'entendre le doyen déclamer de la poésie.
Il se releva lentement, prêt à déjouer d'une autre pique ces vers qui s'échouaient dans son oreille comme autant de vaguelettes atones. Ecrivains, peintres... il était artiste au même titre qu'eux, souvent même il se montrait bien plus original, et pourtant il devait toujours lutter, imposer sa foi et son talent auprès de ces pompeux bourgeois anoblis. Que savaient-ils des odeurs, ces abrutis? Avaient-il seulement conscience des petits trésors invisibles qu'ils arboraient parfois sur leur gorge, ces cascades de pierreries dont il n'entrevoyaient qu'un ou deux diamants épars à travers leurs narines congestionnées? Ainsi, malgré le fait qu'Aramis pensait que tous ces parvenus ne comprenaient pas plus leurs vers que ses parfums, il ne perdait jamais une occasion de cracher sur ses congénères plus "classiques". Question de principe.
Pourtant cette fois il ne dit rien.
Parce que quelque chose ne tournait pas rond.
La voix du Mearas. Lente déclamation où chaque mot, chaque syllabe devenait une pique, désagréable, désirable. Malaise. Attrait. La pauvre culture littéraire d'Aramis faisait qu'il se trouvait bien en peine de distinguer Baudelaire d'un autre prophète versificateur, mais cette partie de lui qui n'aimerait jamais que l'odeur de Soleil était bien assez aiguisée pour goûter aux divins relents de ses vers - surtout ainsi, alors qu'ils sécoulaient en une venimeuse anesthésie des délicates lèvres d'Ambroise. C'était... filant. De l'armoise particulièrement acide, quelques sensuelles notes ambrées qui se noyaient dans une note de tête puissante et lourde. Aramis n'entendit pas le premier poème, ni le second. Il les sentait. Il les ressentait. C'était bien la première fois, et c'était plaisant.
Pourtant quelque chose ne tournait pas rond.
Les yeux du Mearas. Il était soudain si proche, et son regard brûlait, fouillait loin dans le sien propre, comme la langue avide d'un pervers qui cherchait à forcer la bouche d'une pucelle. Une envie, mais de quoi? De connaître, de posséder? Ou simplement d'intimider? Ambroise n'avait pas du tout donné l'impression de le désirer d'une quelconque manière, mais ce regard...
Ca ne tournait pas rond du tout.
Et pourtant Aramis décida de laisser les choses suivre leur cours. Il aurait pu rivaliser avec le Mearas, le jeune écervelé, il aurait pu mener un duel presque équitable au lieu de foncer dans le mur, si seulement il avait mis un peu de son orgueil dans sa poche et admis qu'il puisse y avoir pire prédateur que lui-même. Il rendit son regard au doyen, un regard neutre et indéchiffrable comme il savait si bien les faire, ce regard qui semblait dire "et alors?", ce regard qui agaçait si bien. Il garda la tête droite, inconscient de rôder près de griffes plus longues et acérées que les siennes, trop décidé à s'aliéner ce langoureux séraphin à l'apparence sans reliefs pour écouter les signaux d'alarme envoyés par son instinct.
Les yeux. La voix. Non, ça n'allait pas. Ambroise était faux, quelque chose en lui sonnait faux. Faux et dangereux. Son apparente absence de désir, ses mots si suaves, toute cette apparence contrefaite et travaillée ne collaient pas avec son regard.
Mais Aramis était trop jeune et trop confiant pour se fier à un pressentiment aussi vague. Personne ne pouvait lui faire du mal. On ne le maltraitait pas, il se laissait maltraiter. Il ne pouvait imaginer plus retors que lui-même. On avait même essayé de le violer, une ou deux fois, et toujours il avait retourné (c'est le cas de le dire) la situation à son avantage. Il n'avait pas peur, car il ne craignait pas la douleur - au contraire, c'était même le seul type de relation qu'il connaissait: si on lui faisait mal, c'était qu'il avait réussi à posséder sa proie, c'était qu'il était parvenu à la rendre folle de convoitise. Ils cherchaient à l'humilier, à le soumettre par la force, et il riait. Et cela lui conférait une maîtrise évidente de toutes les situations.
Sauf celles où justement, il aurait mieux fait d'avoir peur."La question est plutôt: y êtes-vous sensible, vous?"C'était une réplique douce et délicate, comme la caresse que le sus-mentionné pervers aurait eu pour attirer sa pucelle jusque dans ses draps. A nouveau le parfumeur s'accroupit auprès de sa mallette, mais cette fois il le fit avec une lenteur délibérée, tout à fait conscient qu'Ambroise n'était guère à plus d'un mètre de lui, et qu'ainsi agenouillé il se retrouvait tout à fait bien placé pour admirer les attributs du doyen. L'élément troublant étant qu'Aramis les fixait avec un naturel à toute épreuve, même pas du désir, juste du naturel. D'ailleurs le jeune parfumeur ne s'attarda guère qu'une seconde sur l'aîne qui lui faisait face, juste assez, pensait-il, pour que le noble s'en rendît compte - car tout était planifié, bien sûr, caque action avait sa raison d'être. Puis il releva la tête, et s'adressa à son client comme si se trouver dans une position aussi ouvertement inférieure ne le gênait, mais alors, pas le moins du monde."Vous plairait-il que je cherche comment retranscrire ces mots en effluves?"Il saisit ostensiblement un flacon d'huile essentielle de myrrhe dans sa valise et la mit de côté. Ce faisant, il nota le rarissime ambre gris qui dormait dans un coin, une subtance qui n'était guère que du vomi de cachalot et qui pourtant possédait des vertues aphrodiaques surprenantes. Il n'avait pas encore décidé s'il allait ou non pousser Ambroise jusqu'à coucher avec lui, mais il décida que s'il le faisait, il mettrait de l'ambre gris dans sa composition. En souvenir, on va dire."Vous plairait-il que j'habille votre peau de ce que votre coeur ressent à la lecture de ces vers, que je glisse sous vos vêtements l'âme même de ces poèmes? Est-ce que vous aimeriez arborer en permanence l'acide douceur des amours aliénés, la pénétrante chaleur d'un orgasme? Ou bien ne sont-ce que des paroles pompeuses juste faites pour m'impressionner?"Il mordait encore, le vicieux chaton, avide dans sa folie de voir le Mearas s'approcher encore plus, pour qu'enfin il puisse sentir de lui-même le parfum de cette peau pâle qui paraissait appeler ses baisers. Cela, au moins, ce serait une information digne de ce nom. |
|  | | Ambroise .:: Doyen des Mearas ::.


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 | Sujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\ Sam 27 Oct - 14:27 | |
| Une attaque! C'est une attaque...! Les mots retournés contre lui l'atteignent plus qu'il ne veut bien l'admettre, le perfide! Erreur de calcul petit chat, on ne se risque pas sur les terres hasardeuses d'un coeur ignorant de sa propre pulsation, inconscient de sa propre existence sans en payer le prix. Le mépris et la froideur vinrent se glisser entre les plis de ses vêtements et sa peau pâle, comme une épaisse armure pour un être qui était encore trop démuni, encore trop subjugué par les charmes de la poésie. Scélérat, tu n'es plus sensible à rien, cette réaction en témoigne! Ambrosio, trop sensible au contraire, au fond de sa geôle appelle à l'aide, crie, tempête, pleure... Pleure...
Oh oui, pleure, bel enfant, pleure pour cet infâme qui n'en est plus capable, même pour lui-même... Lui, il les vit ces vers... il les vit même plus qu'il ne les comprend, plus qu'il ne les ressent... mais ce n'est pas Ambrosio qui fait face à l'imprudent éphèbe. C'est l'Incube... et qui plus est un incube de fort méchante humeur après la douche froide qui s'est abattue en une cataracte glacée sur les flammes voraces de son naissant brasier."S'il vous fallait interpréter en ode odorante chaque poème qui mest cher, vous pourriez bien y passer une vie entière..." Au lieu de répliquer à son tour en cherchant à fouailler sous ce jeune sein encore sans armes face à la flatterie, le doyen se retire, il repart vers le rocher où son corps pourra s'étendre et se reposer en ondin séduisant et lascif plutôt qu'évoluer dans ces eaux tumultueuse et peut-être même dangereuses... mais il ne s'allonge pas de nouveau sur ce délicat meuble ornementé. Il regarde l'ouvrage du magnifique De Vigny à la plume sublime et grandiose, cet auteur qui le perce si bien à jour, l'un des seuls peut-être à pouvoir révéler si aisément et Ambroise et Ambrosio, à sauvegarder encore et encore, encore un instant, toujours un instant de plus arraché au sablier du Temps, arraché aux ténèbres qui engloutirent son âme la vague dépuille de ce jeune enfant qui ne saurait grandir. Les notes de musique autour caressent son coeur, caressent sa chair sous leurs baisers pétris de passion, de pleurs, de violence, de fougue, de douleur, d'indicibles joies et d'extases...
Oh, fourbe... Ignoble fourbe! Pourquoi toutes ces oeuvres somptueuses ne te poussent pas à t'élever, t'élancer vers cet éther invisible qui baigne la silhouette d'un pâle ange endormi au beau milieu de cette effroyable et angoissante nuit, cette atmosphère obscure et effrayante tissée de cauchemards de filandreuses brumes noires d'opacité...? Pourquoi au contraire t'inspirent-elles ces machiavéliques artifices, alors que tu composes ta voix, ton expression et tes gestes égaux ceux de Lucifer pour Eloa...? Cet imbécile ose qualifier les chefs-d'oeuvres des démiurges de pompeux?! Ces poèmes, ces toiles, ces mélodies qui ont traversé les âges, survécu aux siècles! Le mettrais-tu devant un Moreau ou un Titien, peut-être cela lui ferait-il autant d'effet qu'à une vache qui regarde de son abruti d'air bovin passer les trains!
Monsieur est beau, monsieur est magnifique, attirant, charmeur, et sous prétexte que monsieur a un nez, monsieur a le droit de dire de Baudelaire qu'il est pompeux?!!! Ambrosio ET Ambroise s'en étrangleraient presque! (et c'est dire, pour une fois que les deux partageraient la même réaction!)
N'y aurait-il ce "pompeux"... ce funeste, ce fâcheux, ce regrettable "pompeux", l'ange enténébré aurait pu croire que cette proposition dénotait une volonté, une superbe envie de lier différents arts, de même que le "Prélude à l'après-midi d'un faune" de Debussy lui fut inspiré par les vers de Mallarmé, de même que les mythes anciens s'incarnèrent en mirifiques toiles et somptueuses sculptures sous les mains habiles des Michel-Ange, des Canova touchés par la prose d'Homère, Horace, Virgile... Mais non, évidemment... ce serait trop beau! A peine offre-t-on une particule et un blason à l'artiste que cela le pourrit, qu'il se détourne de son art originel, son âme véritable, que son esprit vicié devient avide d'un autre succès, tellement plus vain, superficiel... Des Lucien de Rubempré, les nobles en odieux et monstrueux Vautrin en avaient souillé! Crache sur ces oeuvres qui te sont inaccessibles, petit chat, feule, tu en deviens si amusant... de l'orgueil et du mépris pour offrir un faux vernis doré à l'ignorance... mais tu auras beau draper une misérable salope des plus beaux atours, elle n'en restera pas moins telle.
