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Ambroise
.:: Doyen des Mearas ::.

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MessageSujet: Re: Commande...   Lun 2 Juin - 16:12

Clap, clap, clap...

Un claquement de main, lent, régulier, comme les premières gouttes qui tombent lourdement du ciel afin d'annoncer l'orage, émissaires du tonnerre et de de la foudre qui attendent de tisser au firmament son palais de zébrure...

Puis la voix, chaude et suave, comme un rayon de soleil, un arc-en-ciel non pas salvateur mais étrange, angoissant et fascinant dessinant sur cette toile de nuée le trait de couleur qui illuminera mieux ces ténèbres oppressantes.


"Je vous félicite pour cette représentation, déplacée autant que vulgaire. J'ose espérer que vous n'écrivez pas votre texte, ce serait pour le moins... regrettable."

Déjà il se détournait, plein de cette flemme et de cette morgue qui le faisaient haïr par tous ceux qui mordaient de plein fouet le mur de hiérarchie qu'il érigeait entre eux et lui. D'un regard dédaigneux il les traînait dans la poussière avant de les y laisser croupir, tel un empereur romain ne prenant plaisir qu'un bref instant au supplice du prisonnier écartelé puis retournant à ses affaires. Laissant traîner son regard, blason de nature et fortune réunis sur les débris gisant dans la parfumerie comme autant d'étoiles sur un parvis de ciel, il se dégageait de la frêle silhouette une aura pleine de superbe qui laissait à songer que même le plus beau des palais ne parviendrait à satisfaire le noble dominant le monde du haut de son trône d'orgueil, vestale intouchable de fierté...

Dans son sillage se pâment les spectres muets d'une existence vouée au Vice, en sa lente décadence il laisse fleurir les prémisses d'un songe douloureux... Déjà il a de nouveau atteint la porte, enfile ses gants avant de poser la main sur cette poignée ainsi qu'une divinité le ferait de n'importe quel objet terrestre qui dans sa matérialité souillerait son enveloppe immaculée, se prépare à sortir, non sans jeter derrière lui un regard, charognard délaissant les cadavres déjà trop moisis afin de se chercher quelque pitance ailleurs.

Comme sa prunelle semble peser, soupeser et jauger l'impudent chaton qui eut l'affront de le voler, et voici qu'il se ravise soudain, se dirige vers Aramis, d'une démarche nonchalante et gracieuse vient souffler quelques mots au maraudeur.


"Oh, permettez-moi également de vous rappeler qu'en matière de payement vous n'avez pas respecté notre accord... Vous serez assez aimable d'exiger de ma part une chose qui m'appartient, et non la création d'un autre."

Le sourire, le murmure... tout cela suinte, doucereux, tel un poison, et pourtant...

Et pourtant...
Sa prunelle flamboie, terrible, augure de supplices, aveu de souffrances... pour l'autre plus que pour lui. Cela lui déchire le coeur d'imaginer ses feuillets émiettés telle une mauvaise poésie d'automne, et pourtant...

Et pourtant...
Il domine, imperturbable et fier. Qu'on le fouette, qu'on le supplicie, il restera droit, sans bouger, supportant la torture et les coups...

Parce qu'il doit en être ainsi...
Parce qu'il en a toujours été ainsi.

Ambroise protège Ambrosio.

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MessageSujet: Re: Commande...   Dim 8 Juin - 14:56

"Eh bien, je suppose que je dois remercier l'Azur pour la grande maîtrise dont vous avez fait preuve..."

Les joues blêmes de Méphistophélès prirent une légère teinte rosées sous le coup de la honte. En effet, les dégâts dans la boutique n'étaient pas moindres et les senteurs qui l'étourdissaient légèrement dévoilaient le grand nombre des fioles brisées jonchant le sol... Tout cela à cause d'un divergent entre ses roses et la jeune actrice.

Oui, cette dernière l'avait embrassé...
Oui, cette dernière avait provoqué la Rose Mère en la touchant.
Mais tout de même, il faudrait qu'il songe sérieusement a les calmé quand il sortait.
Il ne pouvait pas se permettre d'autres coups d'éclats... Cela devenait dangereux et même si l'existence de ses Roses étaient dû à un voeu, certaines personnes mal intentionnées auraient pût voir dans ce prodige autre chose de des fleurs douées de vie exceptionnellement intelligentes...

Méphistophélès ferait tout pour protéger ses roses... Pour que personne n'essaye de les tuer par crainte ou simplement par envie.
De toute façon, le voeu qu'il avait prononcé le liait éternellement à ses dulcinées. Si l'une d'elle seulement était cueillie par une autre main que la sienne, la souffrance ressentie serait semblable à celle que causait le venin des épines d'argent de la Rose Mère...

Et si cette dernière venait à être arraché à lui...
C'est tout simplement son coeur qui se briserait.

Il tourna ses pensées vers Aramis et l'échange qui devrait suffit à tout rembourser. L'homme charismatique qui avait réussit en quelques instants à le charmer taquinait légèrement l'actrice. Méphistophélès ne se permit aucune remarque... D'une part car la conversation ne le concernait nullement... D'autre part car il ne connaissait pas assez Phoebe pour la défendre. Oui, ainsi aurait-il pût excuser le comportement de ses roses, mais étant donné sa timidité naturelle, il ne pourrait que balbutier vainement pour essayer de protéger l'étoile des remarques du noble...

Phoebe serait certainement plus honteuse que reconnaissante de cette maigre défense.

Néanmoins, cet homme si fier au regard aussi méprisant que blessé, ne baissa pas dans son estime, loin de là... Ses piques et son sourire pour le moins sarcastique ainsi que sa politesse révérencieuse attirait son regard comme nul autre auparavant. Même ces quelques "défauts" le charmaient. Il devait être certainement en manque... A moins que ça ne soit cette aura un peu noire qui ne l'attire comme ces jeunes pucelles sont attirées par les voyous.

La honte se fit plus présente dans son coeur, bien que cette dernière cette fois-ci ne soit pas liée aux dégâts dans la boutique et à l'échange enflammée entre les cheveux de l'étoile et ses roses.

"Vos paroles sont sages, monsieur de Mearas, même s'il sera malaisé
d'évaluer les dégâts et de définir un juste milieu. Au fait, je me dois
de vous présenter toutes nos excuses: si votre parfum est terminé, la
cristallerie n'a pas encore achevé son flacon."


La réponse d'Aramis le ramena à un sujet beaucoup plus sérieux:
Le parfum de sa mère.
Le jeune homme de tout à l'heure c'était contenté de prendre vaguement note de ce qu'il désirait mais il n'avait pût jusqu'alors préciser ce qu'il désirait vraiment pour ma mère. Les derniers évènements n'avaient de plus pas arrangé les choses mais pour une fois qu'il pouvait rencontrer le parfumeur, peut-être était-ce là l'occasion de régler enfin cette affaire de premier ordre pour lui.

Enfin... Étant donné l'intérêt plus qu'évident que le jeune Aramis portait au Mearas, cela serait certainement malaisé de lui parler de ceci maintenant. En rajoutant aussi à cela le fait qu'il avait des assistants pour prendre les commandes... Non, certainement le parfumeur ne venait pas lui-même rencontrer les clients, il avait d'autres choses à faire...

Alors qu'il s'était avancé d'un pas dans l'intention de lui parler, Méphistophélès se figea, ne sachant que faire.

Le geste dût attirer le regard du parfumeur puisque ce dernier se tourna enfin vers lui, le détaillant. Trop habitué à son odeur, comme n'importe quel être humain, il ne sût pas que c'était à cause du parfum délicat et pourtant présent de ses roses que ce dernier portait un tel regard sur lui. Croyant que le jeune homme, un étrange sourire aux lèvres, songeait lui aussi au fait que Méphistophélès ressemblait étrangement à une femme, le jeune Albërick baissa la tête, les yeux rivés au sol, dans une attitude bien différente de celle qu'un aristocrate se devait d'avoir dans un tel lieu.

Jamais son apparence ne lui avait causé de complexes et il se sentait parfaitement bien ainsi mais quand il était dans un état de faiblesse tel qu'il ne savait organiser ses pensées et se faisait surprendre par une Étoile ou l'entrée d'un homme charismatique, il ne pouvait ressentir une légère envie de s'enfuir en courant pour s'enfermer dans sa chambre et échapper ainsi à tout les regards que les hommes pouvaient poser sur lui, qu'ils soient bons ou mauvais.

Mais Aramis se contenta de s'incliner et de lui répondre d'une voix douce, toujours ce sourire aux lèvres qu'il ne savait déchiffrer.

"Monsieur, il n'est point question d'estime, tout comme les raisons de cette rixe m'apparaissent négligeables. Je laisse à votre appréciation le partage
du remboursement, et me contenterai de recevoir votre dédommagement
avec toute la discrétion nécessaire."


Soulagé, Méphistophélès releva la tête pour répondre par un léger sourire, presque reconnaissant. Les choses allaient enfin se régler et il pourrait alors quitter cette parfumerie tellement éprouvante pour son nez et son coeur, oubliant l'attaque de ses roses comme toutes celles qui avaient précédés, oubliant qu'il n'avait fait l'amour depuis déjà trop longtemps... Oubliant toutes ses erreurs et ne vivant que pour ses roses, pour toujours... éternellement.
Même si l'éternité n'était pas sans limites, mais ça, il ne voulait pas y songer.

"Heureusement nous conservons les formules de tous nos parfums, donc rien de tout ceci n'est irremplaçable. Mais le coût en matières premières gâchées doit malheureusement être assez important."


Le parfumeur se rapprocha mais Méphistophélès, trop prit dans ses pensées, ne le remarqua pas vraiment.
La Rose Mère, elle, le remarqua tout à fait.

Sa colère sourde envers les roses sommeillant dans les pans de l'immense veste en cuir de Méphistophélès passée, elle commença doucement mais sûrement à observer avec attention l'étrange manège de ces trois acteurs présent dans la parfumerie.
Le noble semblait en vouloir au parfumeur et les raisons de cette hargne silencieuse lui échappait encore. Tant mieux, elle s'en foutait totalement.
Elle sentait par contre avec amusement cette espèce de frustration latente entre eux qui rendait leurs échanges si intéressants. C'était entre l'ignorance pure et le charme silencieux que l'on n'ose s'avouer même en pensée. Ils étaient vraiment compliqués ces deux là, vraiment...
L'étoile, celle qui avait osé posé un doigt sur elle, semblait par contre tout à fait furieuse sans vraiment le montrer. Certainement, le fait d'être délaissée ne pouvait lui convenir à elle, celle qui sur scène faisait en sorte d'attirer le moindre regard sur sa personne.
Le véritable nombril du monde était parmi eux... Fantastique...

Mais quand le parfumeur s'avança vers Amant, toutes ses critiques mi-amusées, mi-aigres, disparurent pour laisser la place à l'inquiétude et à la fureur.
Il lui plaisait, Méphistophélès lui plaisait. Elle aurait reconnu sans peine la lueur de lubricité pure qui brillait dans son regard, celle que le jeune Albërick ne remarquait jamais... Son cher et tendre époux était parfois tellement naïf... Heureusement que ses enfants étaient là pour l'aider à entrapercevoir enfin le vrai visage de celles et ceux qui ne souhaitaient que son corps et non son âme. Ce qui était d'ailleurs tant mieux puisque son âme leur appartenait à toutes...
Enfin, à toutes mais en priorité à elle, bien entendu.

"Si j'osais, je vous demanderais bien..."


Penchée en avant, le parfumeur éleva la main et doucement, imperceptiblement, la Rose se plaça de manière à ce que l'une de ses épines pointent entre ses feuilles d'un vert sombre. Qu'il approche, ce tendre agneau, qu'elle le pique et nous verrons bien si Méphistophélès aura le courage de se couper pour se faire saigner, seul remède à 24h de souffrance avant la mort.

La main glissa sur la joue, le jeune homme aux cheveux de neige eut un léger frisson et ferma légèrement les yeux, se demandant ce qu'il prenait au parfumeur pour avoir un tel comportement, une telle proximité envers lui. Certainement son innocence devait être facile à deviner puisque jamais avec les autres nobles il ne se serait permit un tel comportement.
Puis, toujours douce, cette dernière glissa de sa peau pâle rougissante tandis qu'il lui parlait, exigeant enfin ce qui aurait la valeur nécessaire pour que le remboursement soit équitable.

"... cette rose me semblerait un bon début. Son parfum est proprement
merveilleux. Puis-je vous demander d'où vous la tenez, monsieur?"


