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 Et le ciel...

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Ambroise
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MessageSujet: Re: Et le ciel...   Jeu 8 Jan - 3:51

"Un petit peu c'est déjà tellement..."

Et voilà que sa vie prend un nouveau tournant, que le conducteur insensé de cette âme enivrée se laisse aller au doux balancement de ces exhalaisons spiritueuses.
L'ivresse...
la vie à elle seule est un écrin. Un écrin qui s'était si brusquement brisé que le doyen, malgré son art pour les faux-semblants et la tromperie, ne parvenait à retenir toutes les émotions transpirant de cette gracieuse enveloppe évanescente.


"Tenez, une question qui me vient soudainement...
N'avez-vous pas l'impression que le monde est aussi vivant à sa manière? Que l'existence est une âme contenue dans un flacon, que ce dernier se révèle être un corps humain ou encore... peut-être ce destin avec lequel on nous sermonne tant?"

La Maïeutique: c'était la manière de fonctionner de ce grand philosophe tant admiré... Socrate aimait à faire accoucher ses élèves d'idées. Hélas pour le philosophe, il était souvent détesté à cause de ce fameux amour de la vérité. Détruire les illusions d'un être revient à dire à un aveugle qu'il lui suffirait d'enlever le bandeau qu'il a sur les yeux pour recouvrer la vue. L'aveugle en question s'en trouve soulagé mais également un peu... honteux.

Personne n'aime reconnaître ses tords, encore moins lorsqu'ils sont pointés du doigt par quelqu'un. Or il faut bien que certains se dévouent à jouer le rôle de "quelqu'un". Quant à savoir si Ambroise/Ambrosio convenait à la tâche... c'était une autre question.

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Lysa
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MessageSujet: Re: Et le ciel...   Lun 2 Fév - 14:02

Toute la bonne volonté réunie ne suffit pas toujours.
Et si les mots avaient un sens, elle n'en comprenait pas l'essence.
Obscur toujours

~Le monde est noir

Ce n'est pas le manque d'envie ni d'intelligence, juste une porte qui ne s'ouvre pas ; ou plutôt qu'elle ne trouve pas.
Peut être est la le destin dont il parle ? Cette porte qu'elle ne trouvera jamais, ce monde sans lumière.
Ou bien est ce elle qui s'emprisonne sciemment ?

Tais toi !
Ne t'es tu pas promis de faire un effort pour lui ?
À ressasser les ténèbres tu ne leur donnes que plus de prises
Essaie de comprendre et apprend !

Alors, puisque le monde ne l'inspire décidément pas, elle se concentre sur son histoire de flacon et de vie.
Et c'est vrai qu'une existence se brise si facilement.
Les flacons sont ils de verre ? Si c'est le cas elle ne l'a pas senti.

~Mais que devient l'existence lorsque le flacon se brise ?
Est ce que cela s'échappe comme le parfum ?

Et tandis qu'elle revoit l'étagère à flacon laissées par sa mère, elle se demande si c'est vraiment heureux ; si elle ne devrait pas tout casser pour les libérer.
Une moue mécontente se peint sur son visage

~Je n'aime pas votre image, c'est comme si elle était prisonnière votre existence.

Non mais vraiment qu'allais dire son père si elle cassait toutes ces reliques.
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Ambroise
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MessageSujet: Re: Et le ciel...   Ven 6 Fév - 15:10

"Nous sommes tous prisonniers."

Avez-vous jamais été sous le joug de maladie, de substances? Transi de froid, de peur? Rendu à moitié fou par le manque de sommeil?

"Nombres de philosophes, tel Platon, considèrent le corps comme une cellule, et le seul désir véritable celui de mourir, l'âme libérée. D'autres au contraire, de la doctrine matérialiste par exemple, soutiennent que ce que l'on appelle âme n'est que le cerveau et que notre conscience disparaît une fois notre heure venue. Mais moi... Moi je crois qu'ils ont tous un peu raison."

Pourquoi?
Oh, cela il ne lui dirait pas...
Mais lorsque vous perdez le contrôle de votre enveloppe, lorsque vous n'êtes plus même capable de marcher, de vous lever, recroquevillé en un foetus stérile, que vous reste-t-il?
Rien.
Rien si ce n'est le seul "vrai désir" évoqué par Platon.


"Vous avez le choix. Serez-vous de ceux qui, même le coeur serré, oppressé, continuent d'avancer, libres de leur propre souffrance? Êtes-vous de ceux qui se cherchent sans jamais se trouver parce que, dans le fond, ils redoutent et fuient la lumière? Vous avez le choix et vous DEVEZ faire un choix. Tant qu'il en est encore temps, que votre vie n'a pas encore passée en ne vous laissant comme seule initiative celle de regretter ce fameux "temps" où vous en aviez devant vous."

Il était déjà mort plusieurs fois lui.
Ou il aurait dû l'être, il ne savait plus bien...

Rha, toutes ces questions pseudo philosophiques existentielles commençaient à le barber. Il avait plus l'habitude de pérorer devant des nobles infatués et leurs épouses infidèles intéressées par les coups-d'oeil et le double sens qui ferait savoir au doyen qu'une fois encore, il serait le bienvenu dans leur lit.
Bravo! ah ça y est, même pas un quart d'heure qu'ils discouraient qu'Ambroise/Ambrosio se languissait déjà de sa cour de bécasses et de mâles suffisants. Non vraiment, chapeau! Et puis quel bel espoir pour Aramis: un connard capable de se lasser aussi vite d'une discussion sérieuse et réfléchie tiendrait certainement, oh allez... au moins 24h avant de se retrouver dans le lit d'un nouveau guignol.


