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 Aramis

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Aramis
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MessageSujet: Aramis   14.10.07 23:02

Nom: Lekain, qui est le patronyme de sa mère

Prénom: Aramis

Surnom: Peste soit des romans célèbres, ses collègues de la parfumerie ont pris la fâcheuse habitude de l'appeler Grenouille, ce qu'il n'apprécie guère (même s'il ne le montre pas).

Age: 22 ans

Date de naissance: 11 février 239

Statut: Artiste anobli

Métier: Expert des sens, rêveur de senteurs: il vous faut un parfum, il vous le trouvera (en pratique, il ne dirige pas l'établissement, mais il en est incontestablement le nez le plus doué).

Lieu de naissance: Ville Haute

Lieu de résidence: les Esagils

Lieu de travail: "Nuits d'Ivresse", une parfumerie très cotée située aux abords immédiats du Pairidaeza.

*****


Caractère: Caractère? Quel caractère? Qui donc ici peut se vanter d'avoir un caractère à décrire? Certes, on peut exposer ses affinités, partager les traits moraux que de toute façon on expose au monde. Mais qui ose trahir les pensées qu'il préserve au creux de son âme, loin, très loin des regards étrangers?

Tout n'est qu'apparence, et Aramis plus que tout autre. Primesautier, inconstant, le jeune homme a le sourire facile, l'œil pétillant, le contact instinctif. Laissez-moi vous le présenter. Le voilà déjà ravi de vous rencontrer, comblé de l'intérêt que vous lui portez. Il vous sert la main, en profite pour vous glisser une plaisanterie à l'oreille, note au passage quelle fragrance vous portez - c'est que pour lui, vous êtes déjà un parfum, avec votre note de tête, votre cœur, votre fond. Il sourit toujours, rit parfois, et même si ce son vous paraît un peu creux, il est plaisant. Et soudain, au moment où vous remarquez l'étrange éclat de ses yeux, il vous demande combien d'amants a votre femme. Choc. Déjà Aramis rit, déjà il passe à autre chose, et tourne son insulte de telle manière que vous-même ne pouvez pas vous empêcher de la trouver drôle. Mais un instant, un infime instant, vous avez cru que...

C'est qu'on apprend tant de choses sur les gens par leur odeur, vous savez. Qui a une bonne hygiène, bien sûr, mais également qui mange trop de chocolat, qui a couché avec un garçon la veille, qui frappe sa femme et qui trompe son conjoint. Si si, on peut savoir tout ça. Question d'entraînement (un petit don peut être utile).

Ainsi Aramis pense-t-il tout savoir de ceux qu'il croise, tout de suite, de manière exhaustive. Et si souvent, ce qu'il a senti était si triste et si laid... Alors ses flatteries se sont faites cyniques, ses plaisanteries sont devenues morsures. S'il est si facilement obséquieux, c'est pour mieux se moquer de ses pairs, sans pitié, sans concession. Il n'est que mépris et ironie. Arrogant? Oui, bien sûr, tel que vous le voyez il est l'incarnation de l'arrogance. C'est que lui sait, à travers ses rêves d'huiles essentielles et ses fantasmes de couleurs, ce que l'humanité rate en s'enlisant dans tous ces charnels tourments. Il est convaincu que lui, au moins, à une idée de ce qu'est le Soleil - et peut-être que les Etoiles aussi le savent, mais il reste très discret sur ses convictions à ce sujet.

Voilà pour les apparences.

Maintenant, passez un peu de temps avec lui. Très vite, ce que vous avez aperçu dans ses yeux se confirme, la cassure entrevue se fait béante. Les incohérences se multiplient. Giflez-le, embrassez-le. Vous obtiendrez à chaque fois le même éclat de rire. Si vous ne lui plaisez pas, jamais vous n'aurez de parfum de sa part, mais sur une simple demande il passera la nuit dans votre lit - notez qu'il préfère les hommes, ou à défaut les femmes très dominatrices. Il restera auprès de vous au moins le temps de vous provoquer et de vous pousser à bout pour décider que finalement non, ce soir il ne couche pas. Sans raison. Comme ça. Son don est intouchable et impossible à négocier, mais tout le reste peut s'acheter deux fois plutôt qu'une. Car après tout, même s'il vaut mieux que vous, il reste humain, donc méprisable.