Il ne comprit pas tout de suite. Il ne voyait que les yeux noisettes rivés dans son regard. Il n'entendait que son coeur battre rapidement. Et soudain, quelque chose attira son attention, fit teinter la sonnette d'alarme dans sa tête, lui fit écarquiller les yeux.

Et il entendit la phrase résonner en lui alors que la Rose Mère, déchaînée, se redressait au-dessus de sa tête, prête à mettre en pièce le jeune impudent qui osait la réclamer comme un vulgaire objet de remboursement. Plus encore que la jalousie, l'orgueil faisait bruissait ses pétales en un mouvement rapide, cinglant l'air comme un serpent prêt à mordre, les épines en avant.

La Rose Mère.
Il désirait la Rose Mère en échange.

Rapidement, sa main attrapa son Épouse qui suffoquait presque sous l'insulte et n'avait pût, pendant une seconde, trouver la force d'attaquer le parfumeur. Cette seule seconde avait suffit pour que son Père l'empêche de commettre un crime qui cette fois-ci il n'aurait pût empêcher.
Et dans son coeur, il songeait avec effroi que si sa Dame avait réussit à piquer Aramis, il n'aurait pût que le regarder choir au sol sans faire un seul geste pour le sauver...

Une punition.
Un châtiment.

Oh seigneur était-il si mauvais ou bien ce maudit voeu le contraignait à tuer tout ceux essayant de le séparer de ses Amantes ?

A l'intérieure de sa veste, comme un essaim d'abeilles bourdonnant, les Roses se relevèrent, curieuse de savoir ce qui venait de déclencher un tel accès de rage comme elle n'en avait peu connu chez la Rose Mère.

L'ennemi.
L'ennemi attendait la réponse de Méphistophélès tandis que ce dernier pressait la Rose Mère contre son coeur, reculant de quelques pas, blême.

Que répondre ?
Non ? Il allait insulter le parfumeur.
Oui ? Il allait se tuer.

Il ne savait quoi faire et ses roses déjà bruissaient sous le lourd tissus qui les dissimulaient au regard des deux hommes.
Il ne savait pas quoi répondre et dans son esprit, noyé par l'horreur et la tristesse, le coeur serré, il n'arrivait à trouver de solution.

C'est alors qu'elle s'avança, elle qu'il avait osé attaqué. L'étoile... L'étoile que la Rose Mère avait voulu rendre éphémère en la tuant d'une simple épine.

Une Étoile filante... Qu'il fasse donc un voeu.

« Messieurs les gays, si vous me passez l'expression, vous vous séduirez, vous jalouserez et compagnie en mon absence si vous le voulez... »


L'éloquence enflammée de Phoebe attira un instant l'attention des deux hommes, ce dont profita Méphistophélès pour déposer un baiser sur les pétales de la Rose qui s'agitait dans ses mains néanmoins sans oser le blesser, la rassurant ainsi sur le fait qu'il ne permettrait pas un tel acte en guise de remboursement. Puis il ouvrit les pans de sa veste, rapidement, dévoilant un instant aux regards furtifs posés sur sa silhouette un enchevêtrement de tissus et de tiges de roses qui se serraient autour de sa silhouette tandis que ces dernières, surprises par la lumière de la boutique, se rétractaient, et la posa, à l'intérieure de sa chemise, tout contre son coeur pour l'apaiser.

« Je propose comme part du remboursement de ma part un abonnement gratuit pour toutes les pièces jouées à l'Opéra pour tous les employés de la Parfumerie. Étant donné que les places y sont onéreuses – il arrive qu'on se retrouve échanger un carrosse avec deux chevaux pour avoir une loge – je pense que ça suffira, d'autant plus que ce ne serait pas seulement pour les pièces où je joue, mais les autres, dont les opéras et les ballets, comme les simples concerts de musique de chambre ou d'orchestre. »

Silencieux, Méphistophélès recula d'un pas, appréciant la verve de la jeune femme qui essayait de l'aider tout en dissimulant son propre secret. D'un léger sourire, le noble la remercia en silence et se promit intérieurement de ne pas la trahir involontairement.

« Et j'aimerais bien récupérer le but de ma venue : un parfum... et non pas une place pour assister aux jeux de l'amour entre hommes, certes très séduisants et charismatiques, mais ça ne présente aucun
intérêt pour moi. Faites vos jeux, amusez-vous, à trois ça peut être
drôle aussi même si je doute que des nobles soient partageurs, mais
laissez-moi prendre mon parfum et me tirer d'ici, ok ? J'ai autre chose
à faire qu'à glander ici avec vous! »


Malheureusement, la fureur qu'elle ressentait devait être un peu trop puissante puisque ses cheveux eut un discret mouvement qu'il remarqua à peine. Peut-être, avec un peu de chance, les deux autres hommes ne l'avaient pas remarqué. Après tout, s'il n'avait été témoin de son pouvoir, certainement ne l'aurait-il pas non plus remarquer.

Elle se tourna vers le noble pour répondre enfin à ses petites piques et Méphistophélès en profita, s'avançant vers le parfumeur pour s'incliner doucement, les pensées beaucoup plus claires.

- Vous m'excuserez, monsieur, mais je ne peux accepter ce remboursement. La Rose que voici est un bien personnelle auquel je tiens énormément et je ne peux concevoir l'idée de vous la donner en guise de simple remboursement. Je comprends cependant que sa valeur soit certainement à vos yeux égale à celle des dommages occasionnés dans votre boutique mais étant donné mes sentiments pour elle, je ne trouve pas cet échange équitable. Je vous demanderais donc de changer votre demande... Sachez, qu'à part cette Rose et ses semblables, je suis prêt à vous offrir ce que vous demanderez...

Une esquisse de sourire timide tandis qu'il s'écarte pour laisser la place au Mearas, faisant fi de la nouvelle conversation qui débute tout prêt de lui et même du comportement étrange du noble charismatique qui a pourtant au départ attiré son attention.
Il s'en fout maintenant car il sent avec désespoir que sa Rose Mère se sent trahie.

Oui, il était prêt à tout offrir et la Rose Mère eut un frémissement pitoyable, comme un sanglot de douleur, tout en écoutant son coeur battre.
Car tout offrir concernait aussi ce corps pâle qui attirait bien des regards moqueurs...
Elle aurait dût le tuer, ce sale bâtard, tant qu'il était encore temps...

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Aramis
.:: Rêveur de senteurs ::.

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MessageSujet: Re: Commande...   Lun 30 Juin - 16:56

Autant le premier geste du parfumeur avait été vif - instinctif mouvement de recul pour protéger sa vie - autant Aramis était à présent pétrifié, dos contre le comptoir qui empêchait ses jambes vacillantes de le lâcher, bouche entrouverte, regard vissé au terrifiant prodige de cette rose qui ondulait et se hérissait dans les doigts de l'Albërick, somptueux et mortel serpent de pétales et d'épines, sanguinaire, furieux. Une créature dont la rage était toute entière dirigée contre lui, à un point tel qu'il la sentait sur sa peau comme autant de morsures des griffes végétales.

S'il avait su... si seulement il avait su... il n'aurait pas...

Foutaises: il aurait agi exactement de la même manière.

Parce que cette rose, voyez-vous, cette Rose... C'était une véritable fleur. Une fleur d'avant le Nuage.

Aramis n'avait jamais senti que de pauvres plantes survivant sous une lumière artificielle. Il parlait de Soleil sans seulement savoir ce que c'était - simplement un mot, un concept, qu'il appliquait à ce qui l'avait fait pleurer dans cette ruelle crasseuse où deux Etoiles joueuses avaient illuminé sa vie de quelques étincelles. Il ne savait rien du passé, du temps où le ciel était bleu; par moment, il doutait même de la réalité de cette allégation - comme ce devait être étrange, un ciel bleu... Mais ce que son esprit rechignait parfois à admettre, son coeur, son âme, son essence même d'être humain l'avaient toujours su. Et en cet instant, c'étaient eux qui le poussait à une conclusion insensée, une évidence absurde.

Cette Rose avait été nourrie de Soleil.

Et du coup sa conscience s'autorisait une autre certitude: il la voulait. Elle était vivante, elle n'était pas d'accord, mais il la lui fallait.

Hébété comme cela le lui arrivait rarement, Aramis tourna automatiquement la tête vers la cantatrice courroucée, trop déboussolé pour décider si son méprisant "messieurs les gays" devait le vexer ou l'amuser. S'il avait été dans son état normal, il lui aurait répliqué qu'elle était mal placée pour faire ce genre de remarque, elle dont l'odeur proclamait qu'elle était à voile et à vapeur. Mais pour que le cerveau du jeune homme se décide enfin à fonctionner de nouveau, il dut attendre les lents applaudissements d'Ambroise; tout ce que ce dernier faisait semblait doper sa réflexion (et sa libido) de manière stupéfiante. Sauf quand le Mearas le regardait dans les yeux.

Le parfumeur s'ébroua et se redressa tout en remettant son col en place. Il jeta un coup d'oeil impossible à définir vers l'Albërick, qui enveloppait dans sa chemise les épines frémissantes de sa fleur ivre de rage. Le bel éphèbe retint un autre frisson: heureusement qu'il avait à peine effleuré la joue noble d'un revers de doigt ganté, et qu'il n'avait pas poussé l'affront jusqu'à un véritable contact. Quelque chose lui disait que la Rose n'aurait pas réagi avec beaucoup plus de tact. Elle avait véritablement l'air de... le protéger. Excessivement, vu les regards de jouvencelle frustrée que le jeune noble coulait vers Ambroise. Ce garçon était-il une Etoile? Pour le peu qu'Aramis en savait, les nobles n'étaient pas censés enfanter ces étranges monstres. Mais une Etoile était intervenue à un moment ou à un autre, son nez était catégorique.

Tellement catégorique qu'il en était subjugué, et qu'il manqua l'autre bouffée de Soleil, celle qui traversa la boutique en courant d'air lorsque les cheveux de Phoebé frémirent un tout petit trop pour une crinière ordinaire. Aramis perçut à peine le parfum interdit, comme on entrevoit quelque chose du coin de l'oeil, et lorsqu'il se tourna vers la travestie, il n'y avait plus rien à voir ni à sentir. Percutant avec un temps de retard qu'elle lui avait fait une proposition de remboursement, le jeune éphèbe s'efforça de retrouver un peu de sa superbe, au moins le temps de lui répondre:


"Votre... aheum... votre proposition me paraît tout à fait à propos, bien qu'un peu excessive pour rembourser la moitié des dégâts occasionnés. A moins que vous n'ayez l'intention de concrétiser cette envie visible que vous avez de démolir ce qu'il reste de notre établissement de tafioles."

Sourire goguenard. Voilà, là il se sentait mieux. La décharge d'adrénaline refluait, son excès de convoitise se calmait.

"A ce sujet, d'ailleurs, les moeurs du parfumeur qui s'est chargé de votre commande vous donneront sans doute plus satisfaction que les miennes. Il se nomme Trévor Angoost, et il vous exposera lui-même son prix."

En réalité, le parfum était payé d'avance par celui qui l'avait commandé, mais Aramis trouvait cette possible mésentente tout à fait plaisante.

"Quant à votre remboursement, puis-je vous suggérer un lot d'une ou deux centaines d'abonnements à durée plus réduite, allant d'un mois à un an? Ils seront plus aisés à échanger avec nos fournisseurs lorsque nous referons notre stock de matières premières."

L'Albërick choisit ce moment pour s'avancer. Aramis se tourna vers lui, la méfiance mêlée à la gourmandise dans ses prunelles noisettes, mais apparemment le jeune androgyne avait réussi à maîtriser son incroyable compagne. Légèrement moins tendu, le parfumeur reçut les excuses et propositions de son vis-à-vis avec tout le sérieux qui s'imposait. Il parvint même à retenir le sourire de prédateur qui lui vint aux lèvres lorsque le bel enfant se dit prêt à payer "tout ce qu'il demanderait"... Tout, vraiment? Non pas que ce soit rare à Tsel de payer en nature, mais venant de l'héritier d'une grande maison de nobles, c'était aussi exceptionnel qu'inconvenant. Aramis s'apprêtait à glisser une remarque en ce sens lorsqu'il surprit un mouvement de celui qu'il n'avait que trop ignoré.

Ambroise s'en allait.

Le parfumeur n'était pas du genre à pâlir ou à rougir pour un rien, et c'était heureux, car en cet instant nul doute qu'il serait devenu d'un cramoisi rageur des plus seyants. Ce fumier, ce fils de pute de Mearas se permettait de s'en aller, comme ça, sans autre commentaire. Ah, il croyait que Aramis n'avait aucune prise sur lui? Et ses écrits, alors, ses précieux écrits qui sur ce coup-là allaient lui revenir en confettis, avec accusé de réception s'il vous plaît. Connard.