Le doyen, lui, se montrait toujours curieux, avide de découvertes, de nouvelles connaissances pour enrichir son éternité, et c'est pourquoi d'ailleurs il comptait au nombre des plus généreux mécènes de la cité. Son mépris, il le réserve aux imbéciles qui se croient supérieurs à l'Art quand luimême, malgré tout son orgueil n'a pas cette prétention. Mais point de jugement hâtif, ce charmant jouvenceau au délicieux minois ne cherchait peut-être qu'à le provoquer, le déstabiliser, de même qu'en fixant aussi impunément le carré de tissu qui cachait l'origine de sa virilité. Façon d'agir qui manquait cruellement d'adresse et de subtilité, mais qu'à cela ne tienne: si ce bel éphèbe n'était qu'une méprisable traînée, il pourrait toujours s'offrir le divertissement de le baiser, puis le renvoyer plus ou moins élégamment avec quelque monnaie sonnante et trébuchante pour arrondir sa fin de mois. Mais s'il est plus que cela, si ses petits coups de griffes cachent une profondeur indécelable au premier abord, une sensibilité enfouie qu'il protège grâce à ce comportement curieux qui échappe à l'analyse du doyen... alors peut-être...
Ambrosio rêve et chante ses espoirs, ses espoirs d'enfant abandonné qui ne demande qu'un compagnon pour partager ses moments de lyrisme et de poésie, qui ne demande qu'à s'envoler loin de ces gastes et tristes terres avec un autre démiurge, un amant ou une amante que réuniraient une symbiose sublime... il rêve de destins qui se mêlent, qui se croisent, de chemins tantôt sombres, tantôt éclairés par un amour aussi destructeur que le soleil et aussi doux que la lune, il repense à Georges Sand et Alfred de Musset, Clara et Robert Schumann, à Colette...
Ambroise s'assied tranquillement sur l'ottomane de velours et sourit, un sourire agréable et poli, au parfumeur. Il fait semblant de ne pas avoir vu ce regard posé sur son entrejambe, désormais invisible alors que ses jambes sont croisées. Puis il abandonne un peu ce masque d'une courtoisie distante pour plonger ses prunelles dans celles aux teintes plus sombres mais non moins envoûtantes de son fils inconnu avant de déclarer:"Je veux un parfum qui soit une âme... un parfum qui évoque une image... comme un paysage riche, ennivrant, profond... un arc-en-ciel changeant dont chaque teinte est différente mais non moins merveilleuses.... du mystère, quelque chose qui subjugue, ensorcelle et fascine... Je suis sûr que vous en êtes capable, on dit qu'il n'y a point de défi trop grand que vous ne puissiez relever." Ces mots... Oh, ces mots, comme ils vibrent alors que la voix de l'antique chérubin déchu, ambigue ainsi que le reste de sa personne, résonne, chaude et ronde dans l'atmosphère de l'antichambre aux allures de boudoir, une jeune voix à laquelle la maturité n'a pas pu conférer de graves accents mais qui a déjà perdu son timbre cristallin et flûté propre à l'enfance. C'est une provocation déguisée, car le parfum n'est pas le seul défi qu'invite implicitement à relever le doyen, le sombre séraphin..._________________  |
|  | | Aramis .:: Rêveur de senteurs ::.


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 | Sujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\ Sam 27 Oct - 19:23 | |
| Ta salive qui mord...
Enfin un signe de vie, enfin un écho sur ce visage lisse! Certes, le noble refroidi s'était éloigné, et ses troublantes prunelles semblaient soudain s'être un peu assagies, mais au moins Aramis avait-il réussi à le toucher, à trouver une prise dans ce coeur impénétrable où il progressait en parasite aveugle. Pas à cause de son regard, non, ce qu'il était bon de noter: ou Ambroise n'avait cure de ses avances, ou il ne les avait même pas remarquées - ce qui était néanmoins à peu près exclu, vu l'énormité de celles-ci. Mais la pique méprisante du jeune parfumeur concernant la poésie, par contre...
Alors que le doyen lui tournait le dos pour s'en retourner à sa méridienne, le jeune chat se prit à redresser la tête, fier de son indélicatesse, satisfait d'avoir trouvé une compensation à la hargne qui l'avait traversé lorsqu'on l'avait fait mander avec aussi peu de considération. Il pouvait bien s'outrager, le noble esthète. Il disait aimer l'Art, ses appartements parés de livres et de somptueux tableaux se voulaient un écho de sa délicatesse, de ses envies, il allait jusqu'à mettre une symphonie comme toile de fond sonore à ses actes. Il était destabilisé, sinon choqué que l'on insulte un poète. Alors aurait-il osé envoyer quérir Michel-Ange comme on commande une pizza? Comme il l'avait fait d'Aramis?
Ta salive qui mord.
Le parfumeur s'était vengé. Bien. A présent, il pouvait passer à autre chose, s'oublier totalement dans la personnalité de ce distingué Mearas, dans le parfum qu'il demandait, dans sa si séduisante gestuelle. Il avait trouvé une faiblesse dans le sein fardé, et à son sens sa retraite était ainsi assurée - car jamais il n'hésiterait à réitérer ses insultes. Si Ambroise accordait quelque importance à ses mots, grand bien lui en fasse. Aramis, lui, n'avait pas pour habitude de dévoiler le peu qu'il avait au premier venu, et encore moins de donner du crédit aux affronts d'un inconnu. A la différence de son interlocuteur, il parvenait à totalement séparer incube et artiste, l'un n'ayant aucune connaissance des actes et paroles de l'autre. Comment aurait-il pu survivre, autrement? Un artiste, ça s'attache, ça ressent, ça souffre. C'est vulnérable. Ca se cache. Un jeune chat aventureux, ça s'amuse.
Ta salive qui mord... Dieu qu'il aimait cette formule...
En fait si, il y avait bien une chose qui traversait le filtre: les compliments. Une faiblesse tout aussi sinon plus énorme que celle décelée chez l'étrange séraphin, une faiblesse dont Aramis n'avait même pas connaissance - c'est que ceux qui le flattaient étaient toujours si prévisibles dans leur hyprocrisie, si vulnérables dans leurs caresses intéressées... Alors le chat se contentait de s'étirer sous leurs doigts malhabiles, s'accomodant du pire quand il aurait pu prétendre au meilleur, quand un peu de sentiments auraient transformé ses jours dissolus en une vie presque agréable.
Ta salive qui mord... acide, pointe d'acide, mais si peu... comment faire pour la douleur affectueuse?... quelque chose qui alourdirait l'acide des hespéridés, leur ôterait leur fraîcheur...
Et doucement, alors que l'incube se croyait comblé et hors d'atteinte, le parfumeur en profitait pour apparaître, se risquer au dehors en souris effarouchée, au lieu de simplement murmurer des suggestions depuis l'intérieur de son trou. Il regardait Ambroise, il l'écoutait, et voilà que son sourire enjôleur disparaissait, que son regard se faisait opaque, lointain, porté par toutes les Muses rassemblées en cette pièce. L'Aramis connu de tous n'en avait effectivement rien à faire de ces autres créateurs qu'on encensait - parce que pour chaque compliment qu'on leur faisait, il ne récoltait que le silence, lui. Et il se voulait respecté, vénéré à la mesure de son talent. Mais celui qui se dévoilait brièvement en cet instant ne les connaissait que trop bien, ces autres prophètes, il sentait leur coeur battre sur le même tempo que le sien. Il voulait sentir ses narines palpiter au rythme des mélodies entendues, il voulait s'abandonner, se laisser guider par ces mots qui avaient heurté son oreille et s'étaient plantés dans son âme. Ces mots qui représentaient si bien le Ambroise qu'il pressentait à travers tous ces oripaux de tact, de mépris et de distinction.
Le jeune homme avait ramassé sa valise sans la refermer, oublieux du doyen, oublieux de son rôle de catin arrogante. Il voulait simplement s'installer ailleurs, là où il pourrait effectuer un travail digne de ce nom. Son coeur se décida pour le vaste buffet marqueté et drapé de marbre qui ornait l'un des côtés du salon. Aramis y déposa ses effets, et sortit immédiatement l'une des fioles de sa gaine de soie. Il la porta à son nez, l'entrouvrit à peine, la reposa à côté de la valise. Puis ses doigts filèrent le long des flacons comme ceux d'un pianiste précautionneux, à la recherche d'une note, d'une seule, celle qu'il lui fallait. Il en choisit une, hésita."J'ose espérer que j'ai carte blanche en ce qui concerne le budget."Sa voix avait été lointaine et désintéressée, à mille lieux de ses précédentes roucoulades: il ne draguait plus, là, il crééait. Ta salive qui mord. Kalamanzi, oui. Rarissime et extrêmement coûteux, mais juste assez acide pour ce qu'il voulait - un autre agrume aurait été trop franc, trop vivifiant pour Ambroise. Et de l'iris, bien sûr, de l'iris en note de coeur, la fiole qu'il avait sélectionnée d'entrée de jeu, car Aramis ne connaissait pas de fleur plus ambivalente et distinguée pour un parfum masculin. Il lui manquait cependant quelque chose pour la base. La lourdeur. Il lui fallait de l'épaisseur, du mystère.
Soudain son oreille perçut quelque chose, quelques notes, une mélodie en apparence joyeuse et sans conséquence, avec pourtant ce corps, cette harmonie qu'il cherchait. Parce que c'était un violoncelle et pas un violon. Un violoncelle, pas un violon. Tabassé, il lui fallait une note de tabac frais. Un rondo de Dvorak qui, sans que le parfumeur ne le sache, succédait à Schumann. Et l'artiste, inconscient de détruire tout le travail de dissimulation de l'incube, se laissa emporter le temps d'une demande stupide, le temps d'un dangereux excès d'enthousiasme:"Vous voulez bien remettre ce morceau depuis le début? Peut-être que je tiens quelque chose."Oh oui, d'un seul coup il le sentait bien, si bien. Il savait les odeurs, les arômes qui se succédaient presque trop vite dans sa tête. Il lui aurait fallu noter, mélanger tout de suite, et c'est dans cet optique qu'il sortit vivement ses pilons, pipettes et écuelles. Ce pouvait être bon. Très bon, même.
