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 /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.

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Ambroise
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MessageSujet: /! Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   07.09.08 21:05

[PV: Aramis]



[Référence: Demain dès l'aube, Les Contemplations, Victor Hugo]

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.


La vie avait repris ses droits, et l'horreur le disputait déjà à ces langueurs folles aux saveurs d'interdit qui flottaient encore sur ses lèvres pâles.
Il l'avait embrassé...
Il l'avait embrassé comme il n'avait jamais embrassé, comme il n'avait jamais aimé et un univers s'était enfin révélé à lui... un univers vague et imparfait, un univers trop grand, trop dément pour être saisi.
Des siècles de poésie, de romans, de théâtre avaient fait de son âme délaissée le jouet de leurs auteurs oubliés.

Il l'avait embrassé...
Oh ciel, pourquoi ces larmes, pourquoi ce sourire et ces regards inlassablement tournés vers la voûte enténébrée?

Il l'avait embrassé et déjà ce souvenir se confondait à l'amertume d'une existence où les seules vagues traçant à même la grève leurs sarments de vices et d'indignités quotidiennes n'étaient qu'un flot purulent d'infâmies et de cauchemars ensevelis. Tant la poisse que la bile n'étaient jamais de trop pour obscurcir les coquillages nacrés d'algues acidulées...

Connard!
Infâme connard!
je le hais, je...
Pourquoi m'avoir dérobé mon bien le plus cher?
Pourquoi...
Pourquoi...?



Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.


Et malgré les ombres érigeant de leurs croix sacrilèges les nouveaux carnages ensanglantant la ville, malgré les cris, les batailles, Ambrosio vivait tout ceci avec l'aspect irréel et lointain d'un rêve filé. Ambroise dirigeait la silhouette, donnait des ordres, prenait des décisions avec cette mécanique propre d'automate conditionné, réfléchissant au gré des schémas et possibilités, jaugeant, jugeant, soupesant...
Mais Ambrosio...
Ambrosio...

Ce nom comme un écho lointain ne portait plus en lui qu'égarement et douleur, déchirement et...
Retrouvailles.
Savais-tu, toi, que cela faisait si mal...
Mal à en rire...
Mal à en pleurer...
Mal à en aimer.

Oh non il ne sait pas Le tyrannique, le cruel...
Scélérat, monstre sacré, quel besoin avais-tu d'abandonner ton âme, te faire le complice de ces ignominies à peine masqués...?

Il est fatigué, usé, et le siècle le dispute aux horreurs d'un moment, au moment dédié aux outrages... Enchaîné à son métier telle une parque condamnée, l'infâme continuait avec une joie démentielle son sinistre ouvrage.

Frappe Destin, fauche Misère, et de ces Vertus détrônées exigez le pouvoir d'accroître vos supplices. Que dans la geôle la jeune fille sans complaisance pour ses bourreaux puisse goûter pleinement au poids de son tourment.

Perfide!
Le voici passant en revue ses hommes...
Connard!
Jamais je ne m'abaisserais à nouveau.


Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.


Alors que signifient ces roses, comme une vénéneuse auréole au parfum décadent... décati?
Elle est triste la bougie sous le souffle glacé d'un cantique de minuit, et déjà le soir égrène ses vapeurs... Ecume la drogue, sinistre encensoir, bouquet venimeux.



Il avait pleuré.
Longtemps...
Long... temps.
Mais qu'est le temps pour l'amant délaissé, l'amoureux abandonné? Voguent les hirondelles en ce ciel bas et lourd alors que ta conscience se fait abat-jour, égide d'une âme esseulée...
Il avait pleuré et déjà les larmes roulaient sur cette méridienne où, il y a longtemps...
Long... temps.
Bien trop loin le jour obscur qui vit naître d'un enfant révélé l'aveu de ses souffrances passées.
Nostalgie et douleur.
Quel amer cadeau pour ce jeune coeur vieilli puis rajeuni avant l'heure.

Lire ces vers le ramenait si loin en arrière, et Ambrosio gémissait, transi de froid en sa prison de peurs...

Et Ambroise...
Ambroise...

Ambroise avait agi.
Il avait annulé ses rendez-vous, sa soirée à l'opéra, avait commandé un bouquet de fleurs, s'était vêtu élégamment...
Laissant ces étoffes satinées recouvrir son corps pâle, aux teintes azurées il avait entremêlé les tons éclatants de corolles à la chaleur verdoyante. Lys et liserés étalaient leur céleste nuageux sur le rouge le plus passionné, et à la pureté virginale se mariaient l'iris fauve et l'incandescence d'un écrivain qui, malgré son habitude à manier les mots, ne savait comment dévoiler le feu couvant sous ces neiges sublimées...
Esprit glacé.

Et déjà le sourire ourle sa lèvre...
Infernal
Sa prunelle sertie d'assurance se veut le reflet d'une mélodie brillante d'avidité, cependant voilée par la politesse des premiers échanges, des salutations qui en un coup d'oeil en révèlent long...
Ou pas.
Sans trembler, sa main s'élève et vient toquer les premiers coups d'une pièce, lever le rideau sur une interruption brutale...
Leur serait-elle fatale?
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Aramis
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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   08.09.08 13:50

Le bel appartement était aussi bien rangé que d'habitude. Les poubelles étaient vides, la vaisselle faite, les draps propres, le linge lavé. Du sol au plafond, le petit duplex était tout simplement éclatant de propreté. Evidemment, vu ses revenus, Aramis pouvait se payer le luxe d'engager quelqu'un pour faire son ménage. Mais même le plus appliqué des domestiques n'aurait pu obtenir ce résultat: ce rangement rigoureux à en faire peur était incontestablement la marque du maniaque qui vivait en ces lieux, un maniaque qui ne supportait pas la moindre mauvaise odeur.

Oui, l'appartement était impeccable. Rien dans son apparence ne permettait de deviner que depuis peu le propriétaire était dépressif au dernier degré. Sauf peut-être la silhouette cachée dans le lit de la mezzanine, encore ensevelie sous ses draps à une heure aussi tardive de la matinée.

La tête sous l'oreiller, Aramis s'efforçait de tout oublier en se noyant dans l'odeur d'eucalyptus qui émanait de ses draps. D'habitude il ne parfumait pas sa couche, cela l'empêchait de dormir, mais ces derniers temps cela s'était imposé comme un moyen de survie: Tsel puait, elle puait comme jamais auparavant, et même le sophistiqué système de ventilation des Esagils avait déclaré forfait devant ces relents de brûlé et de pourriture. L'odeur des cadavres qui se décomposaient sur les remparts rampait dans toute la ville, s'immiscait par le moindre interstice, la moindre fenêtre entrouverte, et cette odeur de mort était tellement continue et insupportable que plus d'une fois Aramis s'était malgré lui mis à pleurer.

Quelqu'un frappa à la porte. Le jeune homme se contenta d'appuyer davantage son oreiller sur sa tête. Il ne voulait voir personne.

Tsel était devenu un monde hostile. Et si seulement lui-même s'était trouvé dans son état normal... Mais depuis le saccage de la parfumerie, plus rien n'était normal pour Aramis, absolument plus rien. Le baiser d'Ambroise. Le parfum de la Rose Mère. Plus il s'efforçait de chasser ces souvenirs, et plus ils l'envahissaient, prenant comme passerelle la fantastique mémoire olfactive de ce bel éphèbe qui n'oubliait jamais une odeur. Ils parasitaient ses pensées, troublaient son sommeil. Ambroise au goût de Rose, Rose aux yeux d'Ambroise...