Ambroise se retourna. Son fils le défia ouvertement du regard, avant de se détourner avec dédain pour revenir à l'Albërick. Mais la colère avait gâché son jeu, et il n'était plus d'humeur à faire durer la tension érotique factice qu'il s'était plu à installer entre lui et Méphistophélès. Lorsqu'il parla, ce fut donc d'un ton anormalement sérieux, qui s'efforçait d'ignorer complètement le Mearas. Que le dragon déguerpisse s'il y tenait. Mais il ne fallait pas qu'il s'attende à trouver son oeuf intact à son retour.


"Je comprends vos arguments, monsieur. Mais cette fleur..."

Regard presque vorace à ce qui ondulait sur le coeur du jeune homme.

"Cette fleur est unique, et sa senteur est un miracle. Je n'ai jamais senti un tel prodige, et je ne crois pas que cela me sera donné à nouveau. Une seule fiole d'huile essentielle tirée de cette rose vaut certainement tout le contenu de cette parfumerie."

Aramis s'humecta pensivement les lèvres, avant de continuer un ton en-dessous:

"J'aimerais... il est possible que je dispose d'un moyen... un moyen qu'on n'utilise normalement que sur les fleurs exotiques très rares et fragiles, qui me permettrait de capter son parfum sans lui faire le moindre mal, et en quantités si infimes qu'elle le reconstituerait sans peine. Si j'adaptais cette procédure à votre rose, pourriez-vous envisager de..."

Sa voix mourrut dans sa gorge: le dragon revenait. Quoi, qu'est-ce que tu veux encore, vampire? On se ravise? Moue offensive du chaton blessé dans son orgueil, murmure du Mearas. Et rictus du parfumeur, rictus aliéné d'un pervers que l'on menace et qui y trouve autant de peur que de plaisir. Cet éclat dans les yeux d'Ambroise, cette note dans sa voix - ta salive qui mord... L'envie que le doyen avait de lui faire mal était tellement perceptible qu'Aramis en tremblait à nouveau et que ses reins le brûlaient, tout son corps souffrant et jouissant de ce mélange malsain de terreur et d'extase.

Ta salive qui mord.

Attend voir que je te morde, moi.


"Pardonnez-moi monsieur le doyen, mais si quelqu'un a rompu notre contrat, c'est bien vous; c'est avec vous que j'ai conclu un accord, et pas avec celui qui s'est présenté pour me payer. Ce que je demandais, offert par lui, n'avait plus le même prix. Il m'a donc semblé légitime de prendre une chose venant de lui qui me semblait de valeur équivalente à celle que j'exigeais de vous."

Suave, tellement suave. Le sourire s'accentua, et la rage balaya Phoebé, Méphistophélès, la Rose, le Soleil, tout sauf ces yeux d'or et d'argent, tout sauf ce visage qu'il aurait voulu frapper et embrasser, tout sauf cette chemise qu'il rêvait d'arracher pour larder ce torse de baisers et de coups de dague. Tu feras attention à moi, salopard, je te jure que tu feras attention à moi.

Et en ce jour qui décidément était un mauvais jour, le chaton perdit les pédales. Il avança la tête et murmura à l'oreille du Mearas de façon à ce que lui seul l'entende, comme on poignarde quelqu'un dans le dos au milieu d'une foule:


"En tout cas sois rassuré mon mignon, je n'ai pas fait de discrimination: ce que j'ai pris, je me le suis mis au même endroit que ce que tu m'aurais donné."

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Ambroise
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MessageSujet: Re: Commande...   Mer 23 Juil - 4:18

Il sourit, suave et aliéné...
Il sourit et condamne ses rêves de papier.

Tissent des voiles d'enfants, s'ébrouent les sourires comme des chevelures de diamants.
Ambrosio effleure sa joue, pardonne tout.

Petit con!
Espèce d'abruti fini, putain de damné de petit con! Il t'insulte là, il...
Il manquerait s'étrangler de rage le fier dragon, mais parce qu'il est trop fier justement, parce qu'il se veut intouchable, il fixe l'effronté, sans ciller, incline la tête, répond audiblement pour que tous puissent l'entendre, pour que ce crétin sans importance, ce banal couillon se retrouve acculé.
Vas-y, fais leur lire, déchire, arrache.
C'est tout ce qu'il te reste.
Alors que moi, il ne me reste...
Plus...

Que toi soupire Ambrosio

Rien.



Rien...

Parce que je n'ai plus personne pour me retenir de frapper, parce que je n'en ai même plus l'envie, tout simplement car toi non plus tu n'es rien.
Ton nez, tes créations, tes flacons...

Il jauge du regard cette boutique prisée comme il le ferait d'un taudis, nargue les flacons, et ce sourire de damné revient flotter tel un drapeau sur ces lèvres que ne vient pas même teinter le courroux de ce coeur humilié.
La voix coule et s'enroule tel un miel...


"Je crois que tout est là...
Dans ces amas de mensonges évaporés."


et là...
C'est à lui de perdre les pédales


"Parce que comme tu l'as si bien dit, ton talent vaut bien le mien, parce que, pour pas être vulgaire, tu t'es quand même un peu fracassé."

Regard entremêlé de mépris et de haine à l'adresse de Phoebé

"Parce que comme l'a si bien dit cette pouffiasse en mal d'attention et de compliments, on est une belle bande de pd. Sauf que moi les tessons de verre et les épines c'est pas mon délire: alors je t'en prie...
Déchire."

Sa mâchoire se crispe et se serre...
Mais au fond il exulte.
Jamais il ne rentrera dans son jeu.
Parce que tu entends petit chaton: c'est moi qui dirige ici.

Toi t'es un minable, un petit con comme y en a des milliers. T'as rien d'original, si ce n'est que t'as l'air plutôt doué pour te faire baiser. Quoiqu'au fond je me demande si c'est pas moi qui le suis dans cette histoire...
Baisé.
Enculé.
Humilié.

Tel un aigle tombant au sol, ce symbole d'une presque monarchie, cet emblème d'arrogance et de fierté venait de se condamner.
Tout seul...
Comme un grand.
Comme un grand couillons oui voulez-vous dire!

Déjà la lèvre s'ourle d'un sourire malsain


"Oh, mais j'y songe...
Ce que je t'aurais donné..."

Il s'approche, dangereusement... fascinant, ses prunelles plantées dans celles de son vis-à-vis, sans ciller, comme un loup prendrait un homme à la gorge.
Il s'approche et déjà Ambrosio gémit, déjà les lointaines mélopées préludent leur sauvage enchantement...
Il se penche...
vers...
ses lèvres.

Et en un souffle, un regard qui se ferme, vient déposer en souvenir, en aveux...
Un baiser.

Qui est-il, cet être qui à présent se retourne et s'apprête à s'éloigner...?
Et surtout...
Qui L'a embrassé?
Qui l'a embrasé...?

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MessageSujet: Re: Commande...   Sam 16 Aoû - 8:47

À nouveau Phoebé sentit la colère grandir en son sein, quand le Mearas lui répondit. Ou plutôt commença par l'applaudir de manière goguenarde en lui servant une phrase sur un plateau d'argent, une tirade qui était une insulte cuisante à chaque syllabe.

"Je vous félicite pour cette représentation, déplacée autant que vulgaire. J'ose espérer que vous n'écrivez pas votre texte, ce serait pour le moins... regrettable."

Phoebé n'eut pas la réaction de répondre, de lui clouer le bec à cet enfoiré qui lui avait cassé son bel effet. Enfin, le principal était que Méphistophélès ait pu calmer ses roses enragées. Apparemment ce jour avait décidé d'être chiant du début à la fin, autant voir jusqu'où les ennuis allaient parvenir. Serrant les poings à s'enfoncer les ongles profondément dans les paumes et à se blanchir les jointures, l'actrice resta silencieuse, observant avec un intérêt qu'elle ne montrait pas la discussion entres les trois hommes, attendant qu'on fasse preuve de galanterie et qu'on lui prête attention.

Elle remarqua alors que le parfumeur semblait sorti d'une torpeur curieuse – il rêvait éveillé? Non, ce ne devait pas être ça. Et puisqu'il n'avait pas été piqué par les Roses, il n'y avait pas de telle réaction à avoir, non ? Toujours est-il que le jeune homme s'ébroua et se dirigea vers elle, répondant à sa proposition de remboursement. Sauf qu'apparemment ils s'étaient donné le mot pour lui taper sur les nerfs et qu'il lui lança une phrase narquoise fort peu au goût de l'actrice.

Ne laissant pas le temps à Phoebé de répondre, Aramis annonça qu'il n'avait pas fait le parfum, mais que c'était un dénommé Trévor qui s'était occupé de son parfum. Et apparemment son époux n'avait pas payé. Est-ce qu'on appelle ça de la galanterie ? Un instant de réflexion et un regard sur le visage goguenard du parfumeur firent comprendre à Phoebé qu'il essayait sans doute de la faire marcher.

Ooooh, elle en avait marre, elle en avait marre...

Phoe écouta la proposition de remboursement en poussant un profond soupir et en hochant la tête. Certes, certes, aucun problème... Elle se ferait engueuler bien évidemment, mais qu'y pouvait-elle si elle était folle ?

De son côté, s'étant ressaisi, Méphistophélès répondit à Aramis qu'il ne pouvait lui offrir la Rose, ce qui amena un sourire sur les lèvres de l'actrice,. Sourire qui grandit légèrement quand elle vit que le Mearas qui l'énervait tant s'en allait. Apparemment, cela posait problème au parfumeur, qui essaya d'ignorer le noble et de s'intéresser à l'androgyne.

Et il insistait hein. Il voulait vraiment, vraiment, vraiment le parfum de cette rose. L'actrice leva les yeux au plafond, lui souhaitant mentalement bonne chance avec un soupir exaspéré, son sourire toujours sur les lèvres...

Sourire qui disparut quand le Mearas revint vers Aramis. La jeune femme croisa les bras, contemplant les messes basses des deux hommes d'un regard énervé et goguenard à la fois. Elle resta stoïque quand elle s'entendit traiter de pouffiasse : elle le méritait, elle en était consciente, elle les avait elle-même traité de gays elle-même. Toujours bras croisés, elle faillit cependant avale sa langue quand le Mearas embrassa le parfumeur. Bon, d'accord.. Si c'était comme ça... Elle en avait marre.

Le parfum attendrait, elle veillerait à ce que les billets soient expédiés. C'en était trop.
Et avant que le baiser des deux hommes ne cessent, elle avait déjà atteint la porte, ouverte, et était sortie avec fracas. Quand le Mearas fit mine de sortir, elle avait déjà tourné au coin de la rue.
Ah, elle s'en souviendrait de cette parfumerie, elle s'en souviendrait!


[Désolée du retard et du post et de toujours m'excuser u.u]
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MessageSujet: Re: Commande...   Sam 16 Aoû - 15:51

Sa Rose sa si jolie Rose...

Plus qu'une fleur: son âme. L'essence même de son existence. Le parfum suave de ses sourires. La beauté de ses traits sous la forme de pétales de roses bleu nuit qui frémissaient dans ses mains... Sa colère, sa haine et sa perfidie dans chacune de ces épines d'argent dont le venin coulait lentement sur ses doigts meurtries sans qu'il ne ressente aucune douleur.

Méphistophélès souriait, avec une tendresse digne d'un père ou bien d'un amant, la fixant avec douceur, sans prononcer un mot, laissant la Rose comprendre qu'il ferait tout pour la protéger... Et non pas pour se protéger lui-même. La livrer était hors de question et tandis qu'il la dissimulait contre son coeur, sous sa chemise où sa chaleur l'apaiserait, il ignora Phoebe, Ambroise et le reste du monde pour chuchoter des mots d'amour à ses filles inquiètes qui émergeaient de leur torpeur et le suppliaient de les libérer pour qu'elles assistent, accrochées à la voûte de la parfumerie, à ses échanges vulgaires, pitoyables mais aussi érotiques...

Non...

Laissons le parfumeur pétrifié dans son émerveillement, laissons le fasciné par votre beauté enchanteresse mes douces amies et protégez votre mère comme je le fais moi-même... Cela suffira.

Oui il la voulait, cet humain médiocre qui posait sur le corps de Méphistophélès un regard avide, impatient de toucher, de caresser, de violer cette Rose et son somptueux parfum sans comprendre que plus qu'une simple odeur, c'était la Vie, leur Vie, le Lien qui, éternel, les liait à tout jamais, Méphistophélès à sa Rose et à leurs enfants...

Quitte à mourir ou à tuer pour protéger ce lien étrange qui les unissait à la vie, à la mort...