Si le turbulent jeune chat laissait à l'artiste le temps de terminer. |
|  | | Ambroise .:: Doyen des Mearas ::.


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 | Sujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\ Lun 29 Oct - 22:52 | |
| Ta salive qui mord...
Il avait suffi d'un simple aveu pour que tout fut oublié, pour qu'il n'y ait plus de tords. Ambrosio sourit, exulte, tourbillone, danse, insensé, alors qu'il aperçoit déjà un frère, un semblable... Ambrosio se rit du fier Mearas, du cynique et sadique incube, Ambrosio lui crache au visage et le surplombe alors qu'il dirige cette frêle enveloppe de sa jeune âme fougueuse, impétueuse, et qu'il exécute avec une joie et une ferveur indéfinissables les voeux du somptueux, du magnifique Aramis. Il se sent presque de trop, il se sent sacrilège de pouvoir contempler ainsi les mystères de la création d'un artiste en pleine ébullition, créature égarée dans la genèse inachevée. Son coeur s'accélère alors que la musique, lente, grave, profonde s'élance et s'envole peu à peu libérée telle un antique et sublime oiseau, imposant, majestueux, léger et gracieux lorsque l'emportent dans leurs caresses, tourbillons d'extase, les créatures impalpables faîtes de vent et dont les chevelures ondoyantes se glissent dans son merveilleux plumage.
Mon âme sans remords
Curieux, impatient, l'enfant égaré au seuil de ce temple de senteurs maintenant qu'il a été projeté au beau milieu de ces secrets veut les partager, guidé par un désir innocent de comprendre pour mieux les vivre ensembles, avec ce gardien, cet esthète esseulé. Pourtant la création est un acte solitaire, ainsi Ambrosio, dans l'expectative, ne peut qu'attendre, retranché sur le luxueux divan exotique ainsi qu'un oisillon au bord du nid qui n'ose encore prendre son envol pour explorer les divines contrées et le sublime éther qui s'étendent en autant de promesses luxuriantes. Qu'attends-tu, gracile volatile, pour te lancer à l'assaut de ces paysages, te risquer à l'aventure...? As-tu peur du chat qui sommeille et te guette?
Ne crains rien, poète oublié! Tu connais la fange, nul besoin de vouloir l'éviter: une existence purement éthérée t'ennuierait, de même qu'une vie dénuée de toute émotion, de toute passion, même inconsciente, te détruirait. Tes ailes maculées, tes ailes immaculées sont aussi blanches que noires! La foudre et les éclairs peuvent tonner, les cieux enragés tourmenter ta frêle enveloppe malmenée, l'azur dans ses bras lumineux caresser et soigner tes blessures, du moment que tu luttes pour y goûter!
Mais Ambroise, Ambroise... On n'efface ni n'oublie les siècles d'infâmie par un fugitif éveil. C'est au tour du machiavélique doyen de gronder et montrer les crocs alors que son coeur s'agite et pulse violemment, alors que son âme veut briser ce cocon d'insensibilité dans lequel il l'a enfermée pour éclore et recouvrer sa liberté... Ambroise aime tout contrôler, tout dominer, il n'accepte pas de voir sa victime lui échapper et signer son arrêt de mort. Ambroise est maître en ces lieux, il est arrogant souverain, insupportable et perfide. Mais pourquoi ne peut-il que plier face à ce jeune messager des dieux un peu fou dans son ivresse, ce phénix qui renaît de ses cendres, face à cette âme éblouissante...? Il fulmine, l'ignoble serpent, car ce n'est ni Eve ni Adam qu'il a face à lui et peut tenter. Il paraît même si vil et si méprisable l'orgueilleux despote à côté de ce séraphin qui se fout et du bien et du mal, qui ne demande qu'à vivre, peut-être égoïstement, au mépris des règles, mais de façon si intense qu'à côté les lois et l'étiquette ne veulent plus rien dire.
Il se saisit instinctivement d'une feuille, il veut absolument renaître, à travers sont art, à travers ses mots, mais un vertige le saisit face au blanc de la page qui s'étend comme un désert pur et inviolé qui attend d'être fécondé... saura-t-il en faire jaillir des merveilles, le peupler de réelles chimères, transformer l'illusion en somptueuse émotion...? Cela fait si longtemps qu'il n'a usé et rompu son coeur et ses doigts à cet exercice, presque douloureux tant il est dévastateur pour le rythmique organe qui fait découler de ses doigts un aperçu tellement piteux et maladroit face à l'harmonie divine qu'il tente de retranscrire. Mais déjà la main s'agite, s'empare de la plume et vient tremper le bec d'oiseau dans la couleur de son musical langage... s'élèvent les premières trilles, module un chant chaotique sans but ni chemin la voix qui ne sait si elle suit son destin mais le fait avec un ravissement certain.
Ambroise hurle, le petit despote s'agite, comme un gamin capricieux et misérable veut détruire les jouets de ce jeune frère inattendu dont il hait la venue. Oh, comme il le hait cet insupportable démiurge qui se révèle et s'expose au monde... et au fond comme il l'aime! Il voudrait tantôt le briser ainsi qu'un pantin, tantôt le serrer dans ses bras et l'étreindre, lui laisser la place de se dévoiler, être capable de lui dire... combien il l'admire, combien il devrait avoir foi en lui, en sa prose... qu'il est assez fort pour survivre dans ce monde adoré et honni, qu'il peut partir tranquille à présent... Mais c'est si dur... Si douloureux et si dur...
Si tout était aussi simple, s'il y avait simplement d'un côté un ange et de l'autre un démon. Mais dans cet esprit survolté, ce sont deux personnages qui se heurtent, s'embrassent, s'affrontent, les larmes qui jaillissent, les étreintes qui s'enchaînent, le sang qui gicle... Ce Chaos est le théâtre d'innombrables amours, d'innombrables luttes, et Ambroise a fini par exister au même titre qu'Ambrosio.
Sans doute même Ambrosio a-t-il besoin d'Ambroise sans le savoir... de son esprit sagace et retors, de son cynisme et de son sadisme, de ses barrières, son venin... sa distance... Besoin de lui pour plonger impunément dans les pires remous, les plus noirâtres et putrides marécages, s'enfoncer dans les contrées les plus glauques sans faillir et sans risque de se détruire, pour mieux repartir vers d'autres horizons et goûter avec d'autant plus de bonheur et d'affront la lumière de ces univers pour les autres inacessibles et peut-être même abscons.
Mais au fond, ces deux jeunes hommes ne sont-ils pas une seule et même personne...? Entre Ambroise et Ambrosio, il n'y a qu'un changement de consonnance et de consonne... un nom français, l'autre est latin, mais l'origine est semblable et unique...
Oh oui, écris sans craintes Ambrosio, tu as retrouvé ta ferveur, ta plume et ton nom. Aux yeux du monde, tu resteras Ambroise, le fourbe, le pervers, le rusé sournois... mais tu le sais toi, n'est-ce pas...? Tu le sais que ce vous n'existe pas et qu'en fait, il n'y a que toi... il n'y a toujours eu que toi.
Plus loin, Aramis mêle dans son propre monde ses fioles, ses fragrances et leurs souvenirs... chacun s'inspire de la musique, du moins le croient-ils certainement... Mais ce n'est qu'un même souffle enchanteur qui leur parvient, ce sont les mêmes Muses, généreuses et divines qui acceptent de leur souffler une réplique qu'ils créent pourtant à l'instant où elle franchit leurs doigts, leurs chairs et leur bouche... chacun sans doute est trop pris par ses instincts transcendants, ses pulsions transcendées, du moins est-ce le cas pour Ambrosio, si vivement emporté par son inspiration qu'il en oublie d'être gêné, qu'il se laisse griser alors que la poésie se forme et glisse... glisse... sur le papier auquel il communique ses ardeurs fiévreuses, ses ardeurs enfiévrées, le filet d'eau murmure ses merveilles, la dame du lac fait couler un peu de magie dans ce torrent tumultueux qui en cascade de feu rebondit entre chaque rime naissante pour créer une nouvelle coulée, un nouveau fluide un peu dément pour finir par venir s'échouer sur la grève de cette fin de page, cette fin de poème et d'un geste large tracer en de complexes sillons, apposer en méandres d'arabesques stylisées sa signature sur ce nouveau-né tout juste enfanté.
Peut-on vraiment signer une oeuvre, ainsi que l'on marque un chat ou un chien...? Nous appartient-elles vraiment, alors qu'elle vagabonde telle un animal, pour les uns hideux, pour les autres somptueux, de pays en pays, de contrée en contrée, de coeur en coeur, de bouche en bouche, avec cette frénésie de voyageur toujours avide qu'une découverte, aussi grandiose soit-elle, ne contente qu'un temps...?
C'est ce que les hommes ont l'orgueil de croire. Ont-ils raison? Leur sensibilité, leur interprétation, leur composition est unique certes, mais tous au final ne sont-ils pas des messagers d'une harmonie accessible seule complètement par de surnaturelles entités, quand eux ne peuvent qu'entrevoir un écho de cette splendeur qu'ils touchent presque dévotement et pourtant voraces aimeraient étreindre totalement...? Cet élan créateur n'est-il pas le même pour tous, que prime la volonté de faire rêver nos semblables ou épancher des émois trop poignants pour être contenus par le calice assidu? Et se perdre en son propre esprit n'est-il pas l'assassinat, la fin de ce superbe partage avec nos semblables...? Un fou est-il artiste..? Et dans ce cas n'est-il artiste que pour lui seul...?
Le sujet était vaste et à des milles des préoccupations actuelles de l'infernal séraphin, du séraphin infernal tout entier emporté par les vagues tumultueuses de son inspiration croissante, son inspiration renaissante. Comme il lui était doux de voir ainsi fleurir en une fertile prose son âme éveillée... Doux? Si seulement... Mais cette renaissance, c'était la tendresse de la plus délicate des caresses autant que la violence des ébats passionnés, le baume offert aux plaies de son corps souillé autant que l'affolement d'un coeur si peu habitué à vivre...
Peut-être plus dangereux encore, c'était le muet échange, l'inconscient partage d'une atmosphère surchargée de désir... désir de le posséder qui s'était transformé en un désir non moins intense, et même plus intense encore de créer... ce lien intangible et peut-être même ignoré qui l'unissait d'une manière si intime avec un parfait inconnu à cette fusion, cette symbiose de l'artiste qui se fond dans la chaleur du Vésuve de sa passion, qui ainsi qu'un métal ouvragé par Vulcain est chauffé à blanc, embrasé, refroidi, maltraité, sublimé... C'était ce lien qui rendait si troublant l'air de la pièce aux effluves porteuses de sentiments déraisonnés.