Rien n'était parvenu à l'extraire de ce vertige continuel. Rageur, il avait finalement dit à son patron d'envoyer la facture aux Albërick. Quelqu'un avait réglé en prenant en charge les serres du Pairidaeza destinées aux Nuits d'Ivresse, et ce sans faire de commentaire ou opposer la moindre objection. Désespéré, Aramis avait ensuite essayé de chasser le Mearas de sa tête en lui renvoyant ses écrits, son foutu tas de papier, et peu lui importait de perdre ainsi leur confrontation, tout ce qu'il voulait c'était ne plus jamais avoir affaire à l'odeur de cet homme. Dans la même optique, il avait joint le parfum commandé aux feuilles volantes. Un magnifique parfum, serti dans du cristal de première qualité, savamment travaillé pour imiter la forme d'une plume d'oie dans un encrier. Un somptueux parfum, qu'il avait évidemment appelé Ambrosio, comme celui qui avait signé les quelques vers dérobés.

Avant de quitter sa création, Aramis l'avait senti une dernière fois. Et, les larmes aux yeux de devoir oublier ce qui restait l'une de ses plus belles oeuvres, il ne put s'empêcher un erreur supplémentaire: glisser un mot avec le parfum. Un mot au sens littéral du terme, un simple "imbécile" tracé d'une écriture furieuse et perclue de regrets. Il avait eu tort, il le savait, mais sur le coup il n'avait pas pu s'en empêcher.

Le visiteur insista, et Aramis laissa échapper un gémissement à mi-chemin entre le désespoir et la colère la plus absolue: ne pouvait-on donc pas le laisser tranquille?!

Se séparer de tout ce qui lui rappelait cette journée affreuse n'avait rien arrangé. Les souvenirs étaient toujours là, ils étaient peut-être même encore plus virulents qu'auparavant. Le jeune homme en devenait fou. Il voulut alors s'enterrer sous le travail, mais son esprit en surchauffe ne produisait aucun bon parfum. Obstiné, il insista. Il commença à gâcher des huiles essentielles plus précieuses que sa propre vie, il hurlait continuellement avec ses collègues, ses accès de rage faisaient fuir les clients. Le jour où il cassa une fiole d'extrait d'ylang-ylang, son patron décida de le mettre en congés forcés. Toutes les suppliques du parfumeur ne suffirent pas à le faire changer d'avis.

Ironiquement, le brave homme tenait sans doute sincèrement à ce que son apprenti se repose, le temps d'aller mieux. Mais pour quelqu'un dans l'état d'Aramis, rester à la maison sans rien faire était tout aussi catastrophique que de laisser sur le feu une bouilloire sans soupape.

Encore des coups sur la porte. Ulcéré, Aramis finit par repousser draps et oreillers, avant de s'extraire vivement du lit et de dévaler les escaliers si vit qu'il faillit rater une marche et se rompre le cou.


"Qui que vous soyez, foutez le camp! Je n'attends personne, je n'achète rien et je veux qu'on me laisse tranquille!"

Il s'approcha de la porte au pas de charge pour y flanquer un grand coup du plat de la main.

"Dégagez! Et ne vous avisez pas de re..."

Arrêt brutal. La main toujours sur le battant, les yeux soudain écarquillés, Aramis s'immobilisa complètement, sans avoir conscience qu'il était vaguement ridicule planté ainsi dans son entrée, vêtu en tout et pour tout d'un caleçon blanc.

Cette odeur. L'odeur qui lui parvenait par bouffées à travers le trou de la serrure, l'espace entre la porte et le sol, ceux entre elle et le chambranle. Des fleurs, plus d'une dizaine de fleurs. Quelques roses peu odorantes, rehaussées de lys et d'arums. Peut-être trois grosses marguerites, pour le visuel, mais pour Aramis c'était secondaire. Quelqu'un se tenait là-dehors avec un bouquet de fleurs fraîches qui coûtait les yeux de la tête. Quelqu'un qui, si sa propre odeur n'avait pas suffit à le trahir, avait revêtu un parfum que le jeune homme connaissait mieux que quiconque.

Lentement, sans même se donner la peine de jeter un coup d'oeil par l'oeilleton, Aramis laissa sa tête peser contre la porte, les yeux clos. Il tenta un vague sourire désabusé, mais son âme était trop obnubilée par cette vague de senteurs désirées et haïes pour commander convenablement son visage. Sa voix elle-même semblait indécise, incapable d'exprimer une émotion précise. Elle était simplement plus basse que d'habitude.


"Qu'est-ce que tu veux, Mearas? Tu m'as déjà pris tout ce que je pouvais te donner."

Pardon? Ah, son oeil? Oui, bien sûr, son oeil gauche, à moitié fermé par une hématome pour le moins disgrâcieux. C'est qu'Aramis avait tenté d'avoir recours à son calmant le plus efficace, comprenez-vous, et que vu la gravité de la situation il s'était efforcé de trouver un "partenaire" encore plus brutal et avide que d'habitude, un type qu'il pourrait rendre fou en un minimum de provocations. Tout ce qu'il y avait gagné, c'était un coup de poing magistral qui l'avait envoyé s'assomer contre le mur des toilettes crasseuses dans lesquelles ils se trouvaient. Lorsqu'il était revenu à lui, le type avait depuis longtemps fini son affaire et était reparti boire une autre bière. Aramis avait tant bien que mal refermé son pantalon déchiré et était simplement rentré chez lui. Pour la première fois de sa vie, il s'était trouvé pathétique.

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Ambroise
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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   09.09.08 5:35

...

Aramis...
Mon fils.
Mon propre sang rejeté, méprisé... ignoré.
Trouver les mots et le sourire quand il est si difficile de mentir...
Surtout quand le coeur ne sait pas...
mentir.


*Du temps où le ciel était encore bleu...
Voilà ce qui était le mieux.*

Comme il souffre, ce lent battement, et sa voix aux accents profonds vibre tel violoncelle, timbre de sel, amertume du son que l'on moissonne sous les chaleurs d'été.
Déjà la paresseuse cavalcade se précise, archet morne sur acajou salé.


"Si je savais jouer, j'aurais pu...
J'aurais pu, peut-être, me faire comprendre."

Aviver à la grâce d'un air devenu messager... messager de senteurs, Hermès esclave d'Orphée la mélodie qui t'inspira ce parfum...
Mais non.
Rien.
Rien...

La courtoisie, les tromperies


"En son absence aviver la douleur du silence..."

Les infamies, chaque jour qui est nuit...
L'amour et la haine.
Autant de termes dénués de sens dans ma vie déréglée.


"L'un sait manier les mots, l'autre les esprits..."

Couvée du regard...
Une ombre.
Sous ta paupière close je glisserais ma prose

En le lointain s'évanouissent les fils d'or
De l'Ariane esseulée ne restent que les cendres calcinées
Restent...
Reste!
Auprès de moi celui qui n'a vu ni vécu, celui qui te contera tout bas les secrets envolés
Le murmure des roseaux et l'onde au sillage irisé...


"Il a tout perdu et vient pourtant donner..."

