L’enfance.
Merveilleuse enfance.
Courir dans les rues enneigées sans crainte de tomber. S’envoler au rythme du vent. Découvrir son nom dans les tempêtes que craignent les gens. Sublime enfance. Qui offre la tendresse comme on offre un regard. Sans penser aux conséquences. Pour une seconde d’allégresse. Pour une seconde d’humanité.
Estëe…
Estëe…
chuchote le vent maternel. Le vent glacé qui caresse sa peau. Qui dépose des baisers de neige sur sa chevelure. Voilà que le temps recommence son ouvrage. Le temps file le froid comme un tueur de pauvres gens. Il y aura des statues de givre à l’aube, penses-tu. Il y aura des larmes glacées comme autant de lacs salés. Il y aura des ombres demain.
L’enfant. Cette étreinte tu la lui rends. Un baiser malhabile. Tu sembles avoir perdu la main. Mais ton corps se rappelle. Des courses effrénées. Les nuits qui se succèdent à la lumière d’une chandelle. La flamme surnommée paix ou bien amour. La flamme que tu protèges d’un regard effrayé. L’enfance sait écouter les histoires. L’enfance est une scène pour les jeux d’adulte.
Estëe…
Était…
Une enfant parmi tant d’autres. Une enfant de pauvres gens. Une enfant de théâtre. Une enfant de jardin. Cultivée avec grand soin. Les livres sous ses draps. Et la plumes si douce tapotant ses lèvres. Estëe fut une fois une histoire non terminée. L’histoire sans fin d’une petite fille qui grandit encore. Qui court encore dans les rues. Qui glisse telle une danse imparfaite.
La main perdue dans celle de l’enfance. L’hiver est venu pour moi. L’enfance s’arrête soudain. Chassant les mauvais rêves et les mauvaises idées. Sa main glisse loin de la sienne. Un départ qui la déchire un peu. Une couture accrochée aux ronces du temps. L’hiver se moque d’elle. L’hiver ne semble pas comprendre ce qui la retient. Mais ce n’est plus l’enfance.
Et maintenant ?
Que chuchote le vent ?
Une fleur éclot. C’est une survie. Une ardente chaleur. Un espoir. Les yeux se tournent vers elle. Semble la saluer respectueusement. Et elle s’incline Estëe… Estëe… chante le vent. Tu viens de te faire piéger. Voilà la crevasse mortelle. La tueuse des innocents. La lame glacée dans sa main gracile. Voilà le crime. Voilà le danger. Voilà le pêché.
Qui lui parle comme enivre le serpent de l’Eden. De douces paroles. A-t-elle oublié ? As-tu oublié ? Le sang perlant à ta gorge. La morsure soudaine de la cruauté. As-tu oublié ? Quand les secondes s’étiraient sous la neige. Transformée en fatale éternité. Tu gisais dans un manteau de neige. Tu étais à sa merci. Et de la pitié elle n’en savait rien. Comptes-tu oublier ?
Oublier n’est pas le verbe qui convient.
Quand elle cherche la rime en lui tendant son bras.
"L’idée n’est bonne que si cela vous rend heureuses."Vous toutes. Le jardin florissant au creux de ce cœur brisé. Vous toutes ignorées. Des milliers de cris étouffés. Je tends l’oreille mais ne peut les percevoir. Où vous cachez vous ? Quand je prends votre bras. Quand je ne vous quitte des yeux. Où vous cachez vous ? Percez la neige. Apparaissez au grand jour. Au jour des étoiles de cette nuit glacée. Apparaissez.
Raison. Raisonnable.
Vos raisons. Regard insoutenable.
Deux vieilles amies qui ignore bien nombre de chose. Peut-être la sagesse. Peut-être oublier. Peut-être pardonner. Elle n’y pense plus Estëe… Était… comme une enfant innocente. Une jeune femme blessée. Les cicatrices sur ta poitrine. Et les morsures sur tes lèvres. Le vent t’embrasse pour te donner courage. Mais tu n’en as nul besoin.
Tu préfères sourire.
L’enfance donne de la tendresse. L’enfance donne de l’amour. L’enfance peut le reprendre d’un cri. D’un regard blessé. L’enfance peut tout donner. L’enfance peut tout détruire. Mais il ne se détruit pas. L’enfance reste dans le cœur des gens. Comme un souvenir triste. Comme une nostalgie oubliée. On pardonne tout au temps. On pardonne peu à l’enfance.
Cela arrive parfois quand la tristesse se fait vague.
Quand les cris se perdent en son sein tels une bouteille à la mer.
Mais je suis là.
Comme la maman d’un soir. La maman de la nuit. La mère de la neige. La mère des choses inexistantes. La mère de vos cris déchaînés. Je vous écoute pour ce soir. Et que la nuit entière vienne frapper à notre porte. Sous cette cabane je prierais le temps de nous laisser en paix. Je soignerais l’enfance comme une griffure de ronce.
Je vous aimerais.
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Et je pleure, et je crie et je ris au pied d'une fleur des champs,
Égaré, insouciant dans l'âme du printemps, coeur battant,
Coeur serré par la colère, par l'éphémère beauté de la vie.