Ambroise applaudissait et Méphistophélès, soudain plus sérieux, oubliant les émotions diverses que le Mearas avait engendré chez lui dès son arrivée, posa un regard calme sur lui, troublé tout de même par le charisme de cet inconnu, même si tout ce cirque ne l'intéressait pas. Il concernait le parfumeur qui essayait en vain de repousser son hébétude pour s'approcher de Phoebé et la taquinait sur le parfum et son prix. Que lui disait-il donc ? Méphistophélès écoutait à peine, concentré sur les mouvements de ses roses sous sa cape qui s'évertuait à calmer la Rose Mère tout en effleurant la peau douce de leur père de leurs épines.

C'est alors qu'il se tourna à nouveau vers lui, laissant Phoebe ivre de rage, les poings serrés et certainement agacée par tout ce petit jeu, ce dernier faisant partie d'un ensemble d'évènements fort incommodants qui lui avait certainement pourri sa journée jusqu'au bout. Méphistophélès se sentit désolé pour elle et ignora volontairement Ambroise qui s'avançait. Son imbécillité à jouer les pucelles en manque lui avait sauté au yeux lorsque son regard l'avait détaillé un peu longuement tandis qu'il l'applaudissait et si il y avait une chose que Méphistophélès détestait, à part le fait de voir ses Roses tuer quelqu'un sous ses yeux, était bien de se couvrir de ridicule en public.

Il n'était pas le seul à avoir reprit contenance car Aramis s'adressa alors à lui d'un ton qui lui plût, tout aussi sérieux que lui, les yeux rivés dans les siens.


"Je comprends vos arguments, monsieur. Mais cette fleur..."


Ne la touche pas.
Ce n'est même plus un conseil mais une menace.


"Cette fleur est unique, et sa senteur est un miracle. Je n'ai jamais senti un tel prodige, et je ne crois pas que cela me sera donné à nouveau. Une seule fiole d'huile essentielle tirée de cette rose vaut certainement tout le contenu de cette parfumerie."


La petite bouffée d'orgueil qu'il ressentit disparue bien vite, son visage restant de marbre quant à cette flatterie qui, dans son esprit, était certainement présente pour lui voler sa Rose Mère, sa délicieuse épouse qui en ce moment même, à la fois terrifiée et haineuse, ne désirait que se venger en tuant cet imbécile immature et sexuellement frustré qui aurait mieux fait de s'occuper des fesses du Doyen des Mearas au lieu de songer un instant à la posséder. Bercée par les autres Roses, elle leur demanda en silence de l'aide, sachant très bien que cette histoire ne serait pas réglée maintenant avec un tel public de crainte de voir Méphistophélès dans un état de fureur aussi exceptionnelle que rare, les grondant tour à tour pour leur "bêtise" comme on gronderait des enfants de 5 ans ayant cassé un vase...


"J'aimerais... il est possible que je dispose d'un moyen... un moyen qu'on n'utilise normalement que sur les fleurs exotiques très rares et fragiles, qui me permettrait de capter son parfum sans lui faire le moindre mal, et en quantités si infimes qu'elle le reconstituerait sans peine. Si j'adaptais cette procédure à votre rose, pourriez-vous envisager de..."


Le parfumeur s'interrompit à nouveau tandis que l'autre noble revenait vers eux, engageant alors une conversation à laquelle Méphistophélès se désintéressa aussitôt, songeant à sa réponse... C'était non bien entendu mais comment faire pour calmer l'avidité de ce péquenaud en évitant tout incident pouvant arriver aux oreilles de Albërick père ce qui serait bien entendu fort fâcheux.

Il faillit rater le départ de Phoebe et eut simplement le temps de lui sourire pour la remercier avant qu'elle ne passe la porte, s'éloignant aussitôt sans que personne ne puisse la retenir. Seul avec les deux autres hommes, le jeune héritier ressentit un instant le désir de faire de même mais finalement s'éloigna simplement pour leur permettre de discuter, laissant son regard parcourir à nouveau les fioles encore présentes et intactes sans vraiment y faire attention.

Il comprenait aisément le départ de Phoebe. Il n'aurait jamais dût mettre les pieds dans cette parfumerie. Après tout, un collier aurait été amplement suffisant pour Adélaïde Albërick étant donné sa coquetterie. Et puis, qui lui disait que le cadeau lui plairait ? Pas qu'il ait mauvais goût mais sincèrement, elle se ficherait très certainement du moindre présent offert par Méphistophélès... Elle partageait après tout l'avis de son père qui le traitait en imbécile. Soit, Méphistophélès s'en foutait totalement à vrai dire... Ils pouvaient penser ce qu'ils voulaient de lui, il savait que malgré tout ses efforts il n'atteindrait jamais le niveau de ses frères aînés. Alors autant vivre, tout simplement, en compagnie de ses chères Roses qui, fidèles et aimantes ne le trahiraient pas comme le premier amant venu...

Amant...

Dieu que ce mot résonnait étrangement à ses oreilles.

Mais voilà déjà qu'Ambroise sortait à son tour, sans qu'il n'ait prit garde à leur conversation mais surtout à leur baiser, et il le salua, poli mais distant, ravi que ce dernier ne croise pas son regard, avant de se tourner vers Aramis.

C'est alors que sa décision fut prise, dans cette petite boutique dévastée, avec pour seul regard celui du jeune homme posé sur lui. Lentement, défaisant les quelques boutons qu'il avait acroché pour ne pas qu'un mouvement malheureux ne dévoile ses compagnes, il écarta les pans de sa veste.

Majestueuses et libres, les Roses, dans un bruissement semblable au rire de l'enfant ravi d'avoir obtenu l'autorisation tant quémandée pour jouer dehors, envahirent le petit espace, bloquant la porte de leur feuillage, leurs lianes s'entremêlant des murs jusqu'au plafond, emplissant la petite pièce de leur suave et entêtant parfum, prêtes à regagner leur cachette sous la veste de leur Père au moindre mouvement provenant de l'arrière-boutique, se tournant vers le parfumeur qu'elle détaille en silence, moqueuse, chuchotant entre elles quelques commentaires qui les font frémir, légers rires coquets de demoiselles bien éduquées.

Sérieux, le visage presque fermé, Méphistophélès laissa la Rose Mère rejoindre son siège, sur sa chevelure argentée au-dessus de son oreille, cette dernière fixant Aramis dans une attitude méprisante qui ne pouvait pas lui échapper. C'est alors que sa voix s'éleva dans la petite boutique, tout aussi douce et charmante, un sourire ourlant ses lèvres rouge sang presque moqueur mais surtout aimant, le regard cillant sur ses nombreuses filles qui se tournèrent enfin vers le parfumeur, épines en avant, gloussant entre elles pour savoir qui serait la première à le déchiqueter si Méphistophélès détournait les yeux en un ordre implicite.


- Je vous laisse faire monsieur, selon votre technique. Servez vous donc puisqu'à vos yeux ce ne sont plus mes filles mais un simple article à échanger... Si vous liez leur différentes fragrances, vous obtiendrez un parfum en tout point semblable à celui de ma Rose Mère, ma tendre épouse... Je vous demanderais toutefois de les traiter avec une grande délicatesse et un profond respect mais surtout... ne vous avisez pas de toucher une seule seconde à ma bien-aimée ou je les laisse vous tuer sans le moindre remord... Ce qui, vous vous en doutez, serait fort fâcheux, pour vous comme pour moi...

Offertes, protectrices, elles se livrent au regard d'Aramis, sans craintes, aimantes, presque à le caresser de leurs épines pour attirer ses faveurs sur l'une ou l'autre... Venez mon bon monsieur, semble-t-elle murmurer, nous sommes les filles de la Douce Rose que vous avez oser cueillir de vos yeux de simple mortel... Venez, savourez le parfum qui nous entoure... ce parfum somptueux que vous désirez posséder avec l'avidité d'un enfant affamé devant une boutique de gâteaux... Venez mon cher parfumeur, oubliez la Rose Mère... nous sommes tout aussi belles qu'elle non ? Plus que des filles, nous sommes jumelles...

En tout point monsieur il vous l'a dit et ne ment pas...

En tout point.

Sauf peut-être ces épines d'argent qui la rendent si unique et si dangereuse... Mais n'ayez crainte monsieur... la torture de son poison est surpassée par notre folie de femmes passionnées... Nous tuons avec amour monsieur tandis qu'elle daigne à peine poser son regard sur les victimes qu'elle transperce...

C'est notre Mère monsieur, nous ferons tout pour elle... nous obéissons à ses désirs... Et sachez, monsieur que ces derniers n'ont pour but que de protéger notre cher et tendre Méphistophélès... Et que ce dernier ferait tout lui aussi pour nous protéger d'hommes avides et imbéciles comme vous...

Alors, prenez garde monsieur... nous sommes des trésors, des douces infantes alors traitez nous avec délicatesse.

Ou vous le paierez... sans possibilité aucune de marchander.
Notre valeur dépasse celle de votre vie.
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Aramis
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MessageSujet: Re: Commande...   Jeu 28 Aoû - 22:55

Il l'avait embrassé.

Ambroise avait quitté la boutique, inaccessible et somptueux, et la cantatrice outragée était déjà loin que l'esprit d'Aramis en était toujours au même point, paralysé, pétrifié. Engourdissement qui se communiquait à sa chair et le laissait immobile, les bras ballants, le teint pâle, le regard vide. La bouche légèrement entrouverte, encore humide d'une humeur qui n'était pas sienne. C'était insensé, c'était absurde. Il attendait un coup, une gifle, au moins un crachat ou une insulte. Quelque chose qui le ferait souffrir, quelque chose qui le rendrait malheureux et le ferait jouir.

Il l'avait embrassé.

Comme la dernière fois, alors que l'imprudent parfumeur s'était laissé charmer au point de s'allonger entre les draps du Mearas, la même caresse presque chaste, qui s'infiltrait à peine dans sa bouche pour tout juste effleurer sa langue. Mais les baisers du fourbe dragon avaient alors été atténués, ou tout du moins noyés dans l'espèce de vertige érotico-artistique de leur rencontre. En recevoir un, là, dans sa parfumerie, alors qu'en plus tout son être était persuadé qu'il allait se faire démolir, c'était... c'était...

Lentement, avec l'air d'un boxer envoyé au tapis dès la première reprise, Aramis essuya délicatement ses lèvres de sa main gantée. Il avait gardé les yeux ouverts et pourtant il n'avait rien vu, il n'avait même pas senti la main brûlante que le Mearas avait glissé dans sa nuque. Seuls ses sens les plus aiguisés gardaient un vague souvenir de la tourmente: la puissante odeur du noble mariée à l'épice de son goût, le tout enrobé dans cette senteur démente de rose ensoleillée qui s'était répandue dans la petite boutique. Le genre de mélange qu'Aramis ne dégustait d'habitude que dans ses rêves les moins avouables, ceux qui échappaient à sa perversion pour lui offrir un aperçu d'amour.

Non, décidément, il était incapable d'éprouver quoi que ce fût. Colère, frustration, honte, délice, tout cela était négligeable face au déni que lui imposaient ses désirs contrefaits: ce n'était pas possible. Ce n'était même pas envisageable. C'était comme de dire que la pluie tombait vers le haut, ou que le ciel était bleu. Incohérence. Antilogisme.

Son odeur. Son goût.

Aramis se rendit vaguement compte que Méphistophélès s'était tourné vers lui pendant cette interminable poignée de secondes qui avait suivi le baiser d'Ambroise, et par réflexe il rendit son regard au noble héritier. Non pas que ledit regard soit très expressif, mais l'Albërick sembla y lire quelque chose de satisfaisant. Il décida d'ouvrir sa veste, parodie délirante d'exhibitionniste, et les fleurs qui en jaillirent aussitôt par dizaines achevèrent le parfumeur déjà à terre.

Magnifiques à en perdre la raison, elles s'égayèrent dans toute la pièce, bloquèrent les portes, opacifièrent les discrètes fenêtres, ensevelirent les flacons survivants sous la masse chlorophyllienne de leurs tiges et feuilles. Pendant une petite seconde, Aramis put admirer la splendeur de ces innombrables corolles qui se déployaient en même temps. Puis leur parfum se répandit dans la boutique, immense et puissant comme une lame de fond, et le choc fut tellement violent que le jeune éphèbe en oublia jusqu'au nom d'Ambroise.