Reste!
Et apprend-moi ce que l'on tait d'une rose
Clore et éclore, ainsi viennent et la naissance et la mort
Sur ce chemin où s'épuise mon âme morose
Je veux continuer encor

De l'obscurité d'un regard
Détruire le lointain phare
Qui nous cache la lumière
Et devenir poussière


Les mots...
C'est l'extrait d'un poème que je vous dévoile ici.
Un poème qu'il tient en ses blafardes mains privées de chaleur et d'amour, d'azur et de soleil...
Des mains de meurtrier. De voleur. De violeur.
Des doigts...
criminels.

Des doigts qui ne demandent qu'à apprendre pourtant...
Lâcher le sceptre pour lui préférer la plume, caresser au lieu de dépouiller...
Quel sorte d'être est-ce donc là que celui qui détient pouvoir et puissance mais préfère exposer son cou aux coups du sort...
Aux coups nié et renié, encore et encore...
En vain.

Car il sont là.
Il est là le grand malade qui vit pour deux et non content d'avoir l'intellect froid et mordant de l'un et le coeur et la sensibilité de l'autre, voulait réunir les deux...
Pour l'inviter.

En cette douce et pernicieuse danse oublier... s'oublier.
En ses bras sombrer et voler.


"Aramis...
Ouvrez."

Et puis, un peu plus bas...

"Je vous en prie...
Ouvrez..."

Et si cette porte là ne mène pas à votre coeur...
je trouverais un autre chemin alors.
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Aramis
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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   05.10.08 21:30

"Puis-je te retourner la question?"... Comment ça, me retourner la question? Que moi, je sorte de ta vie à toi?...

Front contre la porte, Aramis ne put retenir un petit rire nerveux. Quel fumier... Jamais il n'avait vu quelqu'un manier si bien l'hypocrisie. Sa voix était si douce, ses paroles étaient si charmeuses. Son odeur... le peu qu'il en sentait à travers le battant rendait le parfumeur à moitié fou de convoitise. Et lui, il s'était cru capable d'affronter un tel monstre et d'en sortir vainqueur?...


"Ne joue pas sur les mots, Mearas: j'ai déjà quitté ta vie, et tu le sais très bien puisque c'est toi qui m'as mis à la porte."

Qu'espérait-il, l'immonde, le fourbe? Aramis ne comprenait pas: pourquoi ce charognard s'acharnait-il de la sorte sur sa pauvre carcasse, alors qu'il en avait déjà ôté toute la chair? Que voulait-il encore? Le jeune chaton prétentieux qui l'avait défié avait-il donc commis un tel crime pour se voir poursuivi et torturé de la sorte?

Aramis ferma les yeux, et bien malgré lui il sentit sur sa langue le souvenir de ce baiser qu'il avait donné à Ambroise dans la chambre, cette caresse gauche et sincère qu'il regrettait amèrement. Puis la saveur se teinta de souffre, et le jeune parfumeur se revit dans sa boutique, pétrifié, tandis que cet homme le poignardait au coeur d'une simple cajôlerie de ses lèvres, d'un simple effleurement de la langue. Le Mearas l'avait embrassé, et les roses avaient ri, elles avaient ri si fort qu'il les entendait encore, et le sourire d'Ambroise avait le parfum de la Rose Mère.

Le jeune homme se sentit trembler.

Sa main alla se poser sur la porte, hésita une seconde. Puis son pouce écarta délicatement le fin morceau de métal qui cachait l'oeilleton, laissant l'un de ses yeux bruns se poser sur la fine silhouette qui attendait dans le couloir, son somptueux bouquet à la main. Ambroise fixait l'oeil-de-boeuf comme s'il pouvait voir le visage de son fils à travers, et Aramis laissa brusquement retomber le cache: ces prunelles d'or le brûlaient.

Le goût de sa bouche... l'odeur de ses cheveux...


"Ca suffit!"

Il avait crié. Impossible de déterminer à qui il s'adressait. Le jeune homme s'écarta vivement de la porte, lui tourna le dos, fit quelques pas, revint en arrière. Il passa une main dans ses cheveux, si brutalement que le début de son geste faisait penser à un coup de poing - coup de poing qu'il voulait envoyer dans la figure de ce connard qui avait ruiné sa vie, et qui s'employait encore à piétiner les débris. Coup de poing qu'il avait également envi de flanquer dans sa propre tête, tellement il se trouvait stupide, tellement le désir insoutenable et humiliant qu'il entretenait pour cet homme lui faisait honte.

Il se sentait mal, tellement mal. Comme lorsque l'Albërick l'avait regardé, avant de s'en aller, et qu'Aramis avait reconnu la pitié sur ses traits. Comme lorsque Ambroise s'était détourné de lui après l'avoir embrassé, comme lorsque son patron lui avait dit de prendre des congés, comme lorsqu'il avait repris ses moyens dans ces toilettes minables pour se découvrir à moitié nu, vautré sur le carrelage crasseux, avec du sang de la taille jusqu'aux genoux.


"Fous le camp, connard! Fous le camp!"

Il frappa à nouveau la porte, indifférent au fait de se faire mal. Il passait pour un imbécile, il le savait, il ne le supportait pas. Il se faisait horreur en cet instant, et tout cela parce qu'il avait commis l'erreur de mettre les pieds chez ce foutu noble, tout cela parce qu'il s'était laissé envoûter par ces putains d'yeux dorés...

"Tu l'as ta vengeance, merde! Je suis sorti de ta vie et tu as empoisonné la mienne, qu'est-ce qu'il te faut de plus?! Me baiser? T'as pas assez de catins à ton service pour ça?"

Encore un coup, une douleur dans son poignet, et le jeune homme s'interrompit, le souffle court et les yeux rougis. Non, il fallait qu'il arrête. Une telle crise d'hystérie ne pouvait que le rendre encore plus ridicule. Cette évidence lui fit l'effet d'un seau d'eau glacé, et sa rage devint instantanément une tristesse si poignante qu'elle en était physiquement douloureuse: il avait tout raté. Tout. Lui qui aspirait à être admiré ou haï, lui qui se pensait brillant artiste, à quoi était-il arrivé? Un parfumeur au chômage technique, un petit pervers tout ce qu'il y avait de plus minable, méprisé, raillé, ignoré. Oui, il avait tout raté.

"C'est fini, Mearas. Tu as gagné. Alors s'il te reste un tant soit peu de dignité, tu vas rentrer chez toi savourer ta victoire et me laisser foutre en l'air comme je veux ce qu'il reste de ma vie."

Un silence, songeur. Le chaton aurait bien voulu terminer sur une note plus flamboyante, plus arrogante, que le Mearas reparte avec l'impression de ne pas être parvenu à tout détruire. Mais comme Aramis n'avait pas eu la force de rattraper Méphistophélès lorsqu'il lui avait tourné le dos avec sa si belle fleur, il n'avait plus le courage de faire illusion aux yeux d'Ambroise. Il voulait simplement que ce pathétique cauchemar s'achève.

"Laisse-moi tranquille."

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Ambroise
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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   26.10.08 5:48

Compatir...
Quelle hypocrisie!
Compatir...

Sais-tu encore pleurer, infâme? Te restera-t-il jamais assez de cette amertume que l'on confère à ces débris salés?
Un reste de pitié, un seul soupçon d'espoir?
Fourbe! Infâme fourbe...!
Mais enfin fais quelque chose! C'est toi qui l'a mis dans cet état...!
...
Et alors quoi?

Et alors?!
Et alors?!


"Je refuse de partir."

Oui.
Moi le connard, l'ignoble, le traître et le charognard...
Moi que l'on idolâtre et abhorre.
Par ces simples mots j'affirme ma présence, je m'empare de la scène et de dramaturge me fait sujet.