Reprenons-nous.
Et reprenons surtout, car Ambroise n'avait pas tout à fait tort. Chacun d'entre eux avait ses propres questions, mais ils tournaient autour du pot. La demoiselle avait ses problèmes, lui les siens, mais qui faisait en sorte de les résoudre vraiment?


"Vous savez, la vie est changement. L'on n'est prisonnier que si on le veut bien. Je reviendrais certainement sur cette notion de liberté, car elle est cruciale. Beaucoup de penseurs se sont échinés à prouver soit que l'homme était fondamentalement libre, soit inconsciemment prisonnier. C'est en mêlant tous ces extrêmes que l'on trouve sa propre vérité. A moins que vous ne préfériez à la sagesse la démesure et la démence... De toute façon tous les philosophes étaient un peu fous."

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MessageSujet: Re: Et le ciel...   Mer 11 Fév - 0:23

Prisonniers de cette réalité qui nous possède.
Et la main qui se tend, tentant de toucher l'éthéré
Tâter de cette réalité.
Et regarder sa propre main
comme si c'était la première fois
La réalité n'est que ce rêve dont on ne peut s'échapper.

~Nous sommes tous prisonniers.
On se construit sa propre liberté, on s'illusionne de grandes pensées
Je voudrais m'endormir et rêver pour toujours ...

A condition que le rêve ne se transforme pas en cauchemar.
Mais c'est la son avantage sur la réalité. Ce qui le rend plus beau est simple : il a une fin.

~La folie qui se pare de raison n'est elle pas la pire Monsieur ?

Et ce Monsieur qui grince
Le changement n'est pas innocent,
Le sourire est devenu carnassier

Dans sa folie elle le pousse et cherche à l'acculer
Une main sur son torse l'autre cherche une arme

~Mourrons Monsieur puisque c'est la le Voeu de l'humanité.
Mourrez !
Je me souviendrais de vous

Et le baiser volé qui mord
Tandis que vole dans sa main
Cette pierre trop sèche
Qui de sang désire s'épancher

Viser la tête
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MessageSujet: Re: Et le ciel...   Mer 11 Fév - 3:31

*Oh my...*

Eût-il tout juste le temps de penser sans même voir venir l'objet fatal.
Salope!
Elle était maigre mais d'une férocité sans égale. Ambroise l'avait sous-estimée. Il avait pris ce baiser et cette tirade pour quelque théâtrale démence, une pitoyable mise en scène mais voilà... elle était dingue et elle ne faisait pas semblant.

Un rictus déformant ses traits juvéniles telle bête acculée, l'homme disparaît au profit d'une toute autre nature dans la violence révélée. Il la hait cette pauvre gueuse et tout lui paraît si rouge... dans son crâne étourdi résonnait encore l'écho du coup en une myriade d'éphémères vibrations, chuchotements volatiles, vrombissement de l'estoc porté... rouge, tout est si rouge, ou bien blanc peut-être, tout se mélange.

Seule règne la folie sur l'empire de ses sens. Etait-ce cela? "La folie qui se pare de raison n'est elle pas la pire Monsieur ?"
Stoppant le bras de la bougresse, il ne se sent pas même l'envie de la frapper. Seulement celle de rire. Un rire salvateur, libérateur, grinçant, discordant... Et les gens tout autour de s'arrêter, une dame de porter son blanc mouchoir à sa bouche pour retenir le trou béant qui s'y forme, expression horrifiée, muette stupeur pathétique face au filet mignon, petit filet de sang qui s'échappe de la tempe


"Ne bougez plus!"
Somme quelqu'un...

Est-ce un milicien? Un noble? Un artiste?
Est-il sauvé? Vient-on au contraire de lui rendre sa croix, de le priver de sa dernière liberté?
Et il n'en peut plus de rire, recule, s'affaisse comme une vieille bâtisse, s'effondre le long du mur enflammant son dos sous sa caresse de pierre... Est-ce que c'est aussi désagréable un caveau? Et cette salope!
Ses lèvres lui font mal...
Comment a-t-elle osé?! Prendre ces lèvres que je ne voulais plus offrir qu'à Lui.
Attendez!
Est-ce Lui qui serait venu me sauver? A lui cette voix grave et vibrante...? Je ne sais plus, je ne vois plus bien, la tête me tourne... je l'aurais pourtant reconnu... vais-je redevenir aveugle? Sénile? Débile? Est-ce que la lumière n'apparaît pas plus brillante, plus clairement dans le noir?
Non, ce ne peut être Lui...
Mais si...
Et sa tête de rouler telle vague indolante mûe par la marée de...
Où a-t-elle frappé?
Normalement il devrait déjà y voir plus clair. Est-ce si grave, un simple coup à la tête... et comme il a mal, ça bourdonne dans ses tempes... Il a envie de rire, il a envie de pleurer... mais rire lui rappelle cet odieux baiser, pleurer lui semblerait de trop. Trop de cinéma pour rien.

Tu voulais le révéler, hein, pauvre mijorée?
N'as-tu pas compris qu'il n'y en a qu'un à posséder ce pouvoir?
Ambroise...
Ambrosio...

Il se sent un peu moins seul... Ils sont deux... Non, plus qu'un... il ne sait plus bien... Tout cela est trop récent... et si l'un devait mourir, qui resterait enfin?
Le politicien cynique?
Le poète forgé d'ombres et de lumière...?