Dans cette fragrance, Aramis entrevit le Soleil, tel qu'il était censé briller avant le Nuage. Il entendit des noms mythiques, Cologne, Grasse, des villes mythologiques où les fleurs poussaient par champs entiers. Il sentit la vie qui se répandait dans les roses par leur sève acidulée et se transmettait par le bourdonnement incessant des abeilles - de belles abeilles, gaies et vigoureuses, pas les pauvres créatures neurasthéniques qui susbsistaient dans le Pairidaeza. Et plus que tout, sans savoir comment c'était possible, il perçut tout l'amour contenu dans ces plantes, leur amour de la lumière, de l'air frais, de la terre humide. De Méphistophélès Albërick. Un amour tellement fort qu'il en était étouffant.

Aramis dut faire un effort conscient pour échapper à cette avalanche d'informations olfactives, et il réalisa qu'il avait reculé jusqu'à pouvoir s'appuyer sur le comptoir. Réflexe salutaire: plus encore que quand la Rose Mère l'avait chargé, ses jambes semblaient refuser de le porter. Hébété, il dévisagea Méphistophélès et écouta son petit laïus sans en comprendre la moitié: pour l'instant, son cerveau n'était pas capable d'émettre plus que de l'incrédulité - comment ce garçon pouvait-il survivre au milieu de cette senteur sans devenir fou?...

Puis, toujours au ralenti, le jeune homme finit par comprendre ce qu'on lui disait. Il ne lui vint pas à l'esprit de remettre en doute le fait que toutes ces fleurs unies valait leur Mère: il avait failli tourner de l'oeil rien que parce qu'elles avaient éclos de manière simultanée, il estimait que c'était une preuve largement suffisante. Son esprit progressa encore un peu, et il assimila la concession que lui faisait le jeune Albërick. Presque malgré lui, il répéta:


"Un simple article?..."

Alors, chose surprenante sinon stupéfiante, Aramis craqua. Peut-être qu'il aurait pu se retenir dans d'autres circonstances, mais un tel spectacle après l'invraisemblable baiser d'Ambroise, c'était trop pour sa logique de psychotique. Un doux sourire d'autiste vint orner son visage, son regard s'embua de larmes dont on n'aurait su dire si elles étaient de douleur ou de joie. Lorsqu'il parla, sa voix exprimait tant d'égarement, de délicatesse, et si peu de convoitise que lui-même eut du mal à la reconnaître:

"Vous n'avez rien compris..."

Un léger rire, presque drogué, et Aramis se débarassa fugitivement de son costume habituel, révélant dans son égarement l'être sensible et décalé qui se cachait derrière le pervers pour mieux créer, celui qui avait à peine pointé le bout de son nez sous les cajôleries d'Ambroise. Oh bien sûr, il n'était pas schyzophrène, et son masque habituel était toujours là, juste à l'arrière-plan - là où, on s'en doutera, il s'étranglait littéralement d'horreur et d'indignation devant ce moment de faiblesse. Mais pour quelques minutes, Aramis avait décidé que cette comédie ne rimait vraiment à rien.

"Je vous avoue que c'est ma faute: je ne sais pas demander, encore moins supplier. Il faut toujours que j'exige. Mais je vous en prie, n'allez surtout pas croire que j'ose comparer votre trésor à une marchandise échangeable."

Il se détacha précautionneusement du comptoir et ôta ses gants, avant de tendre timidement la main vers une rose toute proche. Il faillit la toucher, hésita: l'Albërick n'avait-il pas parlé de mort?... Mais elle était trop rouge, elle sentait trop bon, et les doigts du parfumeur ne purent s'empêcher d'enlacer tendrement ses pétales, de la retenir avec douceur pendant qu'il l'approchait de son nez et s'oubliait dans son parfum le temps d'une série de courtes inspirations, paupières closes.

Grasse, les abeilles, l'amour.


"Elles sont si belles..."

Aramis rouvrit les yeux et prit le temps d'accorder à la fleur une caresse qu'il n'avait jamais eu pour les brutes qu'il nommait ses amants. Puis il la relâcha et s'éloigna d'un pas, aussi respectueux que le courtisan qui vient de baiser la main de sa reine. Sauf que sa reine à lui était toujours sur l'oreille de Méphistophélès, et que démasqué ou pas, le jeune homme en avait toujours autant envie - peut-être même plus qu'auparavant: ce qu'il venait de faire avec l'une des filles, il aurait donné sa vie pour le faire avec Elle.

"Ne pourrais-je vraiment pas..."

Il avait esquissé un geste pour désigner l'étrange épouse, avant de se raviser et de se retrancher derrière un silence contemplatif. Déjà le Aramis ordinaire reprennait ses droits sur l'artiste pur, mais pas assez pour que son amour se résume à de la convoitise. Oh non, il aimait cette rose, un véritable coup de foudre dont lui-même avait à peine conscience, et cette belle et franche émotion n'aurait su le rendre dérangeant. Et pourtant, dérangeant, il l'était. Dérangeant et séduisant.

Parce qu'en cet instant où le parfumeur avait toujours son regard rêveur et un peu humide d'enfant ravi, il arborait également un demi-sourire à la détermination beaucoup plus adulte. Et cela en faisait le portrait craché d'Ambroise.


"Vos... filles... sont de réelles splendeurs. Un prodige qui me hantera jusqu'à la fin de mes jours. Si vous m'autorisez à prélever ne serait-ce qu'un seul flacon de leur essence, non seulement je considère votre dette comme inexistente, mais je tiens à votre disposition mes talents de parfumeur pour autant de créations qu'il vous siéra. Mais si je pouvais, rien qu'une fois, avoir l'honneur de respirer la fragrance de votre épouse..."

Silence. Ses yeux noisette examinèrent brièvement la Rose, avant de revenir à Méphistophélès. Alors il s'avança, presqu'autant que la première fois, presque jusqu'à toucher le jeune noble, indifférent au bruissement hostile qu'il suscitait ainsi sur les parois mouvantes de son antre. Son regard pesait sur celui de l'Albërick, mais lorsqu'il reprit la parole, ce fut sur un ton étrangement dépourvu de tout fiel - comme s'il tenait réellement à faire une simple remarque.

"Vous étiez prêt à vendre votre corps pour la préserver. Alors qu'elle vous aime tant... peut-être trop."

Laissant sa phrase faire son chemin dans l'esprit de l'adolescent, Aramis leva lentement la main gauche, celle qui avait tantôt osé effleurer l'héritier. A présent elle ne portait plus aucun gant pour minimiser l'affront. Cependant, elle s'arrêta à quelque distance de la joue du bel androgyne, en fait à mi-chemin entre son visage et la corolle de la Rose Mère. Comme s'il hésitait entre les deux.

"Je ne réclame qu'un peu de parfum, et vous vous offrez. Si je supplie pour une simple bouffée d'un arôme de miracle, qu'allez-vous m'offrir en échange?"

Ses yeux se posèrent à nouveau sur la Rose, et leur tendresse s'était évanouie dans une passion brûlante à laquelle le baiser d'Ambroise n'était pas étranger.

"Vous clamez de toute votre senteur que vous l'aimez, noble dame. Alors daignez répondre à ma question, vous qui êtes la première concernée: un peu de votre parfum pour un courtisan passionné vaudrait-il plus que le corps et la dignité de votre "époux"?..."

Intérieurement, il ajouta que ledit époux paraissait d'ailleurs bien empressé de se faire baiser, pour un amoureux transit. A croire que sa tendre compagne n'était pas si parfaite que cela.

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MessageSujet: Re: Commande...   Ven 29 Aoû - 13:54

Père ! Regarde nous père !

Oh ces caresses et la danse qu'elles mènent… Si heureuses, ses Roses, ses petites filles, qui oublient prudence et volent des baisers aux lèvres de Méphistophélès. Il manque de rire, comme un enfant. Oublie un instant le parfumeur et sa boutique. Les fragrances des parfums écrasés au sol. La mère observe leur jeu avec indulgence, offre la caresse de ses pétales à ses filles qui finissent par se se tourner vers le parfumeur, ce bellâtre ô combien amusant, l‘observant avec malice.

Méphistophélès, radieux, le visage éclairé comme celui d'un enfant à Noël, se tourne à nouveau vers lui et se fige quand il aperçoit... ses yeux. Qu'a-t-il ? Serait-ce la beauté de ses compagnes, de ses adorées qui l'émeut autant ? Il le comprend, l'Albërick aux cheveux de neige, il finit par sourire par indulgence et laisse le silence faire place dans la petite pièce. Les roses, coquettent, se pavanent, se montrent dans leur plus beaux atours, s'approchant parfois jusqu'à le frôler avant de revenir à leur place, bruissant dans un rire étouffé, pétillantes de chaleur ensoleillée...


"Un simple article?..."


Père regarde nous ! Père regarde le ! Il va pleurer ! Tu paries combien qu'il va pleurer ! Oh c'est si amusant ! Merci père ! Merci merci merci ! Quel spectacle réjouissant !

Méphistophélès soupire et claque légèrement dans ses mains pour les calmer. Elles étaient aussi capricieuses que changeantes et tout pouvait basculer d'un instant à l'autre. Pour l’instant, il ne voulait pas risquer un incident grave au sein de la parfumerie même sans témoins…
Les roses se turent, se contentant d’observer cet idiot d'humain détestable et avide qui chancelait, qui contemplait enfin leur beauté... tout ce qui en elles rappelait le Soleil... Le Dieu de Lumière qu'elle retrouvait dans le lit de Méphistophélès quand ce dernier les laissait boire à même son cœur le nectar de vie qui les rendait plus rouges que les roses du Pairidaeza.


"Vous n'avez rien compris..."

Masques… ! Il est minuit ! Ôtez les tous ! Qu'il a l'air crétin seigneur. On pourrait presque le tuer qu'il en jouirait... Papa papa pouvons nous essayer ? Pouvons nous juste un instant lire la mort et le plaisir dans son regard ? Cela nous en serions TELLEMENT ravies...

Mais non, Méphistophélès ne leur accorde pas cette faveur, penchant la tête de côté avec un léger sourire aux lèvres, presque amusé tandis qu'il redécouvre dans les yeux d'Aramis cette lueur qu'il connaît si bien... pour l'avoir rencontré dans un miroir où un beau matin, il s'est aperçut de la présence ces milles boutons de roses fleurissant sur son corps avant d'éclore... La peur puis l’émerveillement tandis qu’une à une elles se blottissaient, tremblantes, dans ses mains pour recevoir un peu de tendresse avant de faire face à leur nouvelle existence… sous l’œil aimant de la Rose Mère qui avait si heureuse de lui présenter leurs enfants…

C’est cette même lueur qu'il retrouve à chaque aurore quand ses Roses une par une viennent le saluer à son réveil, d'un baiser florale au parfum envoûtant, excité comme des enfants en bas âge qui se demandent ce que la journée et la vie leur réservent...


"Je vous avoue que c'est ma faute: je ne sais pas demander, encore moins supplier. Il faut toujours que j'exige. Mais je vous en prie, n'allez surtout pas croire que j'ose comparer votre trésor à une marchandise échangeable."

Alors qu'est ce pour toi ? Un espoir de retrouver ce qui t'a fasciné il y a si longtemps ? Ces morceaux de lumières qui éveillent en toi un amour si pur qu'il ne peut que faire pleurer... Ces soleils, si petits, si fragiles, qui s'envolent, qui s'effacent... Qui te jettent à genoux dans une ruelle soudain désertée et la voix brisée pour les retenir...

Elles ne partiront pas... pas encore. Elles sont là pour toi. Elles te prennent en pitié, elles jouent à la poupée. Tu t'approches, tu l'effleures, celle qui se trouve près de toi, qui un instant a un sursaut avant de se tourner vers sa Mère. Tu frôles la mort une nouvelle fois, tu en as conscience désormais et après un instant tu l'embrasses... Oui c'est un baiser que de savourer ses senteurs, que de l'effleurer, de la frôler. Un baiser sur les lèvres et non sur la main, et elle rougit presque, bruissant de timidité, l'orgueilleuse au pétale recourbé qui n'aurait qu'à s'avancer pour balafrer ton visage.

Aramis, bel Aramis...


"Elles sont si belles..."


Et tu es amoureux. Ou cela s'en approche. C'est si triste mon jeune ami... triste que tu sois aux portes de la mort. Je n'ai pas décidé pour l'instant si en partant je les laisserais s'occuper de toi... Après cet affront... et puis désormais tu connais mon secret. Je pourrais t'arracher la langue, tu écrirais encore... je pourrais t'arracher les mains mais je suis certain que tu trouverais un moyen de me pourrir la vie...

Je ne te fais pas confiance, aucunement. Je ne fais confiance à personne vois-tu... Vous n'êtes que des porcs avides de trésors... Vous fixez mes belles comme ces monstres arrachent leur Don à ces Étoiles déchues qui n'ont qu'à hurler... Je te hais, je vous hais... et cesse de la contempler ainsi ! Elle est à moi ! Je suis à elle ! Ma Rose, si belle Rose qui m'a sauvé il y a bien longtemps... que j'ai fais naître dans la douleur... Étrange mère qui t'a enfanté dans l'agonie, je respecte cet enfant qui a donné sa vie pour un vœu égoïste que je n'ai jamais souhaité...