C'était égoïste.
Mais était-ce totalement irrespectueux?


"Aramis..."

Ce nom comme une litanie...
Oh, goûte donc à ces sonorités, savoure ton prénom comme une offrande, un baiser dans ma bouche...
Vois mes lèvres se mouvoir et esquisser en caresses ces syllabes enflammées...
Aramis!
L'enfer n'aurait pas paru plus fou et insoutenable encore que ce prénom...
Comme si en prononçant ce mot le doyen s'était soudain approprié tout ce qu'il contenait... Jusqu'à l'âme, l'esprit et le coeur de son propre fils!
Son propre fils ignoré, rejeté, entretenu à peine...

Comme il est sinistre de songer à tout ce qu'une existence peut comporter de désillusions et d'espoirs déçus. Autant de crépuscules tissés de regrets et d'aurores à jamais obscurcies...
Obscur! Le futur et ses trames chaotiques, le chemin tissé à la fois d'hier et de lendemains...
Obscur le dessein de cet enfant damné dont nobles et armées venaient manger à même la main...
Main écorchée, nourriture putréfiée.
Ici les jours se succédaient, tous auréolés de ce voile d'encre qui font les abysses et la nuit, la mort et le caveau...
Ici ou ailleurs étaient porteurs du même sens, vecteurs de ce symbolisme destructeur.
Pas d'espoir ou d'évasion. Nul horizon.


"Ouvre cette porte."

Toi seul détient le pouvoir de changer le destin _quelle formule pompeuse!











Je suis désolé.
Désolé...
Tout n'est que lambeaux et lanières autour de mes chairs, ruines et bruine en ma tanière.
Je suis désolé et...
Ta gueule enfin!


"Il n'est pas trop tard pour changer, remédier aux torts que je t'ai causés..."

Inconcevable!
C'était tout bonnement inconcevable que lui s'écrase devant ce fils de pute!
Moi, moi, moi...
Moi Ambroise, si seul et si con du haut de son orgueil démesuré!
Mais enfin, que cela te serve au moins à quelque chose d'être complètement ravagé!

La voix change encore, se fait vibrante, ciel orageux, éclair atténué, grondement étouffé.


"Oh mais non, je t'en prie...
Reste seul. C'est bien...

Reste seul à te lamenter. Surtout ne conçoit, que dis-je?! n'imagine pas même que qui que ce soit d'autre puisse partager ta peine!"

Putain, mais ça te ferait mal à ce point d'avouer que tu souffres comme un chien?!
Non, récupère le contrôle, reprends tes esprits...
Tout cela n'est qu'une mauvaise tragédie.


"Aramis..."

Leur lointain baiser, des vagues parfumées et des soies bleutées... un toucher piano, quelques touches... odorantes, mélodiques, symphonia de deux âmes faîtes pour sonner ensembles.

C'est la raison pour laquelle tu es venu...
C'est la seule raison pour laquelle Ambroise pourra se montrer: pour mieux céder.
La raison encore qui fait apparaître de nouveau cet éclat dangereux au fond de ces yeux mordorés.


"J'étais venu dans l'espoir de te revoir...
Et voilà que tu voudrais me forcer à te dire adieu?!"

Rien n'est plus pesant que certains silences si vous saviez!

"He bien soit."

A toi que j'aurais pu aimé... le seul! Seul et solitaire...
A toi mon étoile dérobée, mon voeu manqué...
Ma défaite pleurée.


"Adieu."

Et c'est un coup de poignard.
Et c'est pire que la mort... et plus douloureux encore que l'éternité.
Un souvenir pour à jamais...
souffrir.
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Aramis
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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   27.10.08 0:39

On dirait qu'à la fin, c'est toujours la même question qui revient. Celle qui crée les religions, qui sous-tend la philosophie. Celle qui surgit de tous les pleurs, qui fait son lit de la moindre peine. Celle qui a engendré l'injustice, le châtiment, l'incompréhension.

Pourquoi?...

Aramis avait cessé de crier, mais ce n'était pas l'envie de continuer qui lui manquait. Pourquoi... pourquoi l'avoir appelé par son prénom, merde?... C'était déjà assez compliqué, ce connard de Mearas n'avait pas besoin d'en rajouter. Le jeune parfumeur serra les paupières, les dents, les poings, tout pour se rassembler, se consolider, recomposer sa raison qui s'effondrait. Il devait être ferme. Sûr de lui. L'homme derrière la porte lui voulait du mal, il ne reculerait devant aucune stratégie pour le poignarder au coeur. Chaque argument, chaque excuse n'était qu'une excuse pour passer outre la mince protection de la porte et venir l'achever à bout portant. Mais tout irait bien, car il suffisait de tenir, tenir encore un peu. Rester cloîtrer chez soi, surtout ne pas ouvrir. Et malgré tous ses refus, en dépit de toute son arrogance, le prédateur se verrait bien obligé de partir.

Sauf que...


"Ouvre cette porte."

Mais pourquoi l'avait-il appelé par son prénom, bon sang?... Et avec une telle intonation...

"Non..."

Par le grand Azur, est-ce que ce sanglot minable et vacillant sortait de sa gorge, à lui? Impossible, il devait y avoir erreur. Veuillez me ramener le vrai Aramis, je vous prie, le petit con qui se riait de tout et surtout de lui-même, le sale pervers dont les malheurs n'apitoyaient personne. Remballez-moi ce... cette loque, ce pathétique pleurnichard amoureux. Oui, oh oui Aramis, amoureux, et que tu ne veuilles pas l'avouer ne change rien au fait que tu l'es. Il n'y a guère que l'amour qui puisse pousser à une telle haine. Voilà pourtant bien une chose que tu aurais dû apprendre de ta mère.

De l'autre côté de la porte, les arguments s'enchaînaient, et petit à petit la graine semée par ce premier appel, ce délicat "Aramis...", cette graine sortait de terre et commençait à tout envahir.

Le doute, bien sûr.

Et si Ambroise était sincère? Et s'il voulait vraiment se racheter, si lui aussi regrettait que les choses se soient si mal engagées? Qu'ils soient tous les deux aussi dérangés l'un que l'autre?

Non, non. Etre droit. Maintenir le cap. C'était un monstre d'opportunisme et de séduction, il fallait simplement maintenir le battant clos, encore un peu, un tout petit peu.

...

Adieu?...

Adieu?...


"Attends!"

En deux gestes du poignet, c'était fait. Les verroux avaient sauté, la porte s'était ouverte, et à présent Aramis se tenait sur le seuil, gentiment risible avec son sous-vêtement blanc et son oeil poché. Il fixait cet homme qui s'éloignait déjà, cet homme dont l'odeur lui parvenait à présent de plein fouet. Il percevait ce parfum avec plus de précision que celui des fleurs, union fantasmagorique de sa propre oeuvre avec la senteur propre de l'être convoité, et le sentir d'aussi près suffit à balayer toutes les considérations de prudence, de vengeance et de honte qu'il avait pu avoir jusque là.

Aramis s'avança vivement dans le couloir, et ses mains se refermèrent sur les revers de son père pour le plaquer contre le mur. Un regard des yeux dorés tant fantasmés, tant redoutés, et les doigts du jeune homme quittèrent le manteau pour se refermer autour de la gorge, avec la simple et brûlante envie de faire mal à Ambroise, de lui faire mal à hurler. Que ses affirmations mensongères s'avèrent finalement des vérités, et qu'il souffre autant que l'écorché vif qui lui faisait face.