Cet évènement, si brutal, si impromptu, sans nul signe annonciateur pour préparer sa venue... cet instant qui vit Ambrosio s'extraire et s'arracher des griffes maudites de ce damné sommeil, débouler de la forêt d'épines ainsi qu'une belle au bois dormant furieuse contre cet espèce de butor, ce maroufle de prince pas même fichu de la délivrer à temps et fermement décidée à le lui faire payer, puis finalement retrouver le sourire et voir s'envoler hargne, rage et rancoeur face au resplendissant soleil... cet instant ne devait être connu que de lui seul. Personne ne devait savoir qui il était réellement, qui était véritablement Ambroise, l'étrange ambroisie déguisée en perfide et suave suc empoisonné...
Cette crainte... non, cette paranoïa plus que cette peur pourtant bien légitime que l'on veuille retourner contre ce poète d'atours princiers drapé (paradoxe bien insolite pour un artiste que se trouver éveillé dans le corps d'un politicien ambitieux et insidieux!) les attaques et la multitude d'infâmies qu'il avait consciencieusement et assidûment données à l'humanité en une danse folle et enfiévrée de ménade distribuant le vin comme il avait débonnairement laissé ruisseler et projeté la misère et le crime... cette peur le poussait à vouloir préserver l'imprudent enfant qui se reposait de sa lutte et sa création ainsi qu'un nourrisson en sûreté dans les bras de sa mère. Hélas, le turbulent messager appelé à rouvrir les yeux sous le contact chaleureux de l'aube de ses propres dieux préférait continuer de dévorer d'un regard intrigué et avide les gestes soudain fascinants de ce semblable, aussi ensorcellant qu'il était subitement apparu, comme une apparition ou un rêve d'un Morphée ayant soudain pris en pitié le cas du malheureux poète décharné, méconnu et oublié...
Hélas? Tout dépend... Ne le blesse pas, petit chat, ne zèbre pas cette âme inconsciente d'un sillon déchirant, ne laisse pas à ton passage une plaie sanguinolente et profonde pour marquer la venue de cet antique séraphin déchu..._________________  |
|  | | Aramis .:: Rêveur de senteurs ::.


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 | Sujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\ Dim 4 Nov - 20:27 | |
| Lente, si lente mutation, comme l'envol laborieux du vaste albatros cloué aux vagues par le trop grand poids de ses ailes. A la manière du gracieux oiseau, le parfumeur peinait à s'extirper de sa gangue de méfiance, et les battements d'ailes hystériques de son esprit survolté ne parvenaient pas à faire décoller son âme qui se traînait juste au-dessus des flots mouvants de la réalité. Il balbutiait, l'inspiré Aramis, désireux de décoller, avide des grands espaces entrevus seulement lorsque les effluves entremêlées de ses fioles lui tournaient la tête. Il voulait le ciel et ses reflets d'abricot, le flamboiement d'un crépuscule de coquelicot, le tourment des vents aquatiques. Et toujours il stagnait près de son point de départ, troublé d'avoir à créer hors de son antre à la parfumerie, son envie de liberté assourdie par la présence d'Ambroise et par l'incohérente menace qu'il avait lu dans ces yeux ambrés. Trop de fois on l'avait interrompu en plein vol, trop souvent les flatteries gluantes d'un noble avaient abrégé le silence de sa jouissance comme si on l'avait abattu d'une balle. Et dans ces cas-là, toute la colère, toutes les morsures du monde ne pouvaient racheter l'horreur et le désespoir du fier vaisseau céleste qui dégringolait loin des cimes enviées.
Pourtant le Mearas ne semblait pas désireux de ruiner son travail. Silencieux et observateur, il avait comme convenu relancé le rondo (nouveaux cumulus dans l'azur), et à présent il se tenait à distance respectable du parfumeur. Toujours occupé à de vides préliminaires qui consistaient à échanger les places de toutes les fioles et récipients présents sur son plan de travail, Aramis observa le doyen à la dérobée, et curieusement il sentit qu'il avait le droit de lui tourner le dos, qu'il pouvait s'autoriser une absence, que son esprit tout tourné vers son royaume multicolore n'aurait pas à souffrir d'un coup de poignard en traître. Il joua nerveusement avec les fioles de myrrhe et d'iris, saisit puis reposa une pipette neuve. Ramena son regard sur ses instruments.
Et sur une envolée musicale, Aramis prit le risque de décoller.
Si n'importe quel être doté d'une sensibilité normale aurait été intéressé, seul un autre artiste aurait pu saisir ce qui se jouait en cet instant où l'orgueilleux éphèbe oubliait ses masques et rancœurs, le temps de porter un flacon entrouvert à ses narines, le temps de fermer les yeux et de trier les sensations qui affluaient comme des images sur l'écran de ses paupières closes. Il était bien là, dans ce riche salon de l'aile des Mearas, il était toujours ce séduisant jeune homme aux vêtements mille fois plus raffinés que l'étaient ses ébats. Mais dans le même temps, comme il était loin... D'autres cieux, d'autres mondes, que déjà enfant il voyait comme une cotonneuse enfilade de nuages. Il passait d'une vision à l'autre, porté par le tapis volant de ses huiles essentielles, servit par ses belles mains enfin dépourvues de gants, sans qui les miracles découlant de son esprit n'auraient pu prendre forme dans le réel. Il se déconnectait de ses doigts, les laissant choisir la bonne fiole, déverser une judicieuse quantité d'odeur dans ses tubes à essai, porter le résultat obtenu à son nez pour que le tapis fasse une nouvelle embardée, qu'il sache vers où voleter, comment corriger, comment sublimer.
Aramis composait, au même titre qu'un musicien imagine un concerto ou qu'un écrivain rédige une nouvelle. Les muscs de castor et de civette, les jus de mousses, la pointe infime de fleur de cerisier étaient les liants qui unissaient tous ses parfums, n'étaient jamais décelés sauf par des nez aussi exceptionnels que le sien, et pourtant étaient aussi indispensables que l'étaient la grammaire ou le solfège. C'était la base qui préparait sa toile, et rien qu'en cet instant, Aramis gagnait déjà sa réputation d'excellent parfumeur: peut importe son degré de beauté et le caractère sublime de ses volutes, une cathédrale ne pouvait se bâtir que sur les fondations érigées par un soigneux architecte.
Mais les narines raffinées du jeune homme ne pouvaient pas tout inventer, et comme un peintre, il se devait de régulièrement se détourner de ses mélanges, de frôler en piqué la surface de la réalité pour recueillir dans ses prunelles l'image de son modèle. Parfois même il risquait une question, aussi précise et décisive que son esprit était lointain; et trop souvent, c'était là que les butors qui lui servaient de clients épaulaient leur carabine, et qu'au lieu de lui répondre d'une unique et respectueuse phrase, ils foudroyaient de leurs insensés bavardages ce magnifique esprit enfin libre.
Et cette fois encore, hélas, l'aérien acrobate heurta le tentacule opportuniste d'un calmar trop proche de la surface, et il quitta son monde adoré pour s'écraser avec une violence rare sur la mouvante matière du tangible.
Ambroise ne lui avait pas parlé, non, il ne le regardait même plus. Il écrivait.
L'incrédulité du parfumeur avait permis à sa partie la plus sombre de reprendre le dessus, et finalement la trajectoire imaginaire de l'artiste ne fut pas tant interrompue par une pieuvre affamée que par un jeune chat vicieux. Oh, comme elle fut vive cette soudaine tentation de faire mal, d'asséner à un autre ce que lui-même détestait subir - car à n'en pas douter, avec ce regard et cette verve, ce n'était pas une simple liste de course que le Mearas rédigeait. Ses mains soudain immobilisées par le manque d'inspiration, son esprit créateur engourdi par cet inattendu spectacle, Aramis sentit son habituel sourire s'épanouir à nouveau sur ses lèvres.
Faire mal, blesser, ulcérer. Il en aurait fallu si peu, une simple phrase, une unique raillerie, et le doyen aurait eu droit à un crash mémorable - car si ce qu'il rédigeait ne pouvait être que médiocre, lui semblait beaucoup y croire. Oh oui, se moquer de l'arrogant politicien, lui ordonner de laisser l'Art aux artistes, et sans attendre se pencher vers lui, griffer sa joue d'une caresse et mordre sa bouche d'un baiser sans sentiments. Des cris outrés, une gifle, se faire congédier par l'amateur meurtri.
Non, non, mieux: faire semblant, minauder, séduire, pour finalement salir d'un crachat l'œuvre qu'on lui présenterait.
Les lèvres de l'odieux éphèbe s'entrouvrirent, son sourire devint un rictus féroce. Et pourtant, nulle insulte ne fut produite par son âme viciée.
Parce que le changement avait été trop brusque, parce que la découverte s'était avérée bien trop inattendue, l'artiste n'avait pas totalement pu oublier ce qui était bon en lui, il n'avait pas eu le temps d'écarter tout cet amour qu'à défaut d'exercer sur les hommes il vouait aux odeurs. Il était tout simplement trop heureux, trop avide de produire ce parfum pour se montrer aussi vil et bas. Il s'amadoua lui-même, avec une hypothétique promesse de remettre ses tortures à plus tard, et le sourire graveleux s'évanouit, et les railleries furent submergée par la joie, la curiosité, le désir. Qu'écrivait-il donc, cet étrange séraphin? Que faisait-il passer sur cette feuille vierge qu'il aurait aimé retrouver dans la production d'Aramis? Mystère, il avait dit mystère... et en effet, quel incompréhensible mystère que ce politicien véreux au regard illisible qui soudain semblait si calme, si beau avec cette plume à la main...