Vous ne comprenez pas. Vous vous dites qu'il doit bien y avoir une logique derrière tout ceci, qu'un tel comportement ne peut s'expliquer par lui-même. Qu'une âme tortueuse et blessée doit se cacher dans ce corps si facilement méprisé, derrière cette voix de jeune homme complètement désabusé. Honnêtement, c'est ce que je pense aussi. Sauf quand je vois ce fichu éclat dans ses yeux bruns, et que je me dis que peut-être, derrière les apparences, il n'y a juste... rien.





Physique: Le démon n'aurait sans doute pas tant de poison a distiller s'il n'avait pas une telle apparence pour se dissimuler. Car si Aramis est surtout charmant parce qu'il est charmeur, on ne peut rester insensible à l'étrange harmonie de son long corps élastique, qui serait déjà très glabre s'il ne s'en occupait pas. Ses gestes sont aisés, son pas assuré. Les vêtements, de marque et près du corps (à quoi servirait-il d'être aussi svelte dans le cas contraire?). Souvent un col droit, et des gants sur ses doigts sensibles au froid. En général, sa gestuelle et son attitude sont nettement masculines, mais pour peu qu'il désire plaire à un homme de passage, Aramis peut acquérir des manières stupéfiantes de féminité.

Le principal malaise quant à cet état de fait est dû au visage du parfumeur. Si le front large, les sourcils non épilés et le regard brun sont bien ceux d'un garçon, sa mâchoire trop fine et ses lèvres accentuées lui donnent le sourire d'une fille. Et puis il y a son nez, son si précieux nez, aquilin, aux ailes fines et délicates. Vous le verrez parfois avec un oeil poché ou une lèvre fendue, muettes sanctions pour une provocation en trop, mais jamais de blessure plus grave: Aramis sait très bien arrêter le jeu dès qu'il y a risque de coup de poing, car il ne peut prendre le risque de voir casser son outil le plus précieux.

Puisque nous parlons de blessures, notons également ces quelques cicatrices qui parsèment sa peau d'albâtre, pas si nombreuses que cela, mais tout de même trop par rapport à la moyenne des citadins de Tsel. Du moins, pour ceux qui ont des mœurs plus ordinaires que notre intrépide parfumeur.

Encore et toujours le même paradoxe: Aramis prend soin de lui, de sa peau, de son visage, pour détruire en l'espace d'une nuit ce qu'il a mis des mois à construire. Une dualité pathologique que l'on peut parfois surprendre dans ses prunelles couleur noisette, le temps d'un éclat, le temps d'une pensée. Le temps de se dire que ce charmant éphèbe volontiers lascif doit savoir mordre.




Signe particulier: Rien de très exceptionnel, à part son organe olfactif particulièrement développé, bien sûr. Une particularité pas toujours facile à gérer, d'ailleurs, alors ne vous étonnez pas si vous le croisez avec du coton parfumé dans les narines. On notera également que malgré sa vie plutôt débauchée, il ne touche ni à la drogue, ni à l'alcool, le risque que cela nuise à son odorat étant trop important. Juste une faiblesse concernant le chocolat...

Autre point intéressant: il a un père très célèbre et très libertin, et un demi-frère en passe de devenir tout aussi célèbre et beaucoup moins libertin, mais en bon fils illégitime, il ne connaît ni l'un ni l'autre.

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MessageSujet: Re: Aramis   20.10.07 21:49

~|Histoire|~




Vingt-deux années, petit être. Qu'est-ce donc à l'échelle du monde, à l'échelle de cette Histoire immobilisée, de cette planète enlisée dans les cendres neigeuses de sa propre déchéance? Qu'es-tu, toi, face à l'obscurité perpétuelle, à la mort des Étoiles, aux larmes des astres voilés?

Et pourtant, regarde-toi marcher dans la rue, tête haute, sourire insolent aux lèvres, l'œil charmeur. Tu te dis important. Tu te dis unique. Tu te dis libre.

Pauvre fou que tu es, as-tu seulement pensé qu'en plus, tu pouvais avoir raison?


*****


"Je suis rentré."