"Qu'est-ce qu'il faut que je fasse?! Dis-moi! Dis-moi pourquoi je devrais... pourquoi je..."

Et là, au milieu de sa phrase, Aramis craqua. Complètement, pour la première fois de sa morne vie. Il venait d'atteindre ses limites, et son âme à l'agonie refusa d'emmagasiner davantage de rage, de tristesse, de rancoeur. De pensées. Sa voix défaillit jusqu'à s'éteindre. Ses doigts déjà engourdis relâchèrent leur étreinte. Ses mains, ses bras, sa mâchoire, tout son corps se mit à trembler, et des larmes qu'il ne s'était jamais autorisé à lâcher se mirent à couler, innombrables et interminables. Avec un gémissement étouffé, il laissa sa tête retomber contre l'épaule du Mearas, indifférent à tout ce qu'il concédait par ce geste. Tout ce qu'il voulait, tout ce qu'il était encore en état de souhaiter, c'était s'oublier dans un parfum qui lui était agréable.

Il avait voulu que tout se termine. C'était fait.

Ne restait plus qu'à tout recommencer.

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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   27.10.08 1:26

Un déclic.

Comme une nouvelle clef pour une portée à entamer, pour étaler des notes comme autant de pas afin de les éloigner du trépas.

Attends!
Mais son coeur n'attend pas lui, s'emballe déjà et force un sourire à sa bouche pâle et fine.
Oh, pas l'un de ces fameux sourires vénéneux qui un instant à présent commençait déjà à s'esquisser _vilaine tapisserie, canevas infernal, cadenas rouillé pour un coeur trop peu usé. Un sourire qui avait le goût des flots de gaze et l'odeur d'un prélude azuré...

Et avant même qu'il n'ait le temps de rien comprendre, que sa prunelle _ce monstre insensible, ce comédien du faux_ n'ait pu faire entrevoir cette étincelle dérangeante, Aramis relâchait la pression contenue dans sa main puis dans tout le reste de son corps.
Son corps!
Son corps tout contre lui...

Et il soupire, de bonheur tant que d'angoisse, de soulagement et de folie.


"Pourquoi...
Pourquoi...?"

Ne peut-il que répéter hébété tandis que se referment maladroitement ses bras autour de ce corps tant aimé...

Quelques pétales déjà vagabondent le long du dos de son fils lorsque soudain apparaît, au beau milieu du silence...
Une nouvelle mélodie.

Déjà ses yeux se voilent, sa poitrine oppressée s'apaise et laisse entendre son précieux battement...
Et Ambrosio s'éveille.

Un sourire à nouveau, une caresse sur la joue qui vient se perdre dans une mèche de cheveux alors qu'il redécouvre l'être adoré. Pas d'émerveillement ou de déception. Juste de l'amour.


"Parce que je t'aime tel que tu es...
Parce que, pardonne-moi... tu es le seul à m'avoir rendu à la vie."

S'il avait su qu'Aramis était son fils, sans doute en eût-il été fier. En ce moment même, une sorte d'orgueil paternel aurait maculé ses traits, ou peut-être une inquiétude maternelle quant à l'état de son rejeton...

Mais il ne savait pas. Et très honnêtement, le lui auriez-vous dit en cet instant qu'il ne vous aurait pas même écouté.

Car il était avant tout amant. Un amant dans toute la force de son jeune âge, les yeux brillants d'un désir ardent, et bon sang qu'il l'aimait! Le contact de leurs peaux quand il n'osait plus espérer même un effleurement... étreinte fantasmée.


"Je n'ai pas le pouvoir d'effacer le passé. Et je ne suis certainement pas le prince charmant qu'attendent tant de gens...
Mais je sais que je vaux mieux que... ça. Ce "ça" que je montre en société.
Je sais également que, grâce à toi, j'ai déjà changé et...

Et bon sang je te veux! Et qu'importe ce qu'il faut que je fasse, je sais que pour toi je deviendrais digne d'être aimé."
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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   27.10.08 5:02

Tout s'était assourdi. Il avait enfin réussi à s'extirper du tunnel hérissé de tessons de verre dans lequel il errait depuis le saccage de la parfumerie, et à présent tout lui semblait étrangement ouaté. Ses émotions, jusque là assez tumultueuses pour le rendre à moitié fou, étaient comme anesthésiées. Il sentait tout juste le contact du riche manteau contre lequel son visage reposait. Il comprenait à peine à qui cette épaule appartenait. Il n'avait cure des bras qui se nouaient autour de lui, lui-même se contentant de garder ses mains à moitié fermées contre sa poitrine. Les paroles du Mearas? Guère plus que de délicats ronronnements étouffés. Sauf peut-être...

Une caresse insidieuse dans le bas du dos. Aucune importance. Non, vraiment; ce n'était pas qu'il n'était plus en état de refuser, mais simplement que cela n'avait pas la moindre importance. Si Ambroise ne rêvait que de le baiser comme la catin qu'il se plaisait à être, eh bien qu'il le fasse. Une fois de plus, une fois de moins. Cela ne changerait rien, n'est-ce pas? Et dans le pire des cas, le jeune parfumeur avait la sensation de ne plus avoir gand chose à perdre; s'il devait ne pas se remettre de cette humiliation supplémentaire, il existait bien assez de moyens pour que son corps aille rejoindre ceux qui brûlaient au bas des murailles de Tsel et qui empestaient jusque dans ce couloir.

Pourtant, ce qu'Ambroise avait dit...

Revirement. La cajôlerie venimeuse devint une marque de tendresse sur sa joue, effaçant des larmes dont il n'avait plus conscience et qui se virent de toute façon promptement remplacées par d'autres. Aucune importance non plus. Qu'en avait-il à faire qu'on le touche, qu'en avait-il à faire d'être à demi-nu dans les bras de celui qui pour bon nombre de citoyens était le Diable en personne? Il n'était plus en état de juger de quoi que ce soit. Il en avait juste assez, assez de tout. Et tout ce dont il avait besoin, c'était qu'on le laisse pleurer sur cette triste pensée.

Mais cette main dans ses cheveux. Ce souffle sur son visage. Ces mots, ces quelques mots retenus par son ouïe défaillante.

L'étreinte se raffermit autour du corps du jeune homme, qui continua à se laisser faire. Dans la petite partie de son esprit qui fonctionnait encore, il s'avoua simplement qu'il n'était pas mécontent qu'on le retienne de la sorte, vu que ses jambes avaient une facheuse tendance à flancher autant que le reste. Un bras se glissa sous les siens, l'incita à marcher sans brutalité mais avec fermeté. Il obtempéra. Et il ne réagit pas lorsque Ambroise le ramena dans son bel appartement, avant de fermer la porte derrière eux. Il ne fit pas le moindre geste, jusqu'à ce que son guide l'oblige à s'asseoir sur le luxueux canapé drapé de coton véritable. Et qu'il dépose sur ses épaules tremblantes la couverture qui protégeait le fauteuil adjacent.

Hagard, le parfumeur observa un instant le lourd et doux tissu, avant de le refermer autour de son torse. Puis il daigna enfin effectuer un mouvement conscient, une timide rotation de la tête qui lui apprit quAmbroise s'était assis à ses côtés. Que ce poids qu'il sentait sur sa nuque, ce n'était pas tant la couverture que le bras du Mearas. Une pensée, incongrue et vacillante, qu'il formula à voix haute sans vraiment s'en rendre compte:


"C'est stupide d'avoir un fauteuil et un canapé quand on ne reçoit jamais personne, n'est-ce pas?"