"Ne pourrais-je vraiment pas..."

- Non.

Ma douce Reine qui glisse de mon cou pour se nicher dans mes mains tandis, qu'enfant apeuré, je la presse contre mon coeur, protecteur. Reculé… reculé encore face à ton regard… mais ce sentiment de méfiance s'accentue. Il veut te voler à moi chérie... il veut que je retourne à ma solitude... Il veut que je m'enferme dans cette chambre dénudée car je ne suis pas à la hauteur de LEURS espérances. Il veut me faire souffrir...

Oh père ! Père non nous resterons toujours près de toi...

Elles se précipitent, cascadent du plafond, grimpe du sol, se ruent sur son corps, le dissimulent, feulent comme des chattes qui protégent et sont prêtes à mourir... à le tuer. Un signe, un geste mais pourquoi POURQUOI dit-il non ? Méfiance... et compréhension... Que le premier qui ne saurait tomber en extase devant ces princesses florales lui jette la pierre.

Rose Mère... qui vient cueillir ses lèvres pincées, effacer les larmes qui perlent... Non elle ne te quittera pas. Ce vulgaire parfumeur, elle s'en contrefout... Elle n'existe que pour lui, son Roi, son Père... Inceste certes mais qui viendrait les condamner pour un crime qu'ils n'ont commit que quelques fois... dans le silence lourd d'une chambre aux lumières tamisées tandis que Méphistophélès les yeux clos la laissait caresser son corps de ses pétales...

A travers la corolle de ses filles, il aperçoit le sourire d'Aramis... et Méphistophélès a peur. Se plaquant contre les étagères de bois, il laisse les roses s'avancer, les épines en avant.

Attention à tes propos...


"Vos... filles... sont de réelles splendeurs. Un prodige qui me hantera jusqu'à la fin de mes jours. Si vous m'autorisez à prélever ne serait-ce qu'un seul flacon de leur essence, non seulement je considère votre dette comme inexistante, mais je tiens à votre disposition mes talents de parfumeur pour autant de créations qu'il vous siéra. Mais si je pouvais, rien qu'une fois, avoir l'honneur de respirer la fragrance de votre épouse..."

- Non. Je ne le répéterais pas une troisième fois…

La flatterie ne marche guère mon bon ami. Elle ne fait que les conforter dans leur orgueil de gamines apprêtées qui se pavanent, maîtresses du monde, maîtresses du coeur de leur cher et tendre papa... Elles rient, elles continuent d'approcher... Bien entendu qu'elles sont splendides... Crois-tu qu'il les laisse ainsi, le suivre comme un petit toutou ?

Non !

Il les aime, les caresse, les cajole, les complimente... Parfois des baisers, parfois des étreintes... Des poèmes, des rires, des paroles si tendres. De véritables déclarations comme tu n'en recevras jamais. Bêta va, garde donc tes jolies paroles... Quoique non, cela nous fait plaisir... Encore encore ! Donne nous des compliments, nous en sommes avides comme tu l'es de notre chère Mère...

Cela doit te faire drôle d'être tombé amoureux d'une femme...

Mais les Roses s'écartent, outrées, tandis qu'il s'avance soudain et c'est la Rose Mère qui retourne à son siège, dévoilant une nouvelle ses épines meurtrières qui semblent désormais ne plus l‘impressionner, Méphistophélès muet de stupeur.
Ainsi donc... il l'aime.
Il veut s'enfuir, il veut quitter cette maudite boutique et son coeur bat à tout rompre tandis que sa tête bourdonne des murmures silencieux de sa Reine qui le rassure et rit de ce vil flatteur qui la laisse de marbre...

Il est trop proche, et lui même ne peut plus reculer. La respiration plus rapide, les pupilles dilatées, il fixe cet homme comme une Rose tressaillirait d'horreur en voyant s'approcher un sécateur. Il va cueillir sa Rose d'un moment à l'autre et le tuer du même coup... Salop ! Salop fous nous la paix ! Oh ma pauvre pauvre Rose Mère !


"Vous étiez prêt à vendre votre corps pour la préserver. Alors qu'elle vous aime tant... peut-être trop."


Vendre votre corps... ainsi je ne suis qu'une catin... Pardonnez moi mes douces amies... pardonnez moi pour ces penchants qui vous blessent... Voilà maintenant ce que je suis aux yeux de cet home: une catin.

Méphistophélès blêmit et il sent toute la rage de sa dulcinée qui se redresse, agitant langoureusement ses pétales. Elle ? L'aimer trop ? Mais non enfin ! Pas assez ! Pas encore assez puisqu'il désire des jeunes hommes comme ce Mearas vulgaire qui n'a cessé de se foutre du monde dans un piètre spectacle.

Ose me toucher mon enfant... ose simplement caresser son visage... C'est un risque que tu prends et ta bêtise doit être immense si tu songes seulement à me posséder d'une quelconque manière... Je ne suis qu'à Lui, Épouse éternelle mariée à la Vie à la Mort... Et je le tuerais, je nous tuerais pour que cette union ne cesse jamais... Remercie les étoiles, amoureux de feu Soleil... Remercie les, jamais je ne serais à toi.


"Je ne réclame qu'un peu de parfum, et vous vous offrez. Si je supplie pour une simple bouffée d'un arôme de miracle, qu'allez-vous m'offrir en échange?"


Elles rient.

Il s’offre ? Crois-tu qu’il n’est qu’une vulgaire putain en chaleur ? Nous le comblons mais il désire tant ces hommes inconnus qui le charment et l’enivrent. Pauvre papa qui ne voit pas leur méchanceté, leur hypocrisie… Hommes si sales qui tâchent son corps si pur… Il ne s’offre pas mais se sacrifie, stupide parfumeur. Se sacrifie pour notre bien à toutes. Et même si son regard flamboie de désir parfois, se donner ainsi pour une vulgaire dette ne fait que le répugner, assurément.

Il frémira sous vos mains de honte… Il ne pourra éprouver de plaisir, non non bien sûr que non, n’étant qu’une poupée de chiffon soumis à votre envie primaire. Il est autre chose qu’une coquille vide soumise à la frustration.

Que pouvons-nous vous offrir en échange d’un baiser…
La souffrance.
Toute ta passion est vaine face à notre détermination.


"Vous clamez de toute votre senteur que vous l'aimez, noble dame. Alors daignez répondre à ma question, vous qui êtes la première concernée: un peu de votre parfum pour un courtisan passionné vaudrait-il plus que le corps et la dignité de votre "époux"?..."


Qu'insinues-tu ? Que je ne sais pas correctement m'occuper de lui ? Est-ce ma faute si mon esprit est femme alors qu'il aime les hommes ? Que peux-tu dire contre cela toi qui passe ton temps à séduire les hommes dans le but de te faire baiser... ou de baiser. Tu es ridicule, petite marionnette qui l'instant plus tôt était toute offerte à cet homme... Qui a chancelé devant nous. Il s'excuse tant mon bel amant de ce désir insensé qui le parcours quand le regard d'un homme tel que ce Mearas se pose sur lui... et je ne peux que lui pardonner car vois-tu... voilà de nombreuses années qu'il n'a laissé quelqu'un lui faire l'amour... ou simplement le faire sien.

La dignité... le corps de mon époux... J'y ai goûté plus d'une fois... Je l'ai caressé comme je ne le ferais avec toi... Mes senteurs sont miennes et je refuse que tes lèvres de crapaud, Grenouille, se posent sur les miennes. Je suis pure et entièrement dévouée à mon Époux. Jamais, entends-tu, jamais je ne le trahirais de cette manière. Maintenant... maintenant observe moi bien... contemple le reflet de mes épines... Et écarte toi...

Les épines... ce ne sont pas les siennes mais celles de ses filles qui s'agrippent à la chemise et le font vivement reculer. Riantes, elles s'approchent, elles le plaquent contre le comptoir, elles griffent la peau pâle du cou et hume la fragrance métallique de son sang...

Pouah quelle horreur ! Rien à voir avec le nectar de notre cher Père. Pouvons nous le tuer alors ? Avons nous obtenu l'autorisation ?


- Contentez-vous de ce que nous vous offrons et ne vous avisez plus de lui parler comme vous l'avez fait... Je vois bien que ce qui compte pour vous, ce sont mes belles... Que ma Rose Mère insuffle en votre sein une passion nouvelle... Mais je suis égoïste... je ne partage pas... Elles sont miennes pour toujours et je ne vous laisserais pas lui donner un baiser...


C'est un murmure rauque qui provient de cette gorge nouée tandis qu'il le fixe, d’un geste léger de la main laissant les roses regagner les hauteurs de la parfumerie, protégeant sa Rose Mère qui caresse sa joue d’une feuille tendre. Apeuré le bibliothécaire quant à l'idée qu'il vienne lui voler en ce jour ses amantes, ses adorées... celles qui furent présentes pour lui depuis sa naissance... Car rien ne compte plus avant leur apparition. Il a tant rêvé d'elles enfants... de ces roses bleues magnifiques... De leur senteur merveilleuses...

Jamais il ne laissera cet impudent lui voler son coeur...
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Aramis
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MessageSujet: Re: Commande...   Dim 31 Aoû - 0:21

Il s'était senti insolent, et il s'attendait à une riposte. Mais pas à quelque chose d'aussi vif, d'aussi... submergeant. Marée verte et rouge, vague qui griffait et s'accrochait, déchirait le tissu délicat de sa chemise, s'enroulait autour de son cou pour le tirer en arrière si brutalement que ses semelles ne touchèrent plus le sol. Choc du comptoir au creux de ses reins, qui lui arracha un cri malgré les innombrables fois où on l'avait frappé à cet endroit. Et toujours cette gangue d'épines qui le brûlait, s'arrimait à sa gorge et à ses bras. Les roses n'avaient pas eu besoin de s'enfoncer bien profondément dans sa peau pour que leurs minuscules morsures l'obligent à se tenir immobile. Rigoureusement immobile. Parce que le moindre mouvement se serait aussitôt soldé par d'innombrables balafres incandescentes.

Méphistophélès parla, et malgré sa situation tout à fait inconfortable, Aramis le fixa droit dans les yeux, le visage fermé. C'était à peine si sa lèvre inférieure frémissait lorsque l'une de ces somptueuses saloperies resserrait un peu son étreinte. Vas-y connard, fais-moi mal: les cicatrices que tes roses me font ne se verront pas au milieu des autres.

Puis, d'un geste révulsant de fausse indulgence, le noble héritier demanda à ses filles chlorophylliennes de relâcher le parfumeur à la langue trop leste. Les plantes s'écartèrent comme à regret, et Aramis se laissa glisser le long du comptoir jusqu'à s'asseoir sur le carrelage immaculé. Soudain très pâle, il baissa la tête un instant: il ne craignait pas la douleur physique, mais il ne pouvait aussi facilement se garantir de la peur de mourir, et tous ses efforts pour dissimuler le choc que Méphistophélès venait de lui infliger ne suffisaient pas à le maintenir sur ses jambes.

Sans compter qu'il y avait autre chose, plus lancinant et plus toxique qu'une décharge d'adrénaline. Aramis se fichait de voir sa chemise tailladée, il se fichait de constater que de nombreuses déchirures s'ornaient déjà de rouge. Machinalement, il porta une main à sa gorge avant de la ramener devant ses yeux. Ses doigts étaient tachetés de sang, et de cela aussi il s'en fichait.

Parce que lorsque les roses l'avaient agressé, il avait soudain réalisé qu'elles dégageaient un autre parfum en plus des fragrances d'amour et de lumière, quelque chose que son émerveillement lui avait dissimulé. Ces fleurs, si belles, si séduisantes, avaient une odeur acide et insidieuse qui, une fois mariée à leurs bruissements rieurs, ne pouvait qu'être appelée cynisme. Et si Aramis n'avait que faire d'une bousculade, découvrir que ces délicates créatures se moquaient de lui et de sa passion était pire qu'un coup de poignard dans la poitrine.

Le jeune homme releva les yeux pour dévisager Méphistophélès, ce petit con égoïste et sa si belle Rose qui lui caressait la joue. Nulle expression sur le visage du parfumeur, ni demi-sourire de Mearas, ni regard rêveur d'enfant. Simplement le silence et la neutralité, qui seuls pouvaient dissimuler sa souffrance, son indicible souffrance.