C'était une phrase neutre, strictement informelle. Pas spécialement le cri enthousiaste qu'on était en droit d'attendre d'un garçon de huit ans tout juste arrivé à la maison après sa journée d'école, alors qu'en plus sa mère était là.

C'était la phrase qu'il prononçait tous les soirs de semaine depuis maintenant trois ans. Il n'avait jamais eu de réponse.

"Salut champion!"

Ah si, de tant à autre, quand Hélios était là - Hélios... mais quelle idée de donner un prénom aussi fabuleux à un imbécile pareil... Le voilà qui pointait son nez dans le couloir, d'ailleurs, histoire de s'assurer que le gosse de sa petite amie était en bon état. Aramis n'appréciait pas son visage rond et son perpétuel sourire ravi, mais c'était déjà tellement mieux que la figure monoexpressive de sa mère qu'il ne pouvait s'empêcher de lui rendre sa grimace.

"C'était bien l'école?"

Signe de tête affirmatif. Satisfait, Hélios s'en retourna à son jeu vidéo en 3D, et le sourire de l'enfant disparut aussi vite qu'il était arrivé. Bien sûr que c'était bien l'école, tout était bien par rapport à ce qu'on lui infligeait ici. Aramis ôta ses chaussures aux lacets gelés, étendit soigneusement sa parka dégoulinante, avant de passer devant la porte du salon pour atteindre la cuisine. Il n'avait pas besoin de tourner la tête pour savoir ce que faisait sa mère, pour voir ses beaux yeux de biche bleuis par les cernes, pour voir ses vêtements usés, son corps mou tassé dans le canapé tandis qu'elle regardait pour la énième fois l'un de ces téléfilms préfabriqués destinés à la population des classes moyennes (en-dessous, les gens n'avaient que rarement un téléviseur). A croire qu'elle n'avait pas quitté ce fichu canapé depuis que Hélios pouvait faire les courses à sa place et que Aramis était assez grand pour atteindre les plaques chauffantes.

Non pas qu'il détestât cuisiner, au contraire. Il y avait pour lui quelque chose d'extrêmement agréable, une sorte de plaisir créatif primaire, à percevoir le fumet d'une grillade, la senteur d'une soupe de légumes - oui, ils avaient de quoi s'offrir des produits frais une fois par mois. Les voisins s'indignaient d'ailleurs d'un luxe aussi indécent. Et à chaque fois, alors qu'Hélios plongeait tête la première dans son assiette pour la vider à grandes lampées, alors que sa mère la sirotait distraitement comme elle le faisait avec tous les produits lyophilisés habituels, Aramis restait un long moment devant son assiette, les yeux mi-clos, cherchant à comprendre comment la vapeur qui lui montait au visage pouvait lui évoquer aussi parfaitement la chaleur d'une serre, le réconfort d'une étreinte, un grand-père maternel entrevu une unique fois, tout cela noyé, submergé par la puissante saveur orange de tubercules qu'il n'avait jamais vus de sa vie.

Mais ce n'était rien comparé au chocolat.

Soudain habité par cette pensée comme si elle le harcelait depuis des lunes, Aramis eut envie de sacrifier leurs derniers oeufs, là, maintenant, tout de suite, pour faire un gâteau au chocolat. Il en avait envie comme un héroïnomane de sa dose, un désir devenu besoin, poignant, exigeant, sans justification et donc d'autant plus fort et indomptable. Il fouillait dans les placards, et déjà il imaginait l'arôme amer du cacao, ses volutes noires qui tissaient des fèves dans ses narines, la griffe sucrée qui cisaillait ses narines avant de dévaler sa gorge, semant derrière-elle un chapelet de joies innocentes enrobées de plaisirs simples. Odeur de luxe, parfum d'argent, relents lointains de ce père absent, aux différentes bourses assez remplies pour concevoir un enfant et l'entretenir, mais au cœur trop vide pour le rencontrer une seule fois.

Mais au diable son père, il y avait bien plus grave: Aramis ne trouvait pas le reste de chocolat. Il l'avait mis de côté, pourtant, il s'en rappelait, un petit bloc précautionneusement drapé d'aluminium. Il croyait même percevoir encore quelques lambeaux de rêve dans le placard où il l'avait entreposé. A genoux sur le plan de travail, le garçon avança un peu la tête, et ses narines confirmèrent leur première impression. Le bloc était encore là ce matin. Il n'aurait pas su l'expliquer avec précision, mais il en était sûr.