Sans même s'en rendre compte, le parfumeur s'était détourné de son commanditaire, et ses doigts s'activaient de plus belle à présent qu'il pensait avoir compris ce qu'on lui demandait. Il eut la main plus lourde que prévu sur l'iris, mais en cet instant le mélange lui parut très bien, beaucoup plus secret que son idée première. Il ne cherchait plus à retranscrire le premier Ambroise, mais bien celui qu'il venait de surprendre à l'instant. Le tabac, l'ambre gris qui en avait perdu toute son obscène connotation, d'autres mousses vinrent enjoliver l'orientale senteur, qui a ce stade était aussi épaisse et sombre que les iris d'or du doyen. Sans penser de manière consciente aux quantités, Aramis ajouta alors de la lumière à ce magma oppressant, très peu mais placée avec une grande habilité, pour faire deviner l'insoupçonnable. Acidité du verbe, mais aussi fraîcheur enthousiaste avec son précieux kamalanzi, aisance du geste et légèreté du sourire avec les senteurs aérées comme le lotus. Pendant encore une heure l'étrange artiste joua de ses huiles essentielles, rectifiant tel excès, accentuant tel trait, exactement comme un sculpteur égalise son oeuvre par un onctueux ponçage. Et une fois la relecture terminée..."Ce n'est qu'un premier jet, mais je pense que vous en serez content."Sa voix lui avait paru croassante tant elle était peu naturelle, et tout en transférant son esquisse dans un ballon soigneusement calfeutré, Aramis se résolut à amerrir. Le ciel s'éloignait, ses narines percevaient à nouveau le banal parfum d'intérieur du salon, la cire qu'on avait utilisée sur le meuble qui lui servait de plan de travail, même l'infime sueur de l'autre être vivant de la pièce, et l'artiste rompu s'effaça avec un soupir, comme toujours humilié de n'avoir su atteindre la perfection, comme rarement heureux d'avoir pu l'approcher. Un peu bancal, l'éphèbe se tourna vers son commanditaire, et pour la première fois de sa vie il hésita réellement sur la marche à suivre. Jamais il n'avait réfléchi avant de parler à quelqu'un, jamais il ne s'était interrogé sur l'utilité de rendre ses paroles blessantes. Mais en cet instant, devant cet homme trop jeune pour les dates, face à son sourire de sphinx et à ses yeux curieux, Aramis ne savait plus que faire - il avait la sensation de menacer d'une lame un enfant désarmé.
Le jeune homme réalisa soudain que si Ambroise n'aimait pas son parfum, il en serait peiné, et son hésitation se transforma en une farouche retraite. Le visage un instant doux et pensif redevint un masque opaque, avec une certaine fureur dans le regard: non, il ne devait pas se laisser émouvoir, jamais! Quel imbécile de se faire aussi facilement piéger! Ce n'était qu'un stupide parvenu, un abrutit de plus qui disait aimer l'Art mais qui n'y connaissait rien! Ses écrits? De la merde, ce ne pouvait être que de la merde!
Alors pourquoi ce timide mais agaçant murmure au fond de lui? Pourquoi cette sensation que justement, c'était tout sauf de la merde? Pourquoi cette espèce d'incompréhensible sensation... ce stupide et haïssable espoir?..."Merci d'avoir été... de m'avoir laissé exécuter votre commande en paix."Nouvelle dose de fureur impuissante: il s'était voulu tellement plus méprisant, tellement plus incisif et je m'en foutiste. Il apporta près d'Ambroise le précieux ballon au fond duquel dansait une infime dose de liquide et y plongea l'extrémité d'une bandelette de buvard, se maudissant pour sa bêtise - que se passerait-il si le noble percevait l'importance que ce parfum avait pour le jeune artiste? Il pourrait être méprisant, odieux juste pour le plaisir de l'être, parce qu'évidemment il n'avait pas de nez, que ce n'était qu'un butor, etc..."Alors monsieur l'esthète, que diriez-vous de renifler?"Pourvu que cela lui plaise. Dans le cas contraire, Aramis n'aurait plus su quoi faire d'autre que de cacher sa déception derrière une autre crise de diva, et il ne devait recourir à cette honteuse retraite qu'en dernière extrémité. Il ne voulait pas qu'on puisse le toucher au cœur. Personne ne devait jamais le toucher au cœur. Il s'était donné trop de mal pour ne pas en avoir."Ca n'ira pas à votre peau sous cette forme, il faudra que je l'ajuste en fonction de votre propre odeur. Car pour aussi beau et soigné que vous paraissiez, monsieur, je suis au regret de vous annoncer que votre corps se parfume tout seul au même titre que celui des gueux." |
|  | | Ambroise .:: Doyen des Mearas ::.


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 | Sujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\ Dim 4 Nov - 21:50 | |
| De la souffrance...
Une souffrance intolérable, exquise... En cet instant il haït Aramis plus qu'il n'avait jamais haï personne, plus qu'il ne s'était jamais haï lui-même. Ta salive qui mord... C'était pire, bien pire que cela, bien pire que tout ce qu'il eût jamais resssenti ou imaginé... en-dehors... En-dehors de Sa mort. Son regard n'est plus vert, n'est plus or... Il est douleur. Il est lac aux profondeurs vertigineuses, lac où brûle et irradie la colère, puis où domine la tristesse en une larme aussi poignante qu'amère, aussi redoutable que désespérée... Ne te laisse pas atteindre... Ne te laisse pas toucher... C'est trop tard, tu es né. Trop tard, car la naissance s'accompagne toujours de pleurs et de cris, car la naissance ne se fait pas sans souffrance. Aramis est l'infâme docteur qui l'a arraché à son sublime cocon de douceur, où il était si bien... Il se sentait aimé, protégé, rien ne pouvait l'atteindre, et voici qu'on exposait sa chétive silhouette aux coups, voici que les instrument cisaillaient, découpaient le cordon, l'arrachaient à sa mère... Oh Muses, divines Muses... pourquoi m'avoir rejeté de votre cercle, de votre ronde? Pourquoi m'avoir offert en supplice à cet infâme? Pour me faire goûter au tourment que si longtemps j'ai imposé à mes innombrables victimes... Pitié, ayez un peu de pitié... Mais en as-tu jamais eu, toi? Misérable, tu les as toujours écrasé ceux qui n'attendaient qu'un peu de compassion, de compréhension... Tu les as détruit tous ceux qui imploraient ton pardon! Imploraient... Ils n'avaient rien à se faire pardonner, tu les martyrisais par pure méchanceté! Pourquoi maintenant, pourquoi de façon si brutale, si violente... effrayante dans son intensité.
Il tremble, le poète... Fébrile, il se lève soudain, il domine ce jeune chat. Ce n'est pas un oisillon maladroit et hésitant, ce n'est pas un colibri fragile, c'est un dragon qui sort de son oeuf, se dépêtre de sa gangue, secoue fièrement sa silhouette reptilienne couverte d'écailles rutilantes pour se défaire des morceaux de coquille qui encombrent encore ses ailes. Il est encore plus puissant, encore plus dangereux que le pauvre et pathétique démon, le perfide roué et retors... Il se fiche bien de qui il va écraser: on a tenté de lui dérober son trésor, ce coeur qui pulse frénétiquement dans son essor. Pauvre petit animal aventureux, tu vas regretter d'avoir voulu t'infiltrer et t'immiscer dans sa caverne de merveilles pour y déposer ta poisse et ton venin... Il s'en fout de te faire du mal, il s'en fout d'oublier les paroles précédentes, celles qui laissaient à peine transparaître cet artiste réfugié, cet artiste caché..."Vos paroles ne sont qu'ignominies, je ne veux même pas prendre le risque de goûter à vos effluves empoisonnées... On vous disait artiste: je me suis trompé. Un véritable artiste ne saurait être si méprisable, un véritable artiste est sensible... Il est au-dessus des hommes et leur pitoyable maladresse, surtout quand il crée. Rien ne peut l'atteindre, pas même le mépris ou la jalousie... Partez." Sa voix ne s'est pas élevée... Elle sonne, comme un glas, comme une condamnation, comme un coup d'épée de la part du séraphin qui garde le jardin d'Eden dont Adam et Eve furent chassés... Mais elle appartient à un être humain malgré tout, et elle ne peut s'empêcher de frémir, de rage, d'une colère terrible entremêlée de douleur. C'est un chant, qui lui fait mal alors qu'il s'évade de son coeur même, son coeur qui se serre sous un étau invisible, son coeur qui pulse à une vitesse folle et effrénée...Son âme voudrait tour à tour laisser entendre une mélodie désespérée, le souffle touchant d'un enfant qui en un murmure onirique, délicat et enchanteur voudrait caresser cette sublime âme qui tout comme la sienne s'avilit et s'enrobe de monstrueux et hideux oripeaux qui enlaidissent et salissent sa pureté et sa clarté somptueuse, lui tendre la main et l'entraîner en riant sur d'insouciants chemins tissés de joie, d'espoirs, de songes diaprés un peu fou, cet enfant à l'agonie qui a peur, qui ne comprend pas pourquoi on le frappe, pourquoi on le torture... Et transformer sa musique en une harmonie intense, impérieuse, vengeuse, une harmonie qui arrache de force ses notes à l'univers, le fait ployer sous son ivresse, son désir furieux de recevoir réparation pour le tord qu'on lui a causé en voulant insérer dans ce cocon inacessible une ignoble lame qui le déchire, le perce et en abject reptile s'insinue dans son mirifique jardin. Infecte pourriture, piètre incube qui a réveillé l'effervescent courroux de l'antique créature, impétueuse, impitoyable et formidable. Tu ne l'as tiré de son sommeil que pour subir et encourir son irascible hargne, tu ne l'as éveillé à ta divine ode composée de parfums ennivrants, écrite d'essences tourbillonantes pour ne ressentir que plus amèrement sans doute l'effet de son animosité bouillonante. Ces deux facettes du poète, ne pouvant se démarquer, l'une ne pouvant l'emporter sur l'autre, son timbre se pare de ces accents contraires, de cette plainte de cygne qui expire, cette fleur qui meurt effeuillée mais est heureuse d'avoir pu embaumer un amour innocent de jeune fille, et de cette ardeur embrasée qui voit l'imprudent succomber sous les feux d'Apollon lorsqu'il tente inconsciemment de pénétrer son désert pour découvrir quelque oasis de splendeurs...
Il aurait tant voulu pouvoir adoucir son regard, épargner l'infortuné parfumeur qui se cachait sous l'incube comme lui-même aurait voulu, avait souhaité être épargné... Mais on ne lit dans ce regard à l'éclat indéchiffrable qu'un chaos d'émotions exacerbés, un océan aux courants contraires... Il est toujours perdu le fier doyen. Aurait-il dû se rire de ces piques piteuses et méprisables, risibles au fond, de ce chat qui croit pouvoir feuler, mordre et griffer ainsi qu'un tigre...? Non, son sein et la plaie béante et suintante qui l'écartèle sont à vifs, il ne peut pas mentir, pas maintenant, pas maintenant... Si seulement il n'avait plus jamais à mentir. Mais non! Il est trop tard! Ce monde n'épargne personne, on ne le reconnaîtra pas, ou on lui fera payer ses crimes. Il devra continuer d'user de politesses et de mensonges... Mais pas maintenant.
Maintenant... il veut juste être lui-même. Peu importe les conséquences, peu importe que ce misérable sache quelle âme resplendit derrière l'antique prunelle. Il se rit du danger, il ne craint rien ni personne... Qu'il les écrase ou qu'il se laisse aller à se montrer plus tendre, pardonner ceux qui voudront le supplicier... Il veut cesser de calculer, de penser... Il veut vivre. Mais pas question de se sentir exister en sa présence... Hors de question de laisser cette raclure, cette souillure contempler ce moment où il se sentira exister. Le dragon renvoie d'un souffle moqueur et méprisant dans son indifférence et sa supérioté ce pouilleux félin au pelage si beau en apparence mais qui ne cache qu'une ossature pourrie et décharnée... Il ne laissera pas le spectre de ses mots planer dans cette atmosphère baignée d'indicibles charmes, placée sous la coupe de Morphée qui auréole la pièce de ses intangibles merveilles.