Il respire.
C'est bon, il vit.
Sa poitrine haletante se soulève, ses lèvres s'entrouvrent comme pour un baiser, ouvrir les yeux lui fait trop mal, c'est le brouillard, alors il les referme et il ne sait pas ce que les autres sont devenus... si ce brouhaha en sourdine est dû à la discrétion des passants ou à la perte de ses capacités.. est-ce momentané? Tout ceci va-t-il le changer à vie...?

S'il vous plaît...

S'il vous plaît quoi?
Et puis quoi s'il vous plaît. A qui plairait-t-il de...? et de faire quoi?

Où a-t-elle frappé pour que les répercussions soient telles? Peut-être que les secondes lui semblent étirées mais qu'une minute n'a pas même filé... Oh, et puis après tout, qu'est-ce qu'on s'en fout. Il se sent bien là, à se faire son cinéma...

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MessageSujet: Re: Et le ciel...   Dim 15 Fév - 14:33

Et au loin retentissent les sanglots d'une femme

Alors qu'il recule, elle l'accule
Frapper encore pour qu'il ne reste plus rien
RIEN

Stoppée dans son élan par une voie inconnue elle se retourne
Est-il floué celui d'en face par ce regard distant ?
Sait-il ce qui se cache derrière cette face de masque
Sans sourciller elle se détache et contemple son oeuvre

Celui qu'elle est en train de tuer
Celui la même qu'elle voulait garder

Toi qui ne vois plus sais tu seulement qu'elle pleure ?
Oui, c'est toi qu'elle pleure et sur lequel elle s'agenouille
Futur cadavre qu'elle enveloppe de ses bras, douceur retrouvée
Un corps qu'elle berce
Un corps qu'elle baigne de ses larmes

Seul un murmure sanglotant à ses oreilles
Le reste n'existe plus

~ Je ... Je suis désolée tu ne devais pas voir cela
Je voulais... Je voulais vraiment

Vraiment quoi ? T'aimer, te tuer
Il ne t'avait pourtant rien fait
Toi qui voulais le préserver
Preserver son regard

~Ferme les yeux, tu ne souffriras plus

Je ne veux pas que tu me regardes
Le changement serait trop douloureux

~Bonne... nuit

et des larmes
Comme d'habitude j'en ai attendu trop
Souvenir de mots

~moi aussi j'ai été heureuse de te rencontrer
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MessageSujet: Re: Et le ciel...   Dim 15 Fév - 17:12

"Lâche-le! Lâche-le salope!"

Une jeune femme en pleurs penchée sur un corps inerte... Un autre l'aurait prise pour la demoiselle du blessé. Ou il y aurait vu une belle âme venue en aide à une victime d'agression, comme ce passant qui s'était interposé. Et quand bien même elle aurait été identifiée comme l'agresseur, si on avait relié la pierre ensanglantée qui gisait dans le caniveau à ses doigts teintés de rouge, à l'air incrédule du bon samaritain... Quel amoureux aurait fait plus attention à elle qu'à sa victime? Quel amant ne se serait pas précipité vers l'être cher pour le serrer dans ses bras, lui parler, le rassurer, appeler à l'aide?

Mais Aramis n'était pas "un autre", il n'était pas un humain ordinaire, avec un esprit logique et des sentiments relativements stables. Il avait eu peur pour Ambroise - bien sûr, comment aurait-il pu ne pas avoir peur lorsqu'il avait entendu la rumeur qui se répandait à travers les Esagils, lorsqu'il avait été stoppé net sur le chemin qui le menait à son appartement par cette nouvelle insensée? Un noble était à terre, un noble s'était fait agresser au sein même de la ville haute. Un noble qui était un Mearas, oui oui un Mearas, presque certain, et peut-être même que c'était leur doyen, jamais assez prudent celui-là, toujours à se croire invincible, toujours à narguer le monde entier, pas étonnant, non non scandaleux mais pas étonnant qu'on ait pu porter la main sur lui, répandre son sang, le tuer peut-être.

Répandre son sang.

Aramis avait eu peur, oui, et il s'était mis à courir. Mais sa rencontre avec Ambroise était encore trop récente, et son âme tristement rigide n'avait pas encore l'habitude de s'extirper de son carcan de perversion. Alors la peur, émotion neuve et mal caractérisée, devint rapidement de la colère, de la jalousie, mélange de désespoir et d'égoïsme aussi étrange que détonant: personne ne pouvait faire de mal à Ambroise, non. Pourquoi? Parce que!


* ... parce que c'est le seul qui... *

Alors lorsqu'il arriva près du petit attroupement provoqué par la scène, quand ses narines sensibles décelèrent l'odeur du sang à travers la puanteur des cadavres... Quand il vit cette femme, et celui qu'elle serrait dans ses bras, celui dont elle caressait les cheveux, ses cheveux sombres qui collaient sur sa tempe déchirée...

"LÂCHE-LE!!!"

Il la frappa, un revers de main d'une force et d'une violence insoupçonnées, que personne n'eut le temps d'interrompre. Puis il se jeta sur elle, sans même s'attarder sur la figure par trop insupportable du noble inconscient; un fou aux prise avec une folle, les yeux pleins de larmes inconscientes, la vision trouble de trop de rage et de douleur.

Elle avait fait du mal à Ambroise.

A Ambroise.

Ambrosio...