"Du chocolat, tu dis? J'ai rien vu, moi."

Ton rêveur d'Hélios, au regard fort opportunément caché par les lunettes de son simulateur. Aramis laissa son visage se décomposer: pas besoin d'un don pour percevoir le mensonge de l'homme. Puéril. Douloureux. Sur un coup de tête, l'enfant décida soudain d'aller dans la pièce à côté, de faire irruption dans ce petit salon qui était le territoire de sa mère. C'était sans espoir, mais à huit ans, ces quatre mots ne sont jamais une évidence frappante.

"Maman? Hélios a mangé le chocolat que j'avais mis de côté."

Lourdement le regard ensommeillé se détourna du petit écran, observa un instant le petit garçon planté sur le seuil, comme s'il avait du mal à le reconnaître. Comme à chaque fois qu'il croisait ces prunelles voilées, Aramis sentit sa gorge se nouer, ses propres yeux s'embuer. Et comme toujours, sa mère le reconnut, et l'indifférence devint chagrin, et l'indifférence devint rancœur, et lui eut l'impression que la détresse et la colère l'empêchaient de respirer.

"Égoïste... bien comme ton père..."

Lui, égoïste. Pas Hélios, lui. Parce qu'il ressemblait tellement à son père, bien sûr, il était le portrait craché de ce salaud, et peu importe que tout le monde pense qu'il lui ressemblait à elle, parce qu'elle savait, elle, elle reconnaissait ce regard, cette manie d'être toujours contrarié, et cette salle habitude de rêvasser tout le temps, comme s'il voyait des choses qu'elle ne parviendrait même pas à imaginer. Ce pauvre type. Ce sale gosse.

Aramis retourna dans la cuisine pour y préparer un dîner tristement conventionnel. Il s'obligeait à ne pas pleurer, car les larmes le privaient de la dernière chose qui lui plaisait dans cet appartement: les odeurs.

*****


Tu ne trouves pas ça triste, toi? Tu n'es pas malheureux, lorsque tu te remémores toute cette indifférence, pire que la haine, pire que les coups?

Ah c'est vrai, excuse-moi. Tu prends soin de ne pas t'en souvenir. Comme tu as oublié de détester ce père sans scrupule, qui a utilisé puis jeté ta mère comme il l'aurait fait d'un tas de viande périmé. Tu l'as oublié lui, mais pas elle, n'est-ce pas? Cette idiote, cette gourde, qui n'a pas su se défendre, qui n'as pas su TE défendre. Cette conne qui ne pouvait te regarder sans se mettre à pleurer.

Mais d'un autre côté, c'est vrai qu'elle ne t'a jamais aidé à aller de l'avant. Cette énergie qui te consumait, cette perpétuelle envie de plaire, et surtout ces odeurs qui t'exaltaient et te rendaient fou, c'est ton instituteur qui les a remarqués, pas elle. C'est lui qui a parlé de toi à un conseil de nobles, pas elle. C'est lui qui t'a permis d'obtenir cette bourse d'étude pour intégrer un lycée généraliste, pour devenir l'élève d'un des deux seuls parfumeurs de Tsel. Pas elle. Elle, elle voulait t'envoyer à la milice. Parce que l'argent de ton père le lui permettait tout juste.

Oui, tu as raison, tout a toujours été de sa faute. Même le fait qu'elle se soit pendue, le jour de ton treizième anniversaire. Après que tu sois passé la voir.


*****


Il avait fière allure, à présent, le bel Aramis; son squelette malingre était devenu le corps élastique d'un mannequin, ses traits de petit garçon s'étaient affinés et anoblis pour lui offrir le visage d'un séduisant éphèbe. Il était beau, à sa manière. Mais ne le voyait pas. Parce que son nez trop fin et sa bouche trop délicate ressemblaient à ceux d'une jouvencelle, parce que cette étrange manie qu'il avait de se boucher le nez pour un oui ou pour un non en faisait un adolescent maniéré, cible idéale de toutes les moqueries.