Il renifla brièvement, et sa main se porta instinctivement à la boîte de mouchoirs qui ornait la table basse (il en avait toujours une à portée de main): ses sanglots commençaient à nuire à son odorat, et généralement cela suffisait à interrompre la crise de larmes. Mais pour une fois, Aramis n'était pas mécontent d'avoir les narines un peu bouchées. Cela lui épargnait la trop troublante odeur d'Ambroise. Et surtout, cela lui permettait d'oublier qu'il vivait dans une ville à présent peuplée en grande partie de cadavres.

Quand on ne reçoit jamais personne...

Ambroise était chez lui. Dans ce petit duplex, tellement impersonnel et propre qu'il en devenait glacial, il avait laissé entrer un autre être humain. Il était même allé jusqu'à se blottir contre lui sur le canapé. C'était ridicule, et dans sa logique paranoïaque, odieusement dangereux. Mais c'était tellement agréable.

Qu'avait dit le Mearas?...

Les larmes continuaient à s'écouler, presque silencieuses, lourdes de trop de souffrances jamais confiées. Aramis ne se rappelait pas avoir jamais pleuré de la sorte. Pourtant, il ne se sentait pas si malheureux que cela. Déjà parce qu'il n'éprouvait plus grand chose de précis, en dehors d'un trop plein d'émotions à évacuer de toute urgence avant de devenir encore plus fou qu'il ne l'était. Mais aussi parce qu'il faisait pour la première fois la troublante expérience de... de craquer devant quelqu'un. Quelqu'un qui avait l'air de lui vouloir du bien.

Ce qu'il avait avoué...

Qui l'avait jamais aimé pour ce qu'il était?...

Cette pensée fut comme une nouvelle vrille du poignard qui lui déchirait les entrailles, et Aramis se remit à sangloter de plus belle, sans pouvoir rien y faire. Et surtout, il eut le réflexe étonnamment humain de se raccrocher à Ambroise. Ses bras se refermèrent autour du torse du noble et le serrèrent à l'étouffer, aveu inconscient mais non moins éloquent: cet homme que depuis des semaines le parfumeur s'était plu à imaginer six pieds sous terre... cet homme lui était alors indispensable.

Un psychologue aurait sans doute dit que Aramis se retrouvait pris dans une brisure narcissique, une rupture dans la logique de sa perversion, et qu'il pouvait en sortir tout et n'importe quoi. En pratique, tout ce qu'il avait à voir, c'était un jeune homme malheureux qui gémissait son soulagement d'avoir trouvé une épaule sur laquelle pleurer. Plaise aux cieux nuageux de Tsel que ce fût celle d'Ambrosio, et pas celle d'Ambroise.

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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   27.10.08 17:08

Jamais...

Jamais il ne se serait imaginé une réponse aussi... anodine après son élan lyrique.
Jamais il n'aurait pu écrire quelque chose d'aussi badin suite à cette ivresse enflammée.
Il aurait été claveciniste qu'il se serait levé et aurait fracassé le couvercle sur la boîte, organiste qu'il aurait plaqué des accords fous sur ce tapis blanc et noir...
Mais il n'était pas musicien. Il était juste fou. Antithèse et escarpin pour ciel de démence étoilée.

Ambroise
Ambrosio

Qui allait agir? Qui devancerait l'autre par le geste mais serait peut-être contré par la parole?

Quelle geste infernale!


"Je n'en sais rien..."

Il n'arrivait plus à savoir.
Etait-il heureux? malheureux? pire, ne ressentait-il rien?
Tout ce qu'il pourrait dire après cela lui semblait parfaitement inutile.
Merde quoi! Ses paroles avaient-elles donc si peu de sens que cela?!

Quelle ironie pour un fou de se dire "je vais devenir fou".

Et soudain une éclaircie laissa son coeur apaisé au milieu de ces ténébreux nuages.
Cesse donc d'être égoïste! N'entends-tu pas ce que laissent entrevoir ces paroles?
Tu es le premier étranger à pénétrer ici.


"Même si tu préfères la solitude à la compagnie des hommes, rien ne t'interdit de t'aménager un paradis qui ne soit connu que de toi seul."

Oubliant complètement le bouquet de mots et la prose des fleurs versifiées, délaissés à ses côtés, Ambrosio ne put que bercer, en un rythme apaisant, la silhouette de l'enfant abandonné.

"Nous savons tous deux combien nos pairs peuvent s'amuser à saccager pour un plaisir égoïste et insensé tout ce qui est à leur portée..."

Ce n'était certainement pas vecteur de réconfort, mais...
C'était de la compréhension. Et Aramis avait certainement plus besoin de sentir la présence de quelqu'un qui pouvait le guider... une créature déjà blessée et cicatrisée; une créature qui avait survolé ces gouffres opaques, ces profondeurs hérissées de monts invisibles ou s'écharper contre autant d'escarpes meurtriers... et avait survécu à ces tourments que l'on tait tant par pudeur que par cet orgueil déplacé.


"Mais je t'assure que je ne suis pas comme eux."

Je suis pire...
Et je suis mieux.
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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   08.11.08 3:39

Lentement, très progressivement, les sanglots s'estompèrent, en un délicat decrescendo qui les rendit d'abord silencieux, puis qui fit disparaître les hoquets souffreteux qu'ils provoquaient dans cette jeune poitrine. Ne restèrent que les larmes, qui elles aussi s'étaient espacées, mais sans se tarir. Les yeux d'Aramis s'étaient rouverts, et son esprit semblait enfin recommencer à fonctionner. Il comprit ce qu'il venait de faire, contre qui il se trouvait, et il en éprouva de la honte - il était tout de même en train de pleurnicher comme un bébé sur l'épaule d'un homme, et ce n'était pas le (faux) prétexte de son homosexualité qui allait empêcher sa fierté d'en prendre un coup. Mais ce n'était qu'un léger embarras en comparaison de la haine qu'il se vouait quelques minutes plus tôt et qui avait failli le dévorer vivant.

Le jeune parfumeur se redressa. Sans regarder Ambroise, il se saisit du bras que le Mearas avait passé autour de lui et l'écarta de sa personne d'un geste bourru, avant de glisser sur le canapé pour s'asseoir à distance de son "invité". Sans doute ce dernier serait-il blessé de se voir ainsi repoussé, mais Aramis était trop peu au fait des sentiments amoureux pour savoir qu'ils prédisposaient aux erreurs d'interprétation, et que le moindre malentendu pouvait vite devenir dramatique. Ainsi était-il totalement inconscient de la tempête de doutes déclenchée par son anodine phrase sur sa vie solitaire. Alors en ce qui concernait son retrait, il ne voyait pas pourquoi Ambroise se serait fâché d'un geste que lui-même savait dépourvu de toute hargne. Il voulait un peu d'air le temps de se reprendre, voilà tout. Tant pis pour ce soudain manque qu'il éprouvait, loin des bras du Mearas, de son odeur, de ses paroles - ses si douces, si douloureuses paroles...

Regard fixé droit devant lui, Aramis réfléchissait. Oh, rien d'aussi catastrophique que ce qui avait précédé: si ses larmes avaient quelque peu bousculé son égo, elles avaient surtout vaincu l'atroce maelström indécis qui le rendait fou, ne laissant sous son crâne que quelques réflexions lentes et un début ronronnant de migraine. Ainsi, le jeune éphèbe ne se posait plus qu'une seule question, celle dont découlaient toutes les autres, remisées à l'arrière-plan: Ambroise était-il sincère?...