"Qu'est-ce que tu lui as fait pétasse?!!"

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MessageSujet: Re: Et le ciel...   Dim 1 Mar - 21:09

Et la tête lui tourne...

Et.
Et...
Et.

C'est un remarquable effet d'accumulation. Lui qui gémit et s'enfonce toujours plus loin en ce délicieux délire solitaire, bulle de songe pour un monde coupé de toute réalité... et eux qui se frappent, gémissent à leur manière. Ils sont tous là à pleurer mais aucune larme n'est versée...
Certains regrettent l'amour, d'autres l'appellent, il y en a même pour vouloir le fuir. Il nous rattrape toujours, vous savez. Nous sommes humains après tout. Que serait un humain sans ressenti?
Un pantin.

Un pantin, voilà ce qu'était le doyen en cet instant précis.
Jouet balloté par de multiples ficelles nommées qui Crainte qui Désir mais enfin... tout cela était si flou que le marionnettiste hasardeux n'aurait su démêler ces cordages noueux.

Noueux.
Tels étaient ses doigts, tantôt détendus et mous, tantôt contractés en une muette étreinte qui appelait la Vie. Illusoire de croire que l'on pouvait retenir une émotion ou une existence. S'accrocher, mais à quoi je vous prie?

Vain.
Tout était vain et mieux valait crever.

Grand-père attend-moi, je te rejoindrais bientôt.

...
C'était n'importe quoi.
Si sa présente incarnation était inutile, en quoi une vie future vaudrait-elle plus que ce grand bordel qu'était son existence actuelle?
La mort même serait-elle donc vaine? Où est le repos?

Ce tumulte s'estompe et ne reste plus qu'un léger bourdonnement, lointain comme une brume dissipée. Pas de soleil pourtant pour couronner ce fragile rétablissement. Un premier élan le voit entrouvrir les yeux, mais son regard est si vague qu'une femme retient un cri horrifié en le pensant déjà mort.

He non ma mie, sorry. J'suis toujours parmi vous et croyez-moi, c'est pas pour mon plaisir. Qu'est-ce que c'est chiant, qu'est-ce que c'est lourd toutes ces présences et ces sentiments qui le pressent et l'entourent. Dégagez, calmez-vous, je voudrais juste...

Que veux-tu mon ami?

"LÂCHE-LE!!!"

Son coeur manque un battement.
Cette voix...

Sa main semble le chercher, se diriger vers la source présumée du timbre tant aimé.
Où es-tu cher amour?
Toi.
Toi tu vaux le coup.
Et pas seulement parce que t'en es un bon, de coup.

Et.
Tant de qualités pour dépeindre l'éphèbe adoré, tant de battements mouvants, forzando, accelerando, ralenti piano... Capriccio.
Son coeur capricieux n'en fait qu'à sa tête bien qu'on l'en dise dépourvu. Mais qui donc peut juger des élans de l'organe un peu fou?
Pas moi. Et certainement pas vous.


Ses lèvres s'entrouvrent mais ne sort qu'un halètement, si faible qu'il y a fort à parier que personne ne l'a entendu.
Et voilà, il faut qu'il commence à recouvrer ses esprits pour craindre à présent qu'on l'oublie.

Vain.
Ce désir est vain Ambroise.
Même les plus grands ont sombré. Crois-tu que quiconque peut se targuer de connaître Mozart ou Voltaire? Leur oeuvre et quelques écrits. C'est tout ce que l'on a. Tableau subjectif, tentative biographique plus ou moins ratée. Qui était de Vigny? Qui étaient réellement Chopin et Liszt, Couperin et Scarlatti?

Qu'est-ce qui a de la valeur alors?
Mais ce et ceux à quoi vous en donnerez.
Lui il sait. Il sait ce qu'il veut, il le sait depuis le début. Les rixes avec son enfant tant chéri n'étaient que négation d'un désir naissant.
Désir, amour, ambiguïté...

Drôles de choses que les hommes.


Il est sonné. Juste un peu mais c'est suffisant pour rendre sa pensée incohérente et sa mâchoire débile.
Tant pis, il parlera plus tard. Pour l'instant il attend que quelqu'un daigne le ramasser.


Pas toi Lysa.
Connasse improbable, après tout ce qu'il était prêt à donner, tu l'aurais laissé crever. Braves couillons, vagues brouillons que les êtres. Si Dieu est à leur image, il n'y a pas à s'étonner de l'état du monde...

Parlons-en de Dieu.
Se prétendre "à son image", c'était vraiment futé. Chouette idée mais révélatrice surtout. Prétentieuse aussi. Que croyez-vous donc, tous? Que vous avez le pouvoir de forger l'univers? Laissez-moi rire.
Une seule pierre et vous ne serez plus.

En attendant, ben on fait comme on peut. Un peu comme ce pauvre vieux qui n'arrive plus à savoir si c'est Aramis ou Lysa qui l'a pris dans ses bras, lequel tabasse l'autre et puis est-ce important?
On t'aime, on se bat pour toi et t'es en train de penser, pauvre crétin, qu'ils perdent leur temps pour rien?

T'as pas tort, t'es pas grand chose. Mais voilà, on donne de la valeur à ce que l'on veut et ces gamins semblent t'avoir choisi. Pas d'bol, t'as plus 36000 choix. Tu te montres à la hauteur ou tu les déçois.

Allez, arrêtez de vous battre, je vous aime tous deux. L'un plus que l'autre c'est vrai mais qui a dit que je devais être juste? Je me fous de ce que l'on pourra penser, je suis juste là pour...