Parce qu'il avait réalisé, lorsque sa mère l'avait vu pour la dernière fois et qu'elle avait pâli, que finalement il ressemblait peut-être plus à son père qu'il ne le croyait.

Mais pour une raillerie de plus, tout cela allait changer.

"Salut ptit pédé."

Aramis ne tourna même pas la tête. L'habitude. Un peu de honte, sans doute, dans son esprit encore informe d'enfant indécis. Il continua à marcher dans le couloir, en espérant qu'on le laisserait tranquille, que ce soir il pourrait rejoindre sa chambre sans qu'on le harcèle davantage.

"Eh, j'te cause!"

Petit con d'enfant de noblaillon... Il était interdit de leur rendre leur regard, mais obligatoire de leur répondre. Aramis fit l'inverse, dardant en silence ses prunelles méprisantes vers cet imbécile qui empestait le tabac synthétique. Pour lui, tous ces crétins avaient le faciès lisse d'Hélios.

Prévisible, tellement prévisible... Le fait que soudain l'imbécile outragé se détache du mur contre lequel il s'adossait, le fait que ses deux gorilles favoris lui emboîtent le pas, le fait que les conversations aux alentours baissent d'un ton. Aramis laissa l'adolescent venir à lui, en s'appliquant à conserver un visage neutre. On l'insultait pas mal, mais on n'avait encore jamais porté la main sur lui. Alors autant crever l'abcès; avec un peu de chance, il s'en tirerait sans autre dégât qu'une petite bousculade.

Une tête près de la sienne, des sourcils froncés au-dessus d'un regard belliqueux, une mâchoire contractée. Près, très près, jusqu'à ce que leurs fronts se touchent presque, parce que l'autre se croyait intimidant ainsi, parce qu'il voulait effrayer sa victime avant de lui casser la gueule. Il était bien loin d'imaginer que si Aramis ne bougeait pas, ce n'était pas par défi, mais par surprise.

Car tout ce que l'androgyne jeune homme trouvait à se dire, c'était que malgré son haleine goudronnée, son agresseur vu d'aussi près avait un côté séduisant.

"Dis-moi la tarlouze, tu cherches la merde?"

Qui pourrait comprendre ce qu'il se passa alors? Qui pourrait analyser l'élan suicidaire qui traversa la pensée d'Aramis, qui pourrait expliquer quelle pulsion viscérale le poussa alors à se jeter dans les bras de son agresseur? Qui pourrait dire pourquoi la main qu'il glissa entre les cuisses du garçon ne cherchait pas tant à écraser qu'à caresser, pourquoi au lieu de mordre il voulut embrasser?

Repousse, frappe et crie, Aramis venait de se faire jeter à terre d'un coup de poing d'anthologie. Il leva la tête, vit la figure écarlate de l'autre adolescent, ses lèvres tremblantes, son expression choquée. Et ce qui évita au futur parfumeur de se faire tuer, ce qui lui permit de se défendre d'une seule phrase.

"Ca te dérange tant que ça que je te fasse bander?"

Certes, il y eut des coups de pied, et Dieu sait que l'autre n'y alla pas de main morte, mais cela ne fut pas long. Très vite l'anonyme idiot dut fuir, loin des regards fixés sur son entrejambe, loin des murmures et des rumeurs naissantes, loin d'un enfer qui avait été celui d'Aramis et qui bientôt serait le sien.

Certes, il y eut des coups de pied, mais l'androgyne jeune homme était ailleurs. Le regard vide, il se protégeait distraitement le visage (et surtout le nez) de ses mains gantées, dissimulant ainsi le sourire ambigu, dérangeant, qui venait de fleurir sur ses lèvres et qui plus jamais ne les quitterait. Plus que la douleur des impacts, c'était la brûlure d'une révélation qui lui ravageait les entrailles, l'écrasante certitude de la jouissance qu'il avait eu de voir ces traits bouleversés, cette vulnérabilité confuse de l'être qu'il avait piégé. Pour la première fois de toute sa vie, il avait trouvé le moyen de prendre l'ascendant sur quelqu'un de plus fort que lui. Et c'était tout simplement le plaisir le plus intense qu'il ait jamais connu.