Et si tout ceci n'était qu'une mascarade supplémentaire? Si ces aveux, qu'il se refusait encore à pleinement comprendre, n'étaient que des tentatives de séduction de la part d'un venimeux serpent? Jamais Aramis se supporterait qu'on se joue à nouveau de lui et des quelques sentiments sincères qui lui restaient, comme l'avaient fait les sublimes et immondes roses de l'Albërick. Non, il ne pouvait plus se permettre de baisser sa garde, pas si c'était encore pour qu'on l'anéantisse à coup de moqueries et de mépris.


"Quant tu parles de détruire par pur plaisir, tu connais ton sujet, n'est-ce pas?"

La voix du jeune homme était enrouée par les pleurs, mais à part cela elle était d'une neutralité stupéfiante. Ni colère, ni raillerie, ni détresse. Presque comme s'il venait de poser une simple question de curiosité. Il était encore trop farouche et égoïste pour se soucier de blesser Ambroise en n'opposant que des non-sens à ses tendres confidences. Mais il n'était pas non plus agressif. Parce que voyez-vous, le Mearas pouvait chercher à le duper. Mais il pouvait également être honnête.

"Les autres... les humains... n'ont même pas à se donner la peine d'agir pour détruire mon monde. Ils le font par leur simple existence."

Il hésita une seconde, puis explicita sa pensée d'une unique phrase, qui lui tira une grimace douloureuse:

"Si tu savais comme ils peuvent... puer..."

Le dernier mot, il l'avait craché plus que prononcé. Il avait essayé d'y faire passer tout son dégoût de l'humanité, tout son désespoir. Ce qui l'avait fait hurler de douleur dans cette ruelle crasseuse, lorsqu'il avait entrevu le Soleil dans le jeu de deux Etoiles. Ce qui lui avait brisé le coeur dans la parfumerie, quand la Rose Mère avait refusé de lui accorder un souvenir de Beauté à chérir jusqu'à sa mort. Ce qui le faisait grincer des dents jusque dans son sommeil depuis qu'on crucifiait des gens sur les remparts de Tsel. Le monde, ce monde dans lequel il se retrouvait coincé bien malgré lui était tellement immonde, tellement affreux. Tellement laid. Les gens étaient méchants, bêtes, libidineux et crasseaux. Leurs bâtiments dégoulinaient d'orgueil, d'odeurs de pollution et de bêton moisi, même la pluie échappée de cet odieux nuage avait une acide odeur de mort. Tsel puait. Tsel lui était insupportable.

"Mais tu as raison: tu n'es pas comme eux."

Le parfumeur osa enfin tourner la tête vers Ambroise. Son visage marqué était tout aussi inexpressif que sa voix, seuls ses yeux rougis y apportaient une note de vie. Et peut-être aussi un peu de folie.

"C'est sans doute pour cela que tu leur plais tant, à tous. Que c'est si facile pour toi de séduire, de captiver, de tromper. Je t'ai menti la première fois que je t'ai vu, Mearas: ton corps... sent bon. Je n'ai jamais connu une fragrance comme la tienne. Dans des nuances un peu noires, mais c'est tellement agréable... Même quand tu sens mauvais, je trouve cela merveilleux. Et par l'Azur, si tu savais comme mon parfum te va bien..."

Aramis sentit monter une nouvelle vague de larmes, qu'il endigua en serrant farouchement les paupières. Il déglutit, s'humecta les lèvres. Puis accepta de plonger une nouvelle fois dans ces prunelles d'or, ces iris qui le perçaient comme deux délicieux poignards. Comme lorsqu'il avait embrassé le poète juste avant de le fuir, il cherchait un moyen d'exprimer ce qui ne pouvait l'être, la réponse aux aveux d'Ambroise, ce qu'il venait de formuler maladroitement en parlant avec le seul de ses sens qui lui offrait des sentiments. Sa main frémit comme pour aller vers son aîné, mais le parfumeur ne parvient pas à déterminer si elle allait se saisir du poignet du Mearas ou se mettre à ramper sur sa cuisse, et il préféra interrompre son geste.

Quoiqu'il veuille exprimer (lui-même n'était pas sûr de ce qu'il voulait), il allait devoir le faire avec des mots. Et c'est ce qu'il fit.


"Dis-moi pourquoi je devrais te croire. Dis-moi comment je peux savoir que tu ne cherches pas à me tromper, comme tu l'as fait quand tu m'as... quand tu es venu me voir à la parfumerie."

Pas de suspicion, bien au contraire: c'était une prière, presque un ordre, soutenu par un regard brûlant d'expectative. Prouve-moi que tu es celui qui m'a entraîné jusque dans sa chambre pour m'y parler du ciel bleu. Prouve-moi que tu es celui qui a rédigé les écrits que j'ai volé. Prouve-moi...

"Prouve-moi que j'ai le droit de te croire."

Je t'en prie.

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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   08.11.08 5:03

Bam!

Imaginez une bonne baffe; pas une gifle cinglante ou une claque rapide... non, une bonne baffe qui vous dévisse la tête au point que cette dernière fasse tant de tours et de tours et même de détours sur elle-même que l'heureux (?!!!!) dignitaire de ce joyeux bordel finisse par ne plus pouvoir se demander que:
Gné?
Ou encore: Mais qu'est-ce que je fous là moi?!!!

Ambroise...
Ambroise fulminait!
Littéralement!
Comme un pompier qui se serait mis à recracher la fumée de toutes ses cigarettes et ses incendies passés en même temps, le dragon éructait, vociférait...
En vain.
Vas-y, gueule.
De toute façon tu l'as mérité.
Non, je vais même te dire: il a été trop gentil.
Il ne t'a demandé réparation que pour lui, cet être que tu abhorres pour avoir ainsi ce pouvoir...
Ce pouvoir sur Ambrosio.
Ou plutôt...
Pour donner l'avantage sur toi à Ambrosio.

Connard.
Paye à présent. Et estime-toi heureux encore: la plupart de tes anciennes victimes sont mortes et enterrées, mais qui sait ce qu'il pourrait se passer si Ambrosio se mettait soudain à gouverner...
Tu y as pensé?
Hein?! Réponds-moi salaud!
Tu y as songé?
Ah, on fait moins le fier n'est-ce pas...? Qu'est-ce que ces sueurs froides et cette goutte de crainte cristallisée glissant lentement, insidieusement, un peu à ta manière, le long de tes chairs...?


Bam!
Cela, c'est un coeur qui fait si mal qu'un instant seulement le poète voudrait échanger sa plume contre un bistouri, plonger dans ces amas de chairs et d'entrailles, cisailler son torse glabre et enfin arracher victorieux ce métronome furieux.

Il déglutit et ses yeux le brûlent de ne pas pleurer.
Quelles larmes m'interdis-tu de verser infâme?
Combien de temps devrais-je encore souffrir sans pouvoir exhaler ni pleurs ni soupirs?

Je te hais Ambroise.
Tu vois, cela me ronge et me consume sans doute autant que cet amour pour ce jeune enfant...
J'ai toujours été là pour toi!
Pour moi?!
...
Pour moi?!
Et tu oses dire cela?!
Ose! Ose me le répéter, en face, comme un homme...
Oh mais bien sûr que tu ne peux pas...
Tu n'existes pas.
Voleur d'enveloppe! Charognard du coeur! Débile sans âme...