Pourquoi suis-je là?
Et voilà, on retombe dans les questions philosophiques. Qui suis-je, que suis-je, où vais-je?
Pour l'instant je te rassure, tu risques pas d'aller bien loin. Ou peut-être bien plus loin que tu n'as jamais été si personne ne prend la peine de se bouger pour te soigner. Mais t'inquiète mon grand, y en a au moins un qui s'évertue à te venger. Super utile de laisser crever son grand amour pour cogner sur une vague inconnue, oui oui je sais...
A part ça, tu préfères quoi? L'incinération ou l'inhumation? Faudrait vite te décider, qui sait si tu survivras à cet instant...

"Je t'aime Aramis..."

Ce sera sa dernière pensée. Quitte à partir, autant laisser au monde ce qu'il avait de plus beau: ces quelques cognements sourds qui témoignaient de sa sincérité quant aux aveux qu'il avait déjà formulé.

Tu es ce que j'ai de meilleur, de plus beau mon enfant.
Si seulement il savait...
Si seulement il savait qu'il baise son fils.
Que cet amant impromptu est de sa chair et de son sang...

Il en serait d'autant plus fier.
Il en serait d'autant plus honteux.
Rien qu'un moment parce que faut pas déconner, il est pas totalement (im)moral non plus.
Et puis la vie reprendrait son cours.

Et...
Et je te bute si tu oses me quitter. C'est de l'amour égoïste, absolu à sa manière. Un amour comme il s'en trouve des milliers mais si celui-ci nous intéresse, c'est bien parce qu'il nous concerne. Touchante petite chose que l'humain. Attaquez son nombril et son égo et il devient capable.

En attendant je passe mon tour et laisse la plume à qui voudra répondre et écrire...

Ecrire...
Tiens, encore une chose qui valait le coup.
Accroche-toi Ambroise, certains rochers peuvent sauver le naufragé de la tempête. Tu survivras, si seulement l'on t'aide. C'est ainsi que j'en ai décidé.

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MessageSujet: Re: Et le ciel...   Lun 16 Mar - 12:57

Un cri dans la nuit
C'est vaguement ça
Pourtant, loin d'obéir elle crispe ses doigts qui ne sont plus que serres
Elle se prépare à bondir sur celui qui menace
Elle est à ce moment une mère protégeant ses petits

Sblafff
Deux fois dans la journée qu'elle s'envole
Deux fois dans la journée qu'elle retombe
Il faut croire que les ailes n'ont pas encore eut le temps de pousser.
C'est vrai ça qu'est-ce-que je lui ai fait ?

Pourtant, elle n'ose tourner la tête vers le corps allongé, trop consciente de ce qu'elle a fait sans vouloir se rappeler.

Alors tant qu'à faire, tant qu'elle est à terre
Une fois de plus lever les yeux, mais pas vers le ciel cette fois ci
Juste vers les yeux
Ses yeux à lui, ce petit lui qui ne vaudra jamais le grand

Elle voudrait le toucher comme elle touche habituellement tout ce qu'elle souhaite comprendre
Elle voudrait tâter cette joue qui porte des yeux si douloureux
Mais pour une fois se retient
Laissant filtrer un murmure fait de douleur et d'espoir

~L'aimez-vous aussi ?

Insensible à sa haine, elle se relève lentement pour porter son regard au niveau du sien.
Nulle excuse au fond des prunelles
Nul regret non plus, juste peut-être un brin de fatalité.
Elle est un peu désolée pour lui
Qu'il la frappe si l'envie lui prend, elle encaisse depuis longtemps

~Vous devriez vous en occuper, qu'il ne meure pas sans vous.

Si toutefois la mort l'emporte
Elle ne vise pas toujours bien
Et les cailloux sont capricieux quoiqu'on en dise.

Ici, il n'y a plus ni ailes blanches ni espoir
Pegase toujours introuvable elle retombe dans cet état amorphe qui suit chacune de ses crises de démences.
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MessageSujet: Re: Et le ciel...   Dim 22 Mar - 21:48

Il l'avait attrapée à la gorge, sans vouloir l'étrangler, simplement parce que c'était une prise à sa portée. Assis à califourchon sur elle, il la secouait comme il l'aurait fait d'une poupée inerte, un geste mécanique et sans sens. La tête de la femme ne touchait pas le sol, les doigts du parfumeur ne se resserraient pas sur sa gorge. En fait, il ne souhaitait même pas vraiment lui faire du mal, non. Plus tard oui - oh oui, plus tard tout ceci allait devoir se payer. Mais là, tout de suite, Aramis voulait seulement des réponses.

"Mais pour qui tu te prends?! Et vous, qu'est-ce que vous regardez?!"

Les nobles spectateurs reculèrent dans un bel ensemble, mais aucun ne se détourna: fallait quand même pas leur demander de rater un évènement qui allait les approvisionner en commérages pendant les trois prochaines années. Un court instant, Aramis envisagea de se lever pour cogner dans le tas de ces foutus vautours, mais il avait d'autres priorités pour l'instant - à savoir la salope qui venait de défoncer le crâne d'Ambroise.

Alors réponds, qu'est-ce que tu lui as fait? Pourquoi lui, pourquoi alors que pour une fois quelqu'un me regarde, quelqu'un me voit?! C'est un salaud, une ordure, une pourriture de noble, d'accord. Il est arrogant, empli de suffisance et de mépris, en une couche si épaisse qu'il est impossible à quiconque de voir ce qui se dissimule sous cet amas nauséabond. Mais il est à moi tu entends? A moi!