Pourquoi...? Pourquoi noble artiste as-tu laissé transparaître le lamentable et ridicule petit fauve? Tu pensais pouvoir tout contrôler, dominer la situation...? Ne vois-tu pas qu'Ambroise pendant des siècles s'est fourvoyé et a cultivé cette erreur et le cortège d'incroyables et effroyables conséquences qu'elle a engendré...? Ne vois-tu pas que tout cela ne mène à rien... Ne te sens-tu pas si vide et si creux sous ces sourires, de même que l'orgueilleux doyen fut forcé de l'admettre en s'éveillant sous tes baisers sublimes mués en sournoises attaques, insultes perfides... Oh, tu ne t'es pas encore trop aliéné toi, tu es jeune encore... Ne suis pas le même triste chemin aux méandres tracés de boue, aux traîtres remous qu'un feu follet rusé transforme en illusion de paradis de gazouillis fluide d'une fraîche onde limpide orné. Si seulement le généreux enfant pouvait te prévenir, te mettre en garde contre le sentier semé d'embûches et d'ornières... L'écouterais-tu...? L'entendrais-tu seulement...?_________________  |
|  | | Aramis .:: Rêveur de senteurs ::.


Nombre de messages: 259 Âge du perso: 22 ans Date d'inscription: 14/10/2007
 | Sujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\ Lun 5 Nov - 0:24 | |
| Non. Il ne l'entendait pas.
Il serait un doux euphémisme de dire qu'Aramis fut désarçonné, voire effrayé, par l'impensable charge de son aîné. Oh oui, il en tomba de sa selle, le fringant parfumeur, et sa surprise était teintée d'une telle incompréhension qu'elle se mua fugitivement en peur, si vite, si peu, juste assez pour que le maladroit assaillant se rétracte d'un bond, juste assez surtout pour que sa main ramène contre son sein le précieux récipient de verre, réceptacle de l'unique exemplaire d'une oeuvre dont il était fier, que jamais il ne saurait reproduire, enveloppe dont l'extrême fragilité semblait soudain criante face à ce regard assassin, face à la lame de ces mots.
Aramis n'était pas coutumier de la peur. Il ne contrôlait pas tout, loin de là, mais il était d'une telle inconséquence dans ses choix de vie qu'il ne s'en rendait pas compte - et comme tout homme qui côtoie fréquemment le danger le sait, l'insouciance fait le lit des catastrophes. Aramis n'avait pas peur. Sauf là, en cet instant. Parce qu'il ne comprenait pas: qu'avait-il bien pu dire? Ses dernières insultes, il les pensait presque gentilles; elles étaient si minables et chétives que lui-même s'en était voulu de son manque de verve. Et voilà qu'à présent le Mearas sortait de ses gonds, et non pas avec la fureur confuse d'un homme déboussolé, mais comme un monstre sanguinaire qui n'a pas eu sa part de viande. Qu'avait-il fait, l'inexpérimenté Aramis, quelle porte inconnue avait-il ouverte, quel déclic incompréhensible avait-il provoqué derrière ce regard illisible?
Il aurait pu se faire un plaisir d'obéir, l'impudent parfumeur, il aurait pu s'en aller en tout bien tout honneur tellement cet accès de rage blessée le prenait au dépourvu. Pour sûr, Ambroise ne pouvait avoir toute sa tête s'il se fâchait de la sorte pour des piques aussi peu incisives. Et un fou aurait pu briser ses fioles, un fou aurait pu le frapper au visage, exploser le fragile cartilage qui protégeait ses précieuses narines, et réduire d'un geste toute une vie à néant. Oui, Aramis aurait pu partir. Il l'aurait même vraiment fait, sans état d'âme, en se drapant de moqueries et de fausse dignité afin d'enfoncer en cadeau d'adieu le clou involontairement planté dans l'oeil du dragon qui lui faisait face.
Mais la lame du Mearas n'avait pas fait que ricocher sur le masque de vice, et il y avait des insultes que le jeune parfumeur ne se sentait pas disposé à accepter.
Lentement, avec une jouissance extrême, il laissa sa méfiance et son inquiétude s'engloutir dans une profonde, viscérale, fantastique fureur. Il tremblait lui aussi, à présent, et il aurait été bien dangereux de croire que c'était à cause de la peur. Ses doigts crispés allèrent précautionneusement déposer son fragile flacon sur le buffet tout proche, loin du champ de bataille, avant qu'il ne les ramène à son côté, en poing serré au bout de son bras raidit. Oh non, cet imbécile de chaton n'entendait nullement le chant éploré qui se cachait derrière les grondements du dragon, et c'est sans sourciller qu'il arrondit le dos pour darder un crachement venimeux vers l'imposant mufle écailleux. Partez?"Non."Le ton d'Aramis n'était pas plus haut que celui de son aîné, mais à entendre les fluctuations de sa voix, ce ne serait pas le cas pendant bien longtemps. Il ne savait plus quoi faire, le jeune débauché, incapable qu'il se trouvait d'accepter sa propre souffrance. Il lui était inadmissible, absolument inadmissible qu'on refusât de seulement sentir l'un de ses parfums - foutredieu, un parfum unique, personnel, pour un être qui avait retenu son attention comme étant unique lui aussi. On pouvait le gifler, lui cracher au visage. On pouvait le droguer, le traîner dans des latrines immondes pour le baiser comme la dernière des catins. On pouvait le traiter de tous les noms, locutions, insultes imaginables, on pouvait lui balancer des oeufs pourris ou briser ses vitres, saccager son bureau et ses appartements. Mais jamais, jamais il ne laisserait qui que ce soit dire du mal de son art."Je suppose que je peux de toute manière faire une croix sur mes honoraires, alors je vais être honnête avec vous, tout à fait honnête, sans fard, sans flatterie. Je suis ignoble, soit. Je suis un crétin qui vous a insulté, un crétin tellement stupide qu'il vous a fait péter un câble sans même le vouloir. Mais vous, vous..."Il sifflait ce "vous", il sonnait comme le feulement d'un petit animal ivre de colère, jeune chat enragé qui fixait son prédateur de ses yeux fous et dardait vers lui ses crocs ruisselants d'une bave moussue. Et le sifflement monta, la voix prit du volume, de la force, tandis que les bras du parfumeur se reculaient comme pour esquisser les coups qu'il mourrait visiblement d'envie d'asséner à cette si belle face de séraphin putréfié. "Vous osez me dire que je ne suis pas un artiste. Vous osez qualifier mon parfum, mon oeuvre, d'effluves puantes. Mais qu'est-ce qui vous donne le droit de me dire ça? Oh ne répondez pas, je sais: VOUS, vous êtes un artiste, n'est-ce pas? Oui, vous, vous savez si bien vous détacher de toute cette vilénie humaine, vous ignorez si bien le mépris et la rancoeur... Oh... oh mais mince alors, pourquoi cette crise d'hystérie pour quelques uns de mes mots, dans ce cas? Diable, ne seriez-vous pas digne de votre propre définition?"Et soudain le trop jeune animal perdit ce qui lui restait de prudence. Il jaillit, griffes en avant, dents découvertes dans la visible intention de découper en tranche le monstre pourtant mille fois plus gros que lui."Tu n'es qu'un pauvre con enlisé dans ta richesse et ta suffisance, Ambroise de Mearas. Tu exiges le respect et la reconnaissance, tu frémis quand on insulte un poète mort depuis des siècles, et tu oses, tu oses, espèce d'enfoiré, me taxer d'imposteur?! Tu n'as même pas senti ce que j'ai fait, tu n'as même pas daigné voir ce que j'avais créé pour sublimer ta misérable carcasse!"A cet instant précis on put entendre comme un vague écho, à peine un tremblement, à peine un frémissement dans la voix d'Aramis. Un message de ce qui, comme dans le chant du doyen, se cachait derrière cette hargne. La muette et infinie douleur d'un enfant qui voit son dessin déchiré, le supplice d'un coeur atrophié qui se voit rejeté, toujours rejeté. Les pleurs sans fin d'un être qui ne savait pas, n'avait jamais su aller vers les autres, et qui les rares fois où il essayait ne récoltait que coups et railleries.
Il n'avait même pas senti... il n'avait même pas voulu sentir ce qu'il avait fait... Il s'était écarté du buvard comme on recule face à une merde sur le trottoir, comme on renâcle en face d'un pestiféré qui pourrit de l'intérieur. Il n'avait même pas essayé...
Sa mère aussi s'écartait de lui comme ça, lorsque par accident il lui arrivait de la toucher. "Tu m'insultes, tu me fiches à la porte. Mais grande nouvelle, je ne pars pas: tu m'as déjà fait venir comme un chien, je ne t'obéirai pas comme un chien. J'ai fait ce parfum pour toi, uniquement pour toi, pour ce que j'ai cru voir quand tu as pris ta plume tout à l'heure. Je suis le meilleur pour ça, tu entends, le meilleur! Et toi tu me craches à la gueule?"Et juste avant que sa voix ne s'envole dans les aïgus, juste avant qu'il ne s'affiche comme étant vraiment hors de lui, le jeune homme changea d'expression. Son visage crispé par la colère afficha une moue de mépris et de dégoût, si bien, si vite, qu'il fut absolument impossible de voir derrière ce changement de masque le parfumeur qui pleurait sur ses exploits souillés."Tu n'es pas un artiste. Pas besoin de lire ce que tu as écris, là-bas, pour le savoir. Tu insultes les nobles, tu insultes ceux qui les servent. Mais ton orgueil et ta connerie te rend pire qu'eux, pire que moi."Oh non, il n'avait rien entendu."Tu es un minable, monsieur de Mearas." |
|  | | Ambroise .:: Doyen des Mearas ::.


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 | Sujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\ Mar 6 Nov - 16:50 | |
| Partez... Partez...
Je t'en prie, je t'en supplie... Ne vois-tu pas que ces tremblement ne sont que le reflet de mes pleurs, ne sont que le reflet de ma hargne face à la peur, la terreur...? Pourquoi me déchires-tu, salaud, ignoble salaud...? Tu salis mon trésor, l'oeuf d'or où sommeille encor mon bel enfant dont tu es pourtant le père... Il était chez lui, cette pièce, c'était son cocon, auparavant macabre où se tissait les plus machiavéliques vilenies, c'était SON univers de merveilles... Le sien! Il n'appartenait à personne de s'y imposer! Personne! Je ne veux pas... Je ne veux pas faire surgir Ambroise.. Je ne veux pas, je ne veux plus te souiller, t'humilier... te briser. Alors pourquoi le fais-tu toi? Tout ce venin, tout ce crachat, cette bile, cette fange... Rien n'aurait dû l'atteindre! Fou, pauvre fou! Pourquoi t'es-tu éveillé, pourquoi as-tu abandonné en muant cette chétive et piteuse carcasse où sommeillait le noble animal, pourquoi n'es-tu pas resté dans ton rôle, si étroit mais si confortable où le danger ne pouvait exister...? Pourquoi...?