Qu'il préférât les garçons, à défaut de l'accepter, il s'en doutait. Mais jamais il n'avait songé à faire une arme de cette "faiblesse". Un homosexuel assumé aurait simplement été heureux. Un homosexuel malin et un tantinet dérangé pouvait faire de sa vie un continuel orgasme.

*****


C'est bien, petit être, fais comme il te plaît. Continue donc à te brader, à offrir ce corps que tu ignores à ces gens que tu méprises. Poursuis ta course folle, achève cet enfant que tu renies, et quitte à aimer le corps des hommes, apprends à les manipuler pour enfin te sentir en paix.

Tu ignores ce qu'est l'amour, et comment pourrait-on t'en blâmer? C'est si compliqué d'aimer, ça fait tant souffrir... Bien plus en tout cas que la jouissance que tu trouves dans tes perverses séductions, dans tes charmes et ta provocation. Car ça te plaît, n'est-ce pas? Cet instant où ils gémissent sous tes caresses, où ils tremblent à l'idée de te posséder? Cet instant que tu prolonges au-delà de toute raison, où tu te délectes de les savoir en ton pouvoir, et après lequel tu fais finalement mine de te refuser à eux. Pour qu'ils te prennent tout de même, bien sûr, mais avec violence, hargne et désespoir, pour que tu sois sûr que ça fasse mal, pour que tu sois sûr d'adorer la vanité d'un tel geste. Car si tu te mettais à aimer ce qu'ils te font autant qu'ils aiment ce que tu leur fais, tu ne contrôlerais plus rien.

Et le contrôle, c'est tout ce qu'il te reste.

A part le Soleil.

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MessageSujet: Re: Aramis   20.10.07 21:50

*****


Cela s'est passé il y a environ trois mois, à présent, peut-être en avril ou en mai. Trois mois pendant lesquels Aramis est passé du statut de bon parfumeur à celui de génie.

Il était environ six heures du matin, et les bas-quartiers somnolaient après avoir célébré un mariage au pied de la Grande Déchue. Emmitouflé jusqu'aux yeux pour éviter son grand ennemi le rhume, Aramis marchait tranquillement dans la rue déserte, bien loin de l'attitude craintive qui aurait pu trahir son véritable statut. C'est qu'il habitait les Esagils, à présent, et ce n'était pas rien.

Mais son amour de la Basse-Ville n'en était sorti que renforcé, comme la mauvaise herbe qu'il était. C'était une affection perverse qui poussait Aramis dans les quartiers déchus, envie morbide de se délecter de la misère d'autrui, de s'imbiber d'odeurs ordurières avant de retrouver son si bel antre, au Pairidaeza. La veille, il avait presque tourné de l'œil à cause de la sueur des corps mal nettoyés qui se pressaient les uns contre les autres pour danser dans ce froid, mais il n'en était pas moins resté jusqu'au bout, pour se mêler à cette marée puante d'humains, y repérer un visage acceptable, l'embrasser et passer la nuit avec lui. Baiser, faire semblant de dormir, et filer avant l'aurore sans laisser d'adresse.

Notez que les riches ne valaient pas mieux que les pauvres - les nobles étaient tout aussi drogués, pas beaucoup plus propres, et bien plus pervers. Mais parfois ils avaient du chocolat dans leurs placards.

Aramis marchait vite, pressé de prendre une douche et d'aller à la parfumerie, et c'est pourquoi il faillit ne pas les voir. Mais comme tout habitant de Tsel, il était devenu plus ou moins hypersensible aux fortes luminosités, et la pluie d'étincelles qui jaillit soudain sous un porche d'en face attira son attention comme aurait pu le faire un cri de joie.

Ils étaient deux, au sexe indéterminé, penchés sur leurs mains ouvertes. Pour un petit concours, peut-être, un petit concours stupide car fait en pleine rue, un petit concours qui aurait pu leur coûter la vie. Un petit concours qui changea la vie d'Aramis.

Les lucioles de flammes, si brillantes, si douces, fragments d'un astre oublié, étaient merveilleuses. Mais ce qui porta le jeune homme à l'extase, la béatitude la plus absolue, la jouissance innocente qu'aucune coucherie ne lui apporterait jamais, ce fut leur odeur.