Et je suis à lui.

Une certitude fragile, qu'Aramis n'osait même pas évoquer à voix haute, tout juste en pensée. Oui, quelqu'un voulait de lui. Le voulait, lui. Si important ce petit verbe, vouloir. Pas le subir, comme le faisait sa mère. Pas l'ignorer, comme le faisaient ceux qu'il répugnait à présent à qualifier d'amants. Le vouloir. Démarche volontaire. Envie, désir.


"L'aimez-vous aussi?"

D'un seul coup, le jeune homme s'arrêta. Il haletait, fou de rage, abasourdi de douleur, et ses yeux bruns voilés de larmes furieuses dévisagèrent enfin cette femme que jusque là il n'avait même pas regardée. Pour sa plus grande surprise, elle était jolie, cette étrange folle. Des traits fins, de grands yeux bleus avides de tout voir. Une délicate bouche de noble dame, qui esquissait presque un sourire tandis que le parfumeur la relâchait, reculait sans se relever, clignant bêtement des yeux sous le choc de la phrase qui venait de lui rendre sa gifle.

Est-ce qu'il l'aimait?

...

Oui, oui bien sûr voyons, Aramis c'est quoi cette hésitation?! Oui, il l'aimait. Mais il ne l'avait jamais dit, même pas au premier concerné. Aux aveux d'Ambroise, il répondait d'un regard, d'un baiser. Jamais il ne parlait.

Dans une espèce de vertige ouaté, le parfumeur réalisa alors que si le doyen des Mearas mourrait ce jour-là, ce serait sans avoir entendu le moindre mot d'amour franchir les lèvres de son jeune amant.

Mais non, il n'allait pas mourir! Et le problème dans cette foutue phrase n'était pas là!


"Aussi?..."

Comment cela, aussi? Elle osait prétendre que... Aramis tourna la tête, son regard flottant sur la silhouette inanimée d'Ambroise, avant de revenir à la jeune femme pour la fixer d'un air incrédule. Malgré ses yeux écarquillés et son souffle haché, ses traits étaient d'une étrange neutralité, comme si son visage ne parvenait pas à déterminer s'il préférait exprimer l'incédulité ou la colère. Elle l'aimait? Elle disait l'aimer? Mais... mais elle venait de...

Et si Ambroise couchait avec elle? Et si elle venait de découvrir qu'il la trompait avec un petit parfumeur homo?

Sensation froide, gluante. Aussitôt ressentie, aussitôt ignorée: plus tard. Cette hypothèse, il y songerait plus tard. Tout ce qu'il y avait à retenir pour l'instant, c'était que maîtresse ou pas d'Ambroise, elle venait de tenter de le tuer.


"Vous êtes folle."

Pas une question, même pas une exclamation. Un simple constat, qui sonnait comme une surréaliste déception: tout cela pour rien... S'il ne découlait pas d'une crise de jalousie, le geste qui venait de le poignarder au coeur en même temps qu'il avait abattu son amant n'avait aucun sens. Ce n'était que le produit imprévisible des méandres inconstants d'un esprit malade. Et cela, Aramis ne parvenait pas à le comprendre, aussi psychotique qu'il soit lui-même: sa folie à lui l'enchaînait dans un carcan dont il ne pouvait s'échapper, des liens qui le paralysaient et l'étouffaient. Elle au contraire était trop légère, trop volatile, gaz insipide et incolore autant que mortel qui se répandait dans l'air ambiant. Lui, il empoisonnait à travers la séduction que lui conférait sa perversion. Elle, elle se contentait d'être.

Et une telle différence fit peur au jeune parfumeur. Une peur qui devint une bouffée de terreur lorsque la femme reprit la parole.

...

Non.

A nouveau un regard pour le corps frémissant du noble à terre, un déni qui devint un vif mouvement de la tête de droite à gauche.

Non, ce n'était pas possible, non. Non!


"Non, il ne va pas mourir! Il ne peut pas mourir!"

Flash de ce qu'il avait lu à la bibliothèque si peu de temps auparavant. Il était tellement vieux, il était forcément immortel, donc forcément invincible, n'est-ce pas? Et puis même, personne ne mourrait d'un petit coup à la tête - en tout cas pas dans le monde d'Aramis.

Le parfumeur se détourna de la folle pour se traîner au côté d'Ambroise. Il tendit la main, hésitant à le toucher. Ces paupières qui battaient sur ses yeux vides, c'était bon ou mauvais signe? Ces frissons qui parcouraient ses doigts, cela signifiait qu'il reprenait conscience? Les délicates phalanges d'Aramis allèrent effleurer la tempe ensanglantée, tandis qu'il fixait le visage couleur cendre de ce foutu connard de Mearas: oh oui il l'aimait, il l'aimait à en crever, et il avait l'impression d'être en train de le perdre.


"Il ne mourra pas!"

Cette fois son affirmation était haute et claire, presque féroce: tu m'entends la Mort? Je t'interdis de me le prendre. Parce que je suis moi.

Et sans ménagement, il gifla Ambroise.


"Réveille-toi! Réveille-toi tout de suite, tu m'entends?! Ambroise, réveille-toi!"

Pour ceux qui ne l'auraient pas déjà deviné, la culture romantique d'Aramis était quelque peu famélique: la Belle au Bois Dormant n'avait jamais été son livre de chevet.