Aramis était un salop, une petite ordure, et lui-même était parfaitement au courant. Mais comment aurait-il pu en être autrement, alors qu'à chaque fois qu'il s'efforçait d'être sincère et qu'il baissait sa garde on en profitait pour le rouer de coups? Ce regard, celui de l'Albërick, il le connaissait si bien, tellement bien... Il avait ruiné son enfance, contrefait toute sa vie. Cette haine, mais surtout ce dégoût. Cette lueur morne qui proclamait qu'il n'était qu'une raclure sans importance, qu'un emmerdeur tout juste bon à gâcher la vie d'autrui. L'expression qu'avait eu Ambroise en refusant de sentir son parfum.

L'expression qu'il avait toujours connu à la seule femme, la seule personne que (quoi qu'il en dise) il eut jamais aimée, celle qui s'était suicidée parce qu'il lui rappelait trop son fumier de père. Et voilà qu'à présent, pour une fois qu'il essayait, pour une fois qu'il sentait quelque chose se décoincer dans ses sentiments...

Sincèrement, tout ce qu'il voulait, c'était une bouffée de beauté. Quelque chose qu'il aurait pu garder pour lui et chérir, loin de toutes ces brutes avec lesquelles il se plaisait à coucher, loin de tout ce qui faisait qu'il détestait sa vie. Qu'il se détestait lui-même.


"Alors allez vous-en. Votre concession ne m'intéresse pas."

Calme, presque serein, alors qu'à l'intérieur il s'effondrait. Aramis croisa ses bras couturés et baissa à nouveau la tête. Le baiser d'Ambroise. Le refus de la Rose Mère. Trop, tout cela c'était trop, bien plus que ce qu'il estimait avoir mérité. Et déjà tous ses systèmes de défense transformaient sa douleur en rage, en colère. Contre ce parvenu au nez imparfait, incapable de profiter pleinement de ses trésors, bien sûr. Mais surtout contre lui-même: voilà ce que cela rapportait que de se montrer innocent et sincère, voilà ce qu'il gagnait à chaque fois qu'il se laissait aller à se croire ordinaire. Des coups, du mépris. Ta gueule le pervers, qui crois-tu tromper avec tes accès de sensibilité foireux?

Soudain le parfumeur releva les yeux. Il avait rajusté son sourire narquois, le plus haïssable, le plus protecteur. Ce qu'il s'apprêtait à faire était dangereux, voire suicidaire, tout sauf logique. Mais ce dernier mot ne représentait alors plus rien pour Aramis: il avait mal, mal comme à chaque fois que sa mère refusait de venir lui dire bonne nuit lorsqu'il était au lit, mal comme lorsque Ambroise s'était écarté de lui avec un sourire goguenard après l'avoir embrassé, et le seul moyen qu'il avait trouvé pour se défendre était de mordre.

Petit chaton se foutait d'être tué. Il voulait simplement qu'on le laisse tranquille. Et s'il pouvait en profiter pour se venger, après tout...


"Foutez le camp, avec vos si belles roses nées dans le sang d'une Etoile. Jamais vous ne les sentirez comme je l'ai fait, jamais vous ne verrez ce que leur parfum m'a montré. Parce que vous avez peut-être leur amour, leur obsession, leur orgueil, mais moi j'ai un nez que rien ne pourra vous offrir. Allez vous-en avec elles et gardez-les: elles vendent leurs charmes beaucoup trop cher."

Il se releva vivement, insensible à sa peau qui le tiraillait.

"La vérité, c'est qu'elles vous rendent malheureux. Elle surtout, la plus belle et la plus folle."

Coup de menton dédaigneux pour la Rose Mère.

"Vous vous aimez? A d'autres. Vous croyez que je n'ai pas vu la manière dont vous regardiez le doyen des Mearas? Vous êtes frustré, parce qu'elle vous possède, qu'elle vous détient et vous refuse aux autres comme elle me refuse la plus innocente des demandes."

Venimeux, il continua à sourire, tout en écartant largement les bras.

"Allez-y, laissez-les me tuer. Je partirai en sachant que vous vivrez pour l'éternité avec une beauté que vous ne méritez pas, une beauté qui pue votre soit-disant égoïsme. Egoïsme qui n'est que de la soumission et de la lacheté. Elle m'a séduit, mais moi, au moins, elle ne me possédera jamais."

Intérieurement, il se dit qu'en réalité il s'était offert, et qu'il aurait aimé être la propriété de cette fleur sadique. Mais pas à ce point-là. Pas au point de ne plus être le seul artisan de sa déchéance.

Au moins, si la Rose Mère était assez orgueilleuse pour le tuer, cela lui donnerait raison.

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MessageSujet: Re: Commande...   Dim 31 Aoû - 1:21

Pardon.

Je pourrais tout résumer ainsi monsieur le parfumeur, par ce simple mot. Je préfère encore ne rien vous dire… je préfère d’un geste négligent chasser toute cette scène de mon esprit plutôt que de me regarder dans un miroir. Et ainsi vous libérer de leur étreinte douloureuse. Vous avez crié… oh je suis tellement désolé. Ces petites furies sont bien agaçantes parfois n’Est-ce pas ? Elles blessent, elles détruisent ce qui nous menace sans aucune forme de pitié. Oui monsieur… oui elles se sont foutues de vous depuis le début… elles savaient que vous n’obtiendrez rien… Rien de la Rose Mère en tout cas. Leurs senteurs, elles veulent bien vous les donner si cela est mon souhait. Elles s’en foutent…

Pardon.

Vous saignez je crois. Je dois avoir un mouchoir dans ma poche… Peste où est-il… Ah oui, je l’ai donné à Phoebe pour qu’elle ne meurt pas… Fermons les yeux un court instant, inspirons lentement et oublions cette désastreuse journée… oublions la scène de la bibliothèque… oublions l’éclat métallique du sang sur l’une des roses… Oublions ces tueries, je ne m’en porterais que mieux. La Rose Mère est inquiète, elle se demande si je perds la tête. Il était temps… Non non bien sûr que non je ne lui en veux pas. Ma très chères âme sœur… Vous faites tout cela pour moi. Vous exaucez encore aujourd’hui le vœu que j’ai souhaité il y a des cela des années. Des années vraiment ? Il me semble que c’était hier qu’elle hurlait l’Etoile…

Vous me fixez parfumeur. Votre regard est bien neutre. Ça y est… enfin vous avez comprit qui j’étais. Je manque même de vous sourire pour vous remercier. Je ne suis qu’un faible, et je ne m’en vante même pas. J’ai commis une erreur il y a longtemps, je la paye aujourd’hui. Oui oui dites le… je suis pitoyable. Ma douce amie me caresse et moi je ne peux que vous fixer droit dans les yeux sans plus d’émotions. J’ai envie de pleurer… Leur empathie les alerte, mes bien aimées se détournent aussitôt de vous pour s’accrocher à moi, riant, taquines, se moquant doucement de moi, me faisant ressentir leur amour avec plus de force encore que précédemment.

Je crois que je vous ai trahit d’une certaine manière. Est-ce en vous refusant ma Rose Mère ? Ce doux baiser que vous aviez tant désiré ? Vous l’aimez tant… presque autant que moi. Vous savourez ses fragrances, sa langueur… Elle est belle, si belle. Plus que je ne le serais jamais. J’aimerais vous raconter sa naissance… mais désormais vous vous en foutez. J’ai gagné la partie et je ne ressens aucune joie. Simplement une amertume… Peut-être, dans d’autres circonstances monsieur, si tout cela n’avait pas résulté d’un vulgaire troc, je vous aurais aimé. Elles vous auraient apprécié aussi, sans nul doute, charmées par vos douces paroles, par vos yeux qui savent si bien les voir…

Oh oui vous les voyez… Mes méchantes filles.


"Alors allez vous-en. Votre concession ne m'intéresse pas."

Concession… Oui c’est bien cela. Ainsi... qu'une menace… un échange. Laisse La tranquille, prend les autres, elles acceptent bien avant moi d’être offertes en pâture à ton nez.

Non pas en pâture…

A ton cœur affamé de Lumière.

Vous êtes blessé… je ne supporte pas la vue du sang. Je fixe vos plaies sanguinolentes et c’est un lent dégoût de moi-même qui me sert le cœur et me tord les entrailles. Cette horreur est mienne… comme tout ces cadavres déchiquetés… comme le corps de cette Etoile qui ne fut jamais retrouvé… Ténèbres, ma douce Etoile… Me pardonnerez vous un jour mon égoïsme ? J’aimerais m’avancer et peut-être… vous parler. J’aimerais peut-être m’excuser… Mais pas vous offrir ma Rose Mère. Cette dernière vous fixe avec méfiance, elle se demande si tout cela est comédie. Elle ne voit pas l’homme blessé, elle n’est que satisfaite de votre réaction. Partons mon ami, me murmure-t-elle. Partons, laissons le, il ne parlera pas… et nous laissera tranquille désormais…

La tête baissée, les bras croisés… Vous êtes un enfant tout comme moi. Nous désirons tout les deux quelque chose que vous serez certainement le premier à obtenir, monsieur. Moi… moi je suis censé l’avoir trouvé, le bonheur, après tout c’est à cela que serve les vœux mais désormais je comprends ces mots qu’elle m’a murmuré… La compagnie des hommes me manquent. Oui, je suis une catin. Je ne me sacrifie pas pour mes Roses. Je ne demande qu’un peu d’amour, le temps d’une nuit, un sourire, une étreinte… Les Roses sont mes amies… La Rose est mon épouse… Elles m’aiment passionnément et jalousent tout ceux, et celles, qui m’approchent… Mais voilà bien longtemps que je n’ai pas goûté au plaisir d’une nuit dans les bras d’un homme qui pendant quelques secondes me redonnent mon estime.

Je suis pitoyable vraiment.

Elles sont mon amour et mon insulte. Elles me rappellent cette voix derrière la porte qui préférant se sacrifier pour moi a exaucé un vœu que j’avais à peine prononcé… Allons, Méphistophélès, avoue ton crime: tu l’as prononcé. Tu lui as dis ton désir le plus cher… Que les Roses soient éternellement tes amies. Déçu des humains, de ta famille qui ne te considérait que comme la 5ème roue du carrosse… Et ce fut pire encore.


« Eh le jardinier ! »

Connards… vous vous dites mes frères mais je ne vois en vous que mes bourreaux… Détestables et orgueilleux… C’est vous que je désirerez mort… Vous seuls dont je supporterais la vue de vos cadavres sanguinolents. J’en jouirais de lire la souffrance sur vos traits, si semblables à celle que vous avez infligé à mon cœur depuis mon enfance. Connards… si fiers d’être les premiers nés… D’être considérés par notre père…

Aussi pitoyables que moi, chers frères, notre seul point commun.

Ah tiens, vous relevez la tête… Et c’est un sourire narquois qui éclos sur vos lèvres. Je vais partir, ne t’inquiète pas. Cesse ce jeu, si tu essayes de me blesser, de te venger, fais le mais épargne moi ce masque… Tu étais si vrai il y a un instant. Mais oui, c’est vrai… c’est moi qui ait tout gâché par mon égoïsme, qui ait ordonné à mes Roses de t’envoyer paître pour de bon. Je te demande pardon mais est-ce que je regrette vraiment ? … Non… je n’ai fais cela que pour nous protéger… Elles sont là depuis le début, mon seul but étant de les en remercier. Et de payer ma dette à cette Etoile. Elle s’est sacrifiée pour ce vœu… personne ne viendra le briser. Je ferais en sorte qu’elles restent éternellement mes amies… par amour pour ma Rose Mère… et par respect pour cet enfant.

"Foutez le camp, avec vos si belles roses nées dans le sang d'une Etoile. Jamais vous ne les sentirez comme je l'ai fait, jamais vous ne verrez ce que leur parfum m'a montré. Parce que vous avez peut-être leur amour, leur obsession, leur orgueil, mais moi j'ai un nez que rien ne pourra vous offrir. Allez vous-en avec elles et gardez-les: elles vendent leurs charmes beaucoup trop cher."


Gifle cuisante qui me fait hoqueter. Presque à en avoir les larmes aux yeux. Je les retiens encore. Plus de sang, plus de souffrance. Assez ASSEZ je l’ai bien mérité. Nous l’avons tous mérité. Alors laissez parler, laissez le vider son sac une bonne fois pour toute. Que son venin se répande comme celui de votre Mère, que son crachat me fasse encore reculer de honte et de dégoût… Laissez le… la première qui s’avance et qui le blesse pour ces mots JE LA CUEILLE.