Les flammes s'étaient faites sirop d'or, elles avaient empli ses narines, coulé dans sa gorge, gerbes de blé mûres, foin, fruits gorgés de sucre. Une odeur jaune, une odeur ocre même, pour la pointe de rouge, le bout de piment qui relève le reste et lui confère sa chaleur. La peau en sueur d'une jeune femme, une gerbe d'écume pour le sel, une cascade de sucre. La Vie, jaune vif, la Vie et le sang unis en une unique lueur de mythologie qui donnait envie de poursuivre cette odeur jusqu'au bout du monde pour l'acculer juste au bord des étoiles, pour s'en repaître encore et encore, s'en gorger comme une orange l'aurait fait des rayons du...

Soleil. C'était le Soleil.

Et puis les Étoiles l'avaient vue. Elles s'étaient évaporées, emportant avec elles leurs étincelles et leurs espoirs. Le parfum était parti à son tour. Et Aramis avait pleuré.

*****


Continue, Aramis, poursuis ton Soleil, poursuis les Étoiles. Fantasme sur ce vœu, cet unique vœu que peut-être éventuellement un jour lointain tu pourras formuler... Continue à te détruire, à te donner convulsivement, continue à baiser au lieu de faire l'amour. Ce que tu caches ainsi, ce que tu espères, toi seul le sait.

Peut-être ne reste-t-il rien à sauver de ce champ de ruines en perpétuel bouleversement, peut-être n'es-tu qu'un petit salaud opportuniste, digne de ton père.

Peut-être ton plaisir faces aux étincelles que tu as entrevues sont-elles tout ce qu'il subsiste de l'enfant ignoré, triste de ne pouvoir faire son gâteau au chocolat.

Mais si j'étais ceux que tu séduis si facilement, je ne me fierais pas trop à cette dernière hypothèse.

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Synthèse
* Constellation protectrice *: Verseau
* Pouvoir Astral *: Télépathie, empathie, télékynésie, ...
Particularité:

MessageSujet: Re: Aramis   20.10.07 22:16

*note: chercher un smiley qui bave par hectolitres*

Fiche validée, bien sûr
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MessageSujet: Re: Aramis   20.10.07 22:19

Diantre, mon perso plaît à l'admin, quelle stupeur! XD

Merci. ^^ calinou

---

Une petite note sur la perversion


Comme le mot est plus que courant sur ce forum ( Rolling Eyes), je me permets de faire une petite mise au point sur le caractère d'Aramis, vu qu'apparemment le style de sa description morale nuit un peu à son exactitude: quand il est dit qu'Aramis est un pervers, c'est qu'il est vraiment atteint de perversion, au sens psychanalytique du terme.


Wikipédia a écrit:
L'adulte est dit pervers s'il impose au dépend de l'autre une situation qui le satisfait lui. Les traits caractéristiques de ce mécanisme de défense sont donc la manipulation et le refus des envies et besoins de l'autre au profit des siens. La perversion sexuelle n'en est qu'une expression, alors pour éviter l'amalgame induit par le sens courant, on parle aussi de perversion morale.
Contrairement aux idées reçues, les pervers pathologiques sont ainsi tout sauf imaginatifs. Là où les névrosés (les gens normaux) disposent de fantasmes qui égayent leur plaisir et le font varier à l'infini, un pervers n'a qu'un seul et unique scénario capable de le faire jouir. S'il en sort, non seulement il n'éprouve plus aucun plaisir, mais en plus sa réaction peut être très violente, car l'angoisse de ne plus maîtriser son schéma de jouissance est tout simplement insupportable.
Un pervers dont on brise le système préconçu peut aussi bien fondre en larmes que trucider le responsable de sa déconvenue.

En ce qui concerne Aramis, on ne s'étonnera donc pas qu'il batifole avec tout le monde, mais que dans la plupart des cas il finisse par fuir avant le point de non retour - tout simplement parce que la plupart des gens ne correspondent pas à ce qu'il recherche. Un seul type de relation peut lui procurer de la jouissance. Mais à l'inverse, on peut noter que toute situation où il impose ses envies à un autre lui apportera au moins un peu de plaisir. Et plus il y aura nuisance, plus cela lui plaira.

En clair?

Je serais vous, je passerais mon chemin. Vite.

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