Ambrosio domine l'imprudent animal... et soudain il sourit. Sa fureur se transforme en une joie exultante. Déjà il lui semble pressentir la victoire. Il ne sait rien, il ne connaît rien!!! Cet orgueilleux petit chaton qui croit pouvoir impunément le défier... Ambroise aurait pu s'éveiller à l'énoncé de son prénom, mais le poète sait que son plus grand ennemi, le plus effroyable danger, c'est ce masque de duplicité."Restez ici, disposez de ce boudoir comme il vous plaira si vous y tenez! Toute cette richesse, je vous la laisse... Je ne mérite pas ce parfum si vous pensez réellement tout ce qui vient de franchir vos lèvres. Pour ma part, je m'en vais prendre ma "misérable carcasse" pour la traîner plus loin." S'emparant de son texte, l'antique messager des dieux alla chercher son long manteau noir, bien décidé à quitter ce nid qu'Aramis tenait à souiller de ses insultes et ses provocations incessantes. Et il comprit enfin: il y avait sans doute un fond de vérité dans les propos de cet artiste infortuné... Il pouvait se débarasser de tout ce luxe, peu lui importait la misère: son véritable trésor, il le tenait dans ses mains frêles et pâles, tout ce qu'il pouvait receler de véritablement précieux, de sublime, de profond... il l'emporterait partout, il l'emporterait toujours tant qu'il ne recommençait à aliéner son âme, étouffer sa sensibilité ainsi qu'un père criminel s'empare d'un innocent édredon pour le transformer en objet de son crime en l'apposant sur le visage de son enfant et en appuyant, encore et encore... encore plus fort, toujours plus fort, jusqu'à ce que les cris et les gémissements atténués ne franchissent plus l'épaisseur cotonneuse.
Mais si ce poème, c'était sa fortune, sa splendeur et son enchantement... Alors cela signifiait que ce parfum... ce parfum... c'était une féérie, tout un songe créé pour lui par l'artiste mésestimé... C'était un écho ensorcellant qu'il avait refusé, qu'il avait préféré ne point écouter... Il avait tout détruit, dans son refus d'entendre les premiers balbutiements timides mais si beaux de ce qui sommeillait sous ce sein, tout comme le sien si peu habitué à se révéler...
La honte le prit comme un soufflet vengeur, et il lui sembla pendant un instant qu'il était prêt à suffoquer comme un chien qu'on égorge, l'enfant jeta un regard accusateur mêlé de pitié au dragon qui dans son courroux mêlé de détresse n'avait point su épargner l'ombre qui laissait à peine dévoiler qu'il n'avait point face à lui un félin empressé à le voler et le déshonorer mais un semblable... un véritable semblable. A avoir voulu vivre, sentir son coeur pulser, il l'avait fouetté jusqu'au sang pour l'entraîner toujours plus vite dans sa cavalcade effrénée, et pris dans son vol démentiel, la puissante créature s'était élancée vers le ciel sans songer aux dégats qu'elle pourrait causer dans son élan inconsidéré. Baissant les yeux sur la poignée de la porte qu'il avait saisie, son regard voilé sembla retrouver sa lumineuse clarté alors qu'il le ramenait vers ce malheureux qu'il avait blessé. Il ne comprenait pas... Pourquoi... ? Pourquoi les mots s'étaient-ils abattus sur lui, sans concession, cherchant à le laminer, le lapider comme la plèbe abrutie et stupide voulut le faire pour la femme adultère... Mais tout cela importait peu. Ses injures, son affront... tout cela était si vide, si creux... si piteux. Ce qui était important, c'était ce qu'il avouait, ce qu'il confessait sans même sans doute s'en rendre compte... Soudain le poète songea qu'il avait eu raison sans même le savoir: il ne méritait pas ce parfum...
Il resserra les doigts autour de la feuille où ses mots s'étaient déposés comme une mélodie intense, poignante et sincèrement émouvante... Ils y tournoyaient en un chaos indescriptible, un chaos imprescriptible, chantaient à la fois la beauté du monde et la douleur de ne savoir, de ne pouvoir y vivre... comme il l'aurait voulu, comme il l'aurait souhaité... C'était à la fois la complainte d'un spectre qui ne prend conscience, hélas que trop tard! de cette création somptueuse qu'est l'univers qu'il a entraîné dans sa décadence, et la volonté furieuse de se réparer, se racheter, et enfin s'y épanouir et avec extase y évoluer... C'était le reflet de ce doute, ce dilemne cornélien qui le tenaillait, le déchirait... réaposer son masque et continuer de manipuler les autres pour ne pas perdre puissance, pouvoir, confort... ou comploter et guider subtilement et sournoisement les nobles afin qu'ils finissent par aider leurs frères dans la pauvreté. C'était également un espoir, un désir, viscéral, profond qui miroitait sous la surface de ce lac étrange et changeant: l'envie inconsciente et imprudente de tout envoyer ballader, de dévoiler le magicien du Verbe, d'être reconnu en tant que serviteur des Muses, faire passer leur divin message...
Il semblait vouloir protéger ce calice fragile, comme Aramis avait agi en déposant plus loin son parfum... Et pourtant, voilà que l'enfant se révélait, apaisait le dragon et le faisait se ployer, s'incliner devant le véritable hôte, bienvenu lui, malgré le chat qui le masquait."Je suis désolé... Je ne sais ce que vous voudrez recevoir en compensation de cette offense... Même si rien certainement ne saurait réparer le tord que je vous ai causé. Prenez ce que vous voudrez." Ses iris ne peuvent rester plus longtemps posés sur l'être qu'il a offensé, déjà il se détourne et enclenche la poignée... Il veut s'envoler, loin, très loin... vers un ciel azuré, ce ciel que par sa faute tant de malheureux n'ont jamais pu contempler... Il veut se réfugier dans l'univers que son grand-père l'aidât à tisser, se recueillir, se faire pardonner et rendre ses respects à la mémoire de son aîné... enfin convenablement l'honorer en respectant ses enseignements et sa volonté._________________  |
|  | | Aramis .:: Rêveur de senteurs ::.


Nombre de messages: 259 Âge du perso: 22 ans Date d'inscription: 14/10/2007
 | Sujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\ Sam 10 Nov - 15:57 | |
| Lâche. Foutu lâche qui riait, se moquait des insultes du parfumeur bafoué, se détournait comme par mépris pour l'envie de meurtre qui rayonnait à travers les yeux d'Aramis. Prendre ce qu'il voulait? Mais qu'est-ce qu'il en avait à foutre, de tout ce luxe? Il se vendait pour n'importe quoi, mais ce que son nez lui permettait de produire n'aurait su être ramené à quelque chose d'aussi lamentable, d'aussi puant que l'argent! Connard, tu crois que tu peux tout acheter, tout te permettre?!
Jamais l'inconstant jeune homme n'avait éprouvé une telle haîne, jamais il n'avait eu à ce point envie de frapper, de mordre et griffer comme le félidé hystérique dont il copiait le comportement. Pourtant il ne bougea pas lorsque le Mearas se saisit de ses écrits et de son manteau, il ne bougea pas en le voyant prendre la direction de la porte. Car si l'insidieux éphèbe était furieux, il était surtout fou de douleur, et c'était une sensation tellement inédite qu'elle lui coupait les jambes.
Il avait espéré qu'Ambroise le frappe. La violence physique serait devenue un aveu de faiblesse, elle aurait permis à l'artiste bafoué de ramasser les débris de son orgueil souvent blessé, pour la première fois brisé, et de se retrancher dans sa tanière pour lécher ses plaies. Mais ce sourire arrogant, cette réplique insolente, ce regard méprisant l'avaient privé de sa compensation, ils avaient réduit en poussière ce qui aurait pu être reconstitué, ne laissant derrière eux qu'une vaine colère et un insondable chagrin.
Muette, intense souffrance. On s'était déjà moqué de lui, on l'avait pris pour un simple objet de désir ou un animal savant, parfois même l'un de ces nobles insipides avait osé dire que ses parfums étaient médiocres. Aramis avait alors cru connaître la pire peine dont son coeur atrophié fût capable, et ses mots hargneux s'étaient faits flèches pour le venger. Mais là, en cet instant cauchemardesque, il se trouvait pour la première fois de sa vie sans ressources, incapable dans son inexpérience de comprendre pourquoi ses insultes restaient sans effet, pourquoi le dédain d'Ambroise l'humiliait à ce point. Il restait pétrifié, ses prunelles bois de rose voilées du double rideau de ses larmes rageuses et déçues, glacé d'effroi face à l'absence total de logique de sa triste situation. Pourquoi, mais pourquoi grands dieux le doyen des Mearas n'avait-il même pas essayé de sentir son parfum? C'était inconcevable. D'habitude, on ne refusait ses oeuvres qu'après les avoir goûtées, écoutées, vues. Qualifier sa création d'effluves nauséabondes sans même l'avoir portée à son nez, c'était conspuer un livre que l'on n'avait pas lu, dont on n'avait même pas vu la couverture, c'était... c'était tellement stupide et bas qu'Aramis ne parvenait même pas à l'envisager comme une réalité. Surtout venant d'Ambroise, qu'il avait cru tellement autre, tellement...
Le noble eut pour lui un regard que le parfumeur s'efforça de soutenir en n'exprimant sur son visage que mépris et colère, avec un effort désespéré pour dissimuler l'abîme que ce refus avait ouvert en lui. Il aurait voulu continuer à cracher et persifler, même si c'était creux et vain, juste pour dire quelque chose, relativiser l'affront. Mais sa rancoeur, aussi vive soit-elle, était pour une fois submergée. Déception, incompréhension, agonie pour l'enfant qui venait de voir son oeuvre déchirée et sanctionnée d'une gifle alors que celui pour qui elle était faite n'avait même pas daigné y poser un regard. Celui qui le fixait de ses yeux d'or troublés, incohérents, des yeux qui semblait déverser du sel dans les chairs à vif de l'artiste méprisé.