Pourtant il aurait été bien malvenu de se moquer de l'accent désespéré que la voix du jeune homme avait pris sur le fin de sa phrase. Et bien imprudent de sous-estimer la violence des regards qu'il adressait à celle qui venait de fissurer le fragile verni qui couvrait le premier de ses véritables espoirs.

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MessageSujet: Re: Et le ciel...   Lun 23 Mar - 14:39

Ses paupières s'entrouvrent à nouveau, le Destin en peintre tendrement railleur esquisse un sourire sur ces lèvres déjà si pâles... Il se raille de la vie le fier immortel.

Toi qui l'a tant bafouée, cette flamme vive qui consume les êtres, sauras-tu te rire de ces douloureux accents envahissant le timbre de ton amant, d'ordinaire si fier...
Toi qui a foulé tant de fois aux pieds existence et passion, sais-tu seulement que tu ne les as peut-être jamais appelé aussi sincèrement, aussi fort?

Vivre...
Cela sonne comme un rêve. Coulées de harpe, L'île des morts de Rachmaninov résonne dans son crâne à petit pas feutrés, tapinois, tapin des merveilles... Dans une exquise et suave douceur il se sent glisser, porté par la barque et les rames aux ternaires plongeons. Dans ce délire ouaté, il ne perçoit plus ni cris ni présence. Il se sent bien.

De même qu'à la naissance, le réveil est brutal. Une sensation sur sa joue le brûle, force ses paupières à se soulever, laisser pénétrer le mystère qu'est ce regard consumé d'émeraude et d'or. La prunelle mobile cherche et... s'arrête.

Il vit.
Il respire.

Déglutissant faiblement, sa gorge lui fait mal, il cherche à exprimer, tel le nouveau-né.


"Toi aussi tu le veux..."

Tu veux ce qui sommeille sous ce sein à la blancheur liliale... Blancheur trompeuse, neige recouvrant les crimes.
A toi je le donnerais. Je les donnerais. Rachmaninov et tous les autres mais schh...
Chut...
Ne me remercie-pas.

Un rictus _peut-être était-ce un sourire, je ne sais pas_ se joue de la bouche du vieillard conservé. Un goût âcre mêlé de fer imbibe son palais et sa langue devenue molle et pâteuse. Du sang. Il en a recraché tantôt mais ce souvenir est aussi vague que les autres.

La conscience émerge, avive ses lueurs dans le feu de ce regard auparavant éteint.

Un courant, une pierre et la flamme vacille, et la lueur s'évapore...
Si peu de choses pour briser un être alors qu'un coeur, une âme, des sentiments... ça paraît tant. L'injustice est cruelle. De quel droit retire-t-on ce souffle changeant à une créature, quelle que soit la créature? Même les pires salauds ont leur sensibilité, leur intériorité, en témoigne l'infâme tristement étendu au sol.

Piteux spectacle que celui d'un aigle qui tombe et pourtant...
La masse informe et grouillante se réjouit par avance du festin que représente le noble rapace à l'agonie.

Charogne ou charognard il faut choisir.

Lentement, il tourne son visage vers Aramis, ses yeux vaporeux témoignant, paradoxalement, d'une étrange lucidité.


"Je suis à toi."

A tâtons, il cherche sa main, ses doigts, sans tenir compte du sol laissant sur la chair de son bras une éraflure...
Enfin!
Trouvant le coude, il glisse pour parvenir jusqu'à l'extrémité, entremêlant leurs phalange en un ballet langoureux.
Il frissonne.
Ces chairs qui glissent, deux peaux différentes devenues unies, la sensation procurée par ce toucher maladroit, hésitant, et pourtant aveu sincère...
Un geste, si simple... et tant de sensualité.

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MessageSujet: Re: Et le ciel...   Lun 23 Mar - 15:54

Et la voilà qui s'amuse d'Aramis et de ses doutes. Le rire éclate de sa gorge et ses yeux regardent l'éléphant en plein vol.
Presque emerveillée, mais néanmoins moqueuse
Elle ne veut pas le blesser, elle se contente de piquer
Folle devenue serpent ondulant qui se rapproche pour lui répondre
On peut aimer sans retour petit. C'est la tragédie de la vie.


Mais elle aussi s'arrête en plein vol
Le saut de l'éléphant est réciproque à ce moment


Elle n'est pas folle.
Peut être un petit peu obsédée
Peut être un peu lunatique
Mais folle c'est une insulte


Et le regard se voile de douleur
Douleur appuyée par la distance soudaine d'Aramis
Elle reconnaît la peur
Elle reconnaît ce regard blessant né de la différence
Elle le hait


Elle veut le frapper, qu'il ravale ses mots et pleure à son tour
Elle veut le faire pleurer, ce misérable
Et quand il se rapproche d'Ambroise
Se raccrochant avec véhémence à celui qu'elle ne peut plus (ou ne veux plusc'est un peu confus) voir
Et quand il crie son espoir
Elle pense arracher son coeur au doyen
Elle se perd dans les images la follesque
Elle même n'est plus qu'une image perdue au milieu de visions de coeurs arrachés à la petite cuillère et de cris sanguinolents
Ambroise de toute manière ne devait il pas mourir?
Lui qui aura ce regard
Ce regard qu'elle ne voulait pas lui voir
Alors autant qu'il meure à la petite cuillère pour faire crier cet amant inconvenant

La determination se tend
Tandis que le regard reprend cet éclat halluciné propre à ses états de violence

Un geste, si simple... et tant de sensualité


Le doyen vient comme il y a un moment d'apaiser la tempête
Un homme d'exception à n'en pas douter
Un homme qu'elle a perdu


Commun des mortels je ne t'oublierais pas
Si j'avais un papier et un crayon je t'écrirais mes au revoirs
Mais là je ne peux interrompre ce moment qui n'apartient qu'à vous


Ainsi s'éclipse une femme
Une folle pleurant sans larmes
Portant comme une relique un caillou taché de sang
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MessageSujet: Re: Et le ciel...   Lun 13 Avr - 16:41

Il ouvrit les yeux et le regarda.