Pauvres petites enfants effrayées qui sanglotent, qui s’accrochent. Il est vilain le monsieur papa, me murmure l’une d’entre elles, et pour une fois encore, j’ai cette envie de les gifler, toutes, d’arracher leurs atours, de les laisser nue sur leur lianes, hurlantes, pour les punir… pour leur hypocrisie… Vous vous complaisez dans ce jeu répugnant de donzelles cyniques et menteuses. Vous n’êtes pas des roses mais des narcisses, mes douces chéries… Oh comme je vous aime quand la haine en moi monte si semblable à celle qui vous donne envie de tuer ce « vulgaire parfumeur ».

Je suis si semblable à vous, mes adorées.
Si tristement semblable à vous.

"La vérité, c'est qu'elles vous rendent malheureux. Elle surtout, la plus belle et la plus folle."


Malheureux ? Non je n’ai pas besoin d’elles pour l’être…
Je me suffis à moi-même pour me fouetter comme un moine expierait ainsi ses péchés aux yeux de Dieu.
Mon Dieu fut cette Etoile. Je me complains dans la souffrance comme seul paiement. Voilà le troc que je lui ai offert. Je ne sais si là où elle se trouve, dans les limbes, elle a accepté ce marché, ce remboursement de dette… alors je continue, je continuerais chaque jour…


"Vous vous aimez? A d'autres. Vous croyez que je n'ai pas vu la manière dont vous regardiez le doyen des Mearas? Vous êtes frustré, parce qu'elle vous possède, qu'elle vous détient et vous refuse aux autres comme elle me refuse la plus innocente des demandes."


Vous vous aimez ?
Plus que tout au monde. D’une passion amoureuse si vive qu’elle est mortelle. Tout ceci ne peut finir que dans la mort. Elles me tueront un jour pour un regard de trop… Non non, me susurrent-elles, jamais… Oui, elles préfèrent tuer le monde plutôt que moi… Mais ma Rose Mère a comprit elle… Que même si elles m’enlèvent, m’arrachent aux autres, elle ne pourra m’empêcher de rêver…

Laissez moi rêver, monsieur. Laissez moi croire une nuit que cet être que vous aimez beaucoup plus que ma Rose Mère m’offre une étreinte unique et brûlante… Laissez moi rêver de votre effleurement de tantôt, de votre regard d’enfant… Laissez moi rêver de ces corps nus après l’amour qui reposent l’un sur l’autre.

Je ne me permets que cela… et quelques regards langoureux qui m’échappent parfois…

L’innocente demande mon ami… était un baiser qui pour cette amoureuse représentait la tromperie la plus odieuse. Pourrais-je vous expliquer simplement ce qu’elle ressent pour moi ? Ce qu’elle éprouve quand dans les bras de Morphée je soupire des suppliques pour une délivrance onirique ? Un baiser… un simple baiser… et pour vous rien d’autres qu’une fragrance merveilleuse à ne pas oublier. Non… je ne peux pas vous expliquer. Vous m’offrez une porte de sortie pour régler cet épineux problème, et c’est le cas de le dire, une bonne fois pour toutes. Je ne vais pas me permettre un instant de faiblesse alors qu’elles me supplient de fuir cette parfumerie malodorante. Non, voyez vous… ce ne sont pas elles, mes amies éternelles…

C’est moi qui leur ami pour l’éternité. Comme si la Rose Mère avait fait un vœu et non moi… Le hasard monsieur… regardez ce qu’il fait le hasard. La vie est si belle vous ne trouvez pas ? Si compliquée… si tortueuse… méandres des esprits qui se croisent mais ne se comprennent pas. Restez sur vos positions, je resterais sur les miennes. C’est un adieu que je regrette mais je suis forcé… par moi-même…


"Allez-y, laissez-les me tuer. Je partirai en sachant que vous vivrez pour l'éternité avec une beauté que vous ne méritez pas, une beauté qui pue votre soi-disant égoïsme. Égoïsme qui n'est que de la soumission et de la lâcheté. Elle m'a séduit, mais moi, au moins, elle ne me possédera jamais."


Je souris des yeux, regard tendre qui se pose sur votre corps blessé physiquement et mentalement. Vous souffrez tant… Mais cela cessera à mon départ. Pour moi tout du moins. Vous vous souviendrez encore de ce parfum merveilleux. Vous rêverez encore de…

Elle se lève.

Elle glisse.



Elle retourne sur son siège.

Un instant j’ai crû qu’elle allait venir vers vous… pour vous tuer peut-être et faire cesser vos « jérémiades »… ou peut-être pour vous offrir ce baiser. Mais non, vous n’existez déjà plus. Allons-y, mon Ami. Je m’incline simplement dans le secret de mes pensées. Soit, allons-y…

Elle vous possède déjà et vous le savez très bien. J’aimerais tant faire quelque chose pour vous… au moins pour vous remboursez cette dette. Après tout… J’ai bien détruit votre parfumerie et cela n’était aucunement de votre faute… Non non, me pressent-elles en silence, partons, obéissons à notre Mère. Partons. Mais ne pourrions nous pas nous revoir ? Laisser de côté tout ceci pour se parler enfin ? Ne serait-ce pas possible ? Je suis certain que vous l’apprécierez… vous l’avez détesté pour son comportement, pour son offre… Vous l’avez haït comme je l’ai haït… comme je le hais encore, pour son obstination. Oui Rose Mère, je le sais bien… Cet homme n’a aucune valeur à vos yeux, ses compliments encore moins, et tout ceci ne résulte que du désir de le revoir car c’est un homme, charmant… mais un homme avant tout.

Une chance… il la refusera très certainement. Vous ne risquez rien. Donnez moi votre accord. Autorisez moi à prononcer ces mots… Je vous en supplie, comme je vous ai supplié tant de fois… Accordez moi cette faveur. La dernière avant longtemps. Je ferais un effort, je vous le promets…

Il inspire, la main posée sur la poignée. Les roses frémissent une dernière fois accrochées à son corps avant qu’elles ne referment d’elles-mêmes les pans de sa veste longue. Il le contemple une dernière et murmure:


- Passez les voir quand vous le désirez…


Avant de sortir.
Et de rejoindre une prison
D’or, de ronces et de boutons de roses.
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Aramis
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MessageSujet: Re: Commande...   Sam 6 Sep - 22:24

Aramis n'avait pas envie de mourir. Sa vie était un désastre, mais c'était un désastre encore trop séduisant pour qu'il trouve la force de le quitter. Son attitude suicidaire n'était en réalité qu'un bluff aux conséquences mal mesurées, une pirouette par laquelle son esprit en lambeaux s'efforçait de quitter la scène sans contrarier encore davantage ses principes pervertis. Pourtant, l'espace d'une seconde, lorsque la Rose frémit pour mieux se détourner de lui et que l'Albërick décida de partir, Aramis désira qu'on le tue. Il eut la terrifiante envie de se jeter sur Méphistophélès, ou sur son épouse, ou sur les deux, pour qu'elle le lacère de ses épines empoisonnées, qu'elle lui ouvre la gorge et le laisse agoniser ainsi, parfumeur ensanglanté dans son antre tristement ravagé, nez d'exception qui pour dernière consolation se serait éteint au milieu de ses créations déjà évaporées.

Parce que s'il ne supportait pas qu'on le regarde avec dégoût, il admettait encore moins que l'on puisse se détourner de lui aussi facilement.

Ces nobles, tous les mêmes... Ambroise, qui avait essayé de déguerpir après l'avoir poignardé au coeur en dédaignant son parfum. Méphistophélès, qui s'en allait tête basse après avoir massacré l'un de ses rarissimes accès de sincérité. Tous les mêmes, tous des fumiers, ces gens auxquels il ignorait être lié par le sang. Ils cassaient, ils salissaient, ils broyaient, et ensuite ils fuyaient. Ce qui n'était pas devant leurs yeux n'existait pas, c'était bien connu, et il en allait ainsi des torts qu'ils causaient. Leur petit monde tournait autour d'eux, eux et eux seuls, et ils estimaient que lorsqu'ils auraient convenablement culpabilisé dans leur coin, tout serait réparé.

Lâches, ordures. C'est votre faute si je suis comme ça, c'est votre faute si...

Arrête de déconner Aramis: les autres t'ont fait du mal, mais si tu es ainsi c'est parce que ça t'arrange bien, et tu le sais pertinemment.

Le parfumeur se rendit compte qu'il avait toujours les bras écartés. Il les rabaissa avec la lenteur de celui qui sait qu'il s'est rendu ridicule. L'Albërick avait gagné la porte, sa Rose sur l'oreille, et si quelques jours auparavant Aramis avait trouvé la force de rattraper Ambroise dans une situation semblable, cette fois-ci il abandonna la bataille. La lutte était devenue insupportable à un point tel que l'odeur même des roses commençait à lui donner la nausée, tellement elle était belle, tellement elle avait un goût d'humiliation et de défaite. Il savait déjà que ce parfum le harcèlerait dans ses cauchemars jusqu'à la fin de ses jours.

Alors, avant de s'en aller, Méphistophélès se paya le luxe de paraître magnanime. Une phrase, qui était peut-être une tentative de consolation, ou au contraire une énième preuve d'arrogance, Aramis n'aurait pas su le dire. Une phrase qui blessa le parfumeur peut-être plus profondément que tout ce qui avait précédé.

Non seulement il avait dégoûté ce jeune noble, mais en plus il lui faisait pitié.

Il lui faisait pitié.

La porte se referma derrière l'Albërick, et le bel Aramis resta seul dans sa boutique dévastée, pâle, tremblant, le regard flou. Le baiser d'Ambroise l'avait totalement égaré. L'offre de Méphistophélès... Il avait envie de pleurer, de hurler, de briser les flacons qui restaient sur les étagères. De tuer quelqu'un, peut-être lui-même. De faire quelque chose, n'importe quoi, mais d'arrêter de penser. Oublier cette journée abominable, le Mearas, la Rose-Mère, oublier jusqu'au Soleil, et ne plus avoir conscience du Beau et de ce qu'on l'on perdait lorsqu'on n'y avait pas accès.


"Je suis vraiment désolé j'ai... par le grand Azur!"

Aramis se retourna mollement vers le pauvre Anton, qui avait enfin retrouvé la commande de Phoebé dans le bordel de Trévor. Le vendeur était resté sur le seuil du couloir qui menait à l'arrière-boutique, bouche-bée devant le désastre. Le parfumeur profita de l'instant de flottement pour regarder l'heure sur l'horloge du comptoir, et il fut surpris de constater que toute la scène n'avait pas pris vingt minutes. Dont peut-être cinq bonnes minutes d'hébétude après le départ de l'Albërick.

"Oh merde... Mais que... enfin merde quoi, qu'est-ce que c'est que ce chantier?! Tu as... Aramis, tu vas bien?"

Absent, le jeune homme continuait à observer la montre. Vingt minutes. Tout s'était écroulé en moins de vingt minutes. L'information lui paraissait tellement fantastique qu'il ne prêta aucunement attention au vendeur, qui s'approchait de lui à petits pas précautionneux. Il ne daigna tourner la tête que lorsque la main d'Anton se posa timidement sur son bras.

"Tu saignes..."

Il faillit en rire: alors ça, c'était le comble! Anton, le brave Anton, celui qu'il insultait à longueur de journées et méprisait ouvertement, Anton s'inquiétait pour lui au point de l'appeler Aramis et non Grenouille. Le parfumeur baissa les yeux vers cette caresse amicale qu'on daignait lui accorder alors qu'il était trop tard pour qu'elle soit efficace, et il dut admettre qu'il faisait quand même peur à voir, avec son col taché de sang et sa chemise déchirée de toute part. Sans parler de son expression, qu'il devinait très peu rassurante.

"Dis au patron qu'il doit voir avec Phoebé Adynla, à l'Opéra, pour le remboursement de la moitié des frais. Le reste, il n'aura qu'à le retenir sur ma paie."

"Mais qu'est-ce que..."

"Lache-moi s'il te plaît. Sinon je crois que je pourrais t'arracher les yeux."

Le vendeur resta un instant immobile, visiblement incapable de comprendre ce que Aramis venait de lui dire de sa belle voix posée. Le parfumeur accentua son affirmation d'un regard, et Anton s'écarta avec une exclamation étouffée: il avait toujours vu ce jeune homme comme un artiste au caractère exécrable, mais jamais il ne l'avait considéré comme dangereux - au contraire, il aurait été prêt à jurer que Aramis n'aurait pas fait de mal à une mouche. Sauf qu'en cet instant, il n'y avait plus personne aux commandes derrière les prunelles bois de rose du parfumeur, et que c'était tout simplement horrifiant.

"Aramis..."

"Fous-moi la paix."

Et l'immonde créature au coeur brisé retourna s'enfermer dans le cercueil ventilé qui lui servait de refuge.

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