Il en devenait fou, Aramis, confronté qu'il était par le séraphique Janus à sa propre dualité. Toujours en lui le parfumeur s'était éclipsé quand l'ingérable débauché prenait les commandes, et jamais il n'avait été handicapé dans sa violence par la sensibilité qui explosait dans ses parfums de génie comme rendue plus forte par son étouffement. Pour Ambroise il n'aurait dû éprouver que haîne et dégoût, désir bestial de s'approprier ce si bel homme pour ensuite le rejeter comme un déchet putréfié. Alors pourquoi son âme saignait-elle de la sorte pour un refus, pourquoi un sourire victorieux lui avait-il pareillement déchiré les entrailles?
Et voilà l'odieux personnage qui paraissait s'excuser, qui voulait fuir, avec ses écrits et ses réponses.
En une seconde Aramis traversa la pièce, et sa main dépourvue de gant se porta sur la porte entrouverte pour la faire claquer - heureusement pour lui, le destin était de son côté et le battant s'ouvrait vers l'intérieur. Le parfumeur pesa de tout son poids sur l'issue ainsi condamnée, ses yeux badigeonnés de hargne dévorant le profil du lâche agresseur. Le félidé était meurtri, blessé, déboussolé par cet artiste caché qui derrière-lui hurlait de désespoir. Mais il pouvait encore mordre."Parce que vous pensez pouvoir vous défiler aussi facilement?"Ah, il se trahissait, l'éphèbe, et pour furieux qu'il fût c'était trop tard: il était revenu au vouvoiement, dévoilant sans le vouloir la colère qui reculait, la souffrance qui l'envahissait. Reprends-toi, pauvre fou, retourne te terrer là où même Aramis ne sait pas que tu existes, laisse le petit fauve parler pour toi, être méchant, être vile. "Si vous aimez les garçons, je suis sûr qu'on peut s'arranger." Oui oui, dis-le lui, puis embrasse-le, dévore ces lèvres qui te font envie, frappe et caresse ce corps inconnu. Cherche comment le ruiner aussi bien qu'il t'a brisé, comment lui prendre ce qu'il ne voudra jamais te donner. Attrape ces feuilles qu'il sert dans son poing, et...
Oh non, non, il ne pouvait pas les déchirer - bref éclat d'horreur dans un esprit autrement sans scrupules. Il avait eu si peur, l'instant d'avant, que la colère du Mearas ne brise son propre enfant, il s'était vu avec une terrible exactitude livré au vide, au deuil, à cette perte de soi si atroce qu'on ne pouvait l'envisager que pour l'avoir vécue. C'était trop récent, trop poignant pour qu'il ose envisager une sanction aussi effroyable. Cracher sur le texte, oui. Le détruire...
Alors drague-le, sois mielleux, redeviens catin, qu'il t'attaque enfin sur un domaine où tu es impossible à blesser. S'il est complètement hétéro, tu t'en tireras avec une raclée et/ou tu précipiteras sa fuite, ce qui dans les deux cas t'accordera un mince lambeau de victoire. S'il dit oui...
S'il disait oui...
Eclat, lumière, souffle qui se coupe. Quel choc soudain pour le jeune homme de découvrir que, comme il avait voulu que son parfum plaise, il espérait plaire. Qu'il ne désirait pas tant voler un baiser que d'en recevoir un, qu'il avait envie de cet étrange séraphin sans âge pas seulement pour ses traits délicats et sa chemise entrouverte, mais aussi à cause de ce qu'il avait vu, de ce qu'il avait lu sur son visage en le voyant écrire, rédiger ces quelques pages que loin en lui il mourrait d'envie de lire.
Nom de Dieu Aramis Lekain, remballe-moi ces conneries tout de suite! Tu cherches à tomber amoureux ou quoi, espèce d'inconscient?! Laisse-moi le mordre, laisse-moi l'éloigner de nous, avant que cela ne devienne encore plus ingérable que ça ne l'est."Moi je sais ce qui pourrait me rembourser. Au moins en partie."Un sourire, pâle, dangereux, un tantinet dérangé. Et soudain, au dernier moment, l'artiste envoya un coup de pied à l'hargneux félin, dont le rugissement outré ne passa nullement les lèvres du parfumeur.
Au contraire. Bien au contraire. Si la voix resta atone, les mots furent éloquents."Ce parfum est le vôtre. Même si vous vous en foutez, même si ça me dégoûte, vous êtes le seul à pouvoir le porter. Alors vous allez assumer, pour une fois, monsieur le noble, et vous allez sentir ce que j'ai fait pour vous. Sans doute qu'il ne vous plaira pas, car visiblement je me suis lourdement trompé sur votre véritable nature. Mais si vous êtes réellement l'artiste que vous pensez être, j'ose espérer que vous prendrez un minimum conscience de l'injure que vous venez de me faire. Après..."Après peut-être qu'on baisera, et de toute façon je deviendrai ton pire cauchemar.
Après peut-être que tu me feras mentir, et que tu me laisseras lire ce que tu as fait."Après, on reparlera de dédommagement." |
|  | | Ambroise .:: Doyen des Mearas ::.


Nombre de messages: 289 Âge du perso: plus de 250 ans Date d'inscription: 12/10/2007
Synthèse * Constellation protectrice *: * Pouvoir Astral *: Particularité: Laissez-moi voir... connard suffisant et prétentieux? Habile manipulateur?
 | Sujet: Re: /!\ Un instant arraché aux ténèbres... /!\ Sam 10 Nov - 18:37 | |
| Pourquoi...? Pourquoi ce reflet me fait-il si mal...? Pourquoi mon coeur se serre...? Ta salive qui mord, Dolorida je meurs... tout se mélange, tout n'est que douleur confuse, son esprit lui échappe, les mots s'entremêlent, l'hypnotisent... captif, ensorcellé, seul, si seul... dans sa haute tour d'ivoire construite à la faveur de lyriques aurores, de poésie, de songes... Le dragon garde la princesse, la princesse qui vient de s'éveiller sous les baisers de ce prince aussi chaotique... Le masque, lentement, a glissé de tes doigts décharnés, lentement la lanière qui retient le cuir s'est décrochée, t'a échappée... Lentement la feuille tombe, comme un pétale de rose sur la tombe, comme la caresse, comme la promesse d'un baiser offert sous des cerisiers en fleurs... Pourquoi est-il si près... si proche...? Et pourquoi as-tu peur soudain de cet artiste qui a su parvenir jusqu'aux voiles qui du noir de la souffrance et du deuil viennent d'abandonner les sombres couleurs, le ténébreux étendard au sinistre blason, pour revêtir le blanc du rêve et de l'espoir...? Osera-t-il aller jusqu'au bout, soulever la gaze du tissu et t'enfermer, prisonnier, en un baiser, dans son coeur inconnu... son coeur méconnu...
Pourquoi... Pourquoi cela fait-il si mal...? Si seulement tu pouvais pleurer... En es-tu seulement encore capable? La tristesse annihile toute raison, toute autre émotion... Les mots t'échappent également, ils t'échappent encore, comme ceux qui viennent de tomber au sol..."Qu'est-ce qu'un artiste...? Je ne suis pas noble, je n'ai plus assez de dégoût de moi-même pour continuer ce jeu... Une âme véritablement noble, celle que les Muses choisissent pour offrir au monde leurs créations... En ai-je seulement une? Liriez-vous ces mots, vous vous ririez certainement de moi... Mais ce n'est pas grave n'est-ce pas...? Un peu plus, un peu moins brisé... qu'est-ce que cela peut bien faire que de réduire en une poudre fine qui s'évapore et se disperse au gré des vents des éclats déjà épars...? J'avais cru que vous m'étiez semblable... Le seul depuis une éternité... Mais vous changez si vite de costume et de rôle..." Sa voix tremble, sa voix se brise... Il paraît à la fois si las et si intensément vivant... Cela l'épuise peut-être de recommencer à sentir, redevenir maître de son corps et son âme...? Sa pensée est nue, démunie... Il craint ce double, il craint de devoir faire reparaître Ambroise.... Pitié, je ne veux pas, je ne veux plus... Laisse-moi être tantôt princesse, tantôt dragon, peut-être un peu sage, peut-être un peu fou... mais laisse-moi être moi. Ne me force pas à le faire ressurgir, à me trahir... à te trahir."Je veux vous faire confiance... Même si je ne suis pas digne de votre création, même si je vous dégoûte." Son corps, subissant le joug éclos au jour de ses passions, ses sensations et sentiments exacerbés, entremêlés... son corps tremble tel une plume laissée fragile et impuissante à la fureur et au fracas de l'orage... Sa prunelle semble briller d'un éclat insensé alors qu'il fixe cet éphèbe qui est si proche, tellement proche... trop proche. Est-ce un danger, est-ce une délivrance qui l'attend et lui entrouvres les bras, un murmure enchanteur, un baiser salvateur pour la belle au bois dormant...? Ah, cruel... Tu me déchires, tu me tues... Son esprit vacille alors qu'il se voit embrasser ce somptueux, ce merveilleux... Il voudrait tant.. L'effleurer, goûter à ses lèvres mêmes la saveur de son venin, son elixir, son poison et son ambroisie...
La lune s'attristait. Des séraphins en pleurs Rêvant, l'archet aux doigts, dans le calme des fleurs Vaporeuses, tiraient de mourantes violes De blancs sanglots glissant sur l'azur des corolles. - C'était le jour béni de ton premier baiser. Ma songerie aimant à me martyriser S'enivrait savamment du parfum de tristesse Que même sans regret et sans déboire laisse La cueillaison d'un Rêve au coeur qui l'a cueilli. J'errais donc, l'oeil rivé sur le pavé vieilli Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue Et dans le soir, tu m'es en riant apparue Et j'ai cru voir la fée au chapeau de clarté Qui jadis sur mes beaux sommeils d'enfant gâté Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées Neiger de blancs bouquets d'étoiles parfumées.
Fourbe, ignoble fourbe, pourquoi refuses-tu de lui céder le passage qui mène à ses contrées oniriques, ses contrées enchanteresse.. Mais non, ce n'est pas lui, c'est toi le perfide... toi qui sali tant de lèvres pures, toi qui souilla de tes étreintes dégénérées, avides de cette innocence déchue, tant de jouvencelles perdues... tant de jouvencelles éperdues. Toi enfin qui en viola certaines pour ne laisser en toute compensation qu'un fils où se reflétait dans des traits androgynes le père abhoré, un fils à haïr... un fils à adorer.
C'est l'un d'entre eux qui te fait face, qui te rappelle à quel point tu pouvais être écartelé et déchiré au départ quand Ambrosio corrompu laissa la place à un Ambroise imbu... C'est bien un Mearas, tout aussi tourmenté, tout aussi torturé... Ce reflet qui t'effraye et te fascine... Laisse-moi, enlace-moi... Non, que se passe-t-il, je deviens fou...? Si seulement...[Désolé, c'est piteux... Bref, nouvelle référence: "Apparition" de Mallarmé, que je ne saurais trop vous conseiller...] _________________  |
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