Qu'elle était douce, cette phrase. Simple et belle comme un exercice de conjugaison dans un livre d'école. Deux actions, continuité temporelle immédiate. Que désigne le pronom "il"? Discuter l'usage du verbe "regarder"; n'aurait-on pu utiliser le verbe "voir"? Si le second verbe avait été conjugué à l'imparfait, quel temps aurait convenu au premier?

Imparfait? Mais non, non voyons, rien d'imparfait dans ce regard. Au contraire, ils étaient si beaux ces iris d'or voilés de douleur et d'égarement qui s'étaient posés sur lui, entre des paupières trop lourdes, au-delà du voile de sang qui coulait dans l'un des yeux depuis le cuir chevelu déchiré - ce sang, tout ce sang... Il avait entendu dire que ça saignait beaucoup quand on attaquait la tête, mais à ce point-là?

Pourtant Ambroise avait ouvert les yeux et il le regardait.

Il parlait, même. Mais ses mots n'avaient pas de sens pour le parfumeur encore sous le choc, et Aramis s'agrippa au col du noble sans chercher à afficher sur son visage une joie que de toute façon il n'éprouvait pas. Tout ce qu'il voulait, c'était garder ce regard dans le sien, empêcher cette âme de retourner dans les limbes. Parce qu'elle était à lui. Ou que c'était encore plus fort et intime qu'une simple possession.


"Ambroise? Tu m'entends? T'en fais pas, je vais te trouver..."

Soudain un frôlement, et la voix du parfumeur mourut sur ses lèvres.

"... des secours..."

Silence. Il baissa les yeux, interdit, pour découvrir la main pâle qui glissait sur son coude, progressait à tâtons le long de son avant-bras. Trouvait sa paume, ses doigts. S'y glissait. Phalanges entremêlées, peau glacée contre peau brûlante, étreinte frémissante de douleur mariée à une prise surprise et amorphe. Aramis déglutit. Et sa main se referma sur celle d'Ambroise, lentement, comme s'il était impudique de faire cela en public.

Un geste, si simple... et tant de sensualité.

Je suis à toi.

C'était... tellement...

Aramis se mordit la lèvre inférieure, les yeux toujours baissés vers ces doigts mélangés aux siens. Il ne voulait plus regarder Ambroise en face. Il ne le pouvait plus. Tout ceci bombardait de trop d'émotions sa petite âme étriquée, engoncée dans sa perversité, et comme à chaque fois le jeune parfumeur se sentait au bord de la panique d'avoir à gérer tout cela en même temps. Il tourna brutalement la tête, les yeux soudain étincelants, à la recherche de celle qui avait causé cette catastrophe, celle sur laquelle il pourrait se passer les nerfs, évacuer ce trop plein d'humanité qui l'étouffait.

Mais elle était partie.

Stupeur, fureur. Insultes pour le témoin le plus proche, le bon samaritain qui le premier avait tenté de venir en aide à Ambroise et qui à présent s'éloignait en quête de secours - un moyen comme un autre de se rendre utile tout en fuyant le petit con hystérique qui grognait comme un dangereux bâtard défendant le corps de son maître. Il ne savait pas qui était cette femme, il le lui avait dit pourtant. Tout ce qu'il avait vu, c'était qu'elle avait sauté au cou du doyen des Mearas, qu'il avait cru qu'elle voulait l'embrasser, qu'elle l'avait peut-être fait d'ailleurs, et ce n'était qu'à cet instant qu'il avait vu la pierre dans sa main.

Tout puait le sang, sur ce trottoir. Aramis sentait sa tête bourdonner sous l'effet de la haine et de la peur. Des questions sans réponses, aussi. Un baiser? Une agression? Est-ce que tu la connaissais, Ambroise? Est-ce que c'est elle que tu trompais avec moi, ou l'inverse? Est-ce que tu me mentais? Ou pas?

Mais cette main, dans la sienne; quoi que ce fût, ce n'était pas un mensonge.

Le jeune parfumeur s'ébroua, comme il le faisait parfois pour remettre en place ses émotions déglinguées, avant de se pencher vers le Mearas, glisser une main sur sa joue souillée, resserrer sa prise sur la paume qu'on lui avait confiée. S'obliger à chercher le contact de ses prunelles d'or, d'habitude si flamboyantes, ce jour-là si ternes.

Il ne dit rien. Il n'était pas doué pour les grandes scènes romantiques, et à moindre échelle, il ne savait pas rassurer les gens. Mais il resta ainsi, monolithique à l'extérieur, en ébullition à l'intérieur, jusqu'à ce que les médecins privés de l'Etemenanki se décident à rappliquer. Peu importait la folle en fuite, peu importait la suspicion et ce venimeux doute qui le rongeaient.

Parce que ce geste, si simple, tellement sensuel, n'était pas un mensonge.

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