Et cela l'oppresse, et un instant il se sent défaillir...
Tremblant il se lève, le regard opaque tel celui des fous hagards.
Un instant il pense à Hölderlin errant, sans but ni repos au travers la campagne, le traître fidèle délaissé par sa compagne déjà mariée...

Comme les femmes sont cruelles...
Mais les hommes savent l'être plus encore.


"Je n'ai pas de preuves..."

Et dire ces simples mots le déchire...
Mais il le doit.

Baignant dans les brumes d'un sein assourdissant sous ses échos tumultueux son esprit terrassé, Ambrosio se tourne pour faire face, enfin...
à Aramis.

Aramis.
Le début et la fin...
Le début de son règne, la fin du tyran... la délivrance et la souffrance...

Il se sent seul et nu; Ces vêtements précieux le brûlent, et il ne contient qu'à grand peine le frisson qui l'enivre.
Seul...
Sans ces siècles de duperie, sans armes ni bouclier, sans cheval ni armure...

Il se tourne et, prenant foi en son humilité, ose enfin, en pâle esquisse...
un sourire.
Un sourire et un regard amoureux...

L'instant est emporté, comme les autres par le Temps.
Le voici à nouveau, accusé par celui qui se fait à la fois juge et juré...


"Je n'ai que ce coeur et ces écrits...
Mais après tout qu'est-ce que des écrits n'est-ce pas?
Bien peu de chose certainement pour toi..."

Il n'a pas oublié...
L'insulte et l'humiliation cuisante au souvenir de la parfumerie.


"Ecrire me diras-tu, c'est réfléchir... agencer les mots... ordonner sa pensée..."

Un soupir...
Mais pas de ces soupirs las accompagnés d'un regard fatigué quand toute notre silhouette s'avachit et dégringole...
Non.
La poitrine s'est presque soulevée en quête d'air pur, tel le ferait un naufragé parvenant enfin sur le rivage.

Et c'est la colère.


"Comment peux-tu à ce point douter?!
Te fais-tu si peu confiance que tu ne saches déceler dans mon regard, mon timbre et jusqu'à ce parfum qui te semble si cher l'odeur de la sincérité?!

Comment peux-tu croire enfin que ces mots...
Ces mots qui sont tout pour moi...
Que j'aurais pu aliéner et ternir ces mots pour les offrir à..."

Et les yeux s'écarquillent, le silence prend place dans une atmosphère à la fois brûlante et glacée.

"Alors c'est cela..."

Sidéré il recule, se heurte légèrement à la table basse mais n'a qu'un seul objectif: s'éloigner.
Fuir, mettre le plus de distance entre lui et ce...
ce...
Fumier!
Non!
Non...
Ce n'est pas un fumier...

et c'est justement parce que c'est CET homme, non! pas cet homme mais...
Lui!
Lui, indéfinissable mais précieux...
Parce que c'est lui qui me pense si abject et immonde que cela me fait mal...
Mal, mais si vous saviez...
Mal, mais mal...

Et ce mot hurle dans sa poitrine, à chaque battement.
Chaque nouveau coup envoie gicler, en plus du sang dans les artères, ce sentiment trop grand et totalement insupportable de...

Et il recule toujours, manque tomber mais non, il ne faut surtout pas tomber...
Tomber, ce serait comme un cavalier mis à terre sur le champ de bataille...
Ne pas perdre de vue l'ennemi, le fer de lance déjà dressé...

Le choc.
Il vacille, ses yeux cillent, sa bouche s'écarquille...


"Tu me crois réellement capable de cela...
Mentir, tromper..."

Il devient fou, voudrait échapper à l'horreur, la révélation brutale de son propre passé...
Echapper surtout à ces yeux, ces yeux...
Ses yeux!
Il aurait voulu se noyer dedans toujours, y voir tel un miroir le reflet de son amour...

Ces yeux comme deux scalpels pour son âme mise à nue!


"Te mentir! Te tromper..."

Et soudain il se calme sans parvenir pour autant à se redresser; Plissé, son regard ressemble à celui d'une vipère alors que s'allonge sa paupière...

"Mais tout ceci est encore une comédie n'est-ce pas...?"

Mais Ambrosio ne demande pas merci, il n'y a pas de déclic ni de bascule entre les deux dégénérés gouvernant ce corps promis à la jeunesse éternelle.

"Toi!
Toi le seul être encore vivant qui m'importe...
Celui qui m'est le plus cher...
Si Dieu existe, il a bien fait son choix: nul n'aurait pu me faire plus mal en plongeant ce poignard de vérité dans mon coeur dévoilé."
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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   09.11.08 0:45

Non, il ne baisserait pas les yeux: ce n'était pas dans ses habitudes, et il ne l'avait déjà que trop fait ce jour-là. Pourtant, que la tentation était grande de recommencer, alors qu'Ambroise semblait enfin comprendre à quel point son vis-à-vis était suspicieux, presque paranoïaque. Oui, Aramis pensait que cet homme pouvait mentir et tromper, il le savait même: jamais il n'avait vu plus pernicieux qu'Ambroise Mearas, doyen de sa maison. Le problème était de savoir s'il appliquait toujours sa vilénie en cet instant précis. Et à cela, Aramis ne parvenait pas à trouver de réponse.

Dans la bouche d'Ambroise, tout semblait à la fois vérité et mensonge. Sur ses traits presque juvéniles, la moindre expression relevait autant de la confidence que du masque de tragédien. Chaque mot, regard, aveu était aussi poignant que sujet à caution, et pire que tout, son odeur elle-même était indéfinissable, mélange d'Ambroise et d'Ambrosio, sans falsification parce que contrefaire la vérité lui était naturel, sans transparence parce qu'à sa manière, il était toujours sincère. Le jeune parfumeur s'y perdait complètement, et voir le Mearas ainsi bouleversé par ses scrupules le mettait plus mal à l'aise qu'il ne l'avait jamais été: comment pouvait-il oser croire que ce sourire brièvement aperçu était intentionnel? Mais où trouverait-il le courage d'accepter qu'il puisse être spontané?

Ambroise plissa les yeux pour dévoiler les pensées de son interlocuteur d'une sifflante affirmation, et Aramis dut faire un effort de volonté quasi héroïque pour continuer à regarder son aîné dans le yeux. Oui, tout ceci pouvait être une comédie. Il espérait de toutes ses forces que ce n'en était pas une. Mais il y avait un risque. Un risque qui empoisonnait tout le reste.

Sans doute le noble ne comprenait-il pas non plus ce qui se jouait devant lui. S'il considérait Aramis comme un nouveau départ, pour le jeune éphèbe, il représentait LE départ. Le turbuleux chaton osait pour la première fois s'aventurer loin des sentiers bien tracés de son esprit perverti, et c'était pour lui une angoisse difficilement concevable. Il avait l'impression d'avancer dans un champ de mines, une variété particulièrement atroce de mines qui briseraient son âme à chaque faux pas sans le laisser mourir. Il avait déjà essayé de quitter le sentier, face aux roses de l'Albërick. Il ne s'était toujours pas remis de l'explosion qui avait sanctionné son effronterie, ce jour-là.

Alors oui, il était méfiant, et avançait une patte après l'autre à un rythme désespéremment lent. Mais plus il s'éloignait de sa gangue habituelle de perversion, plus il était sensible aux arguments d'Ambroise, et lorsque celui-ci parla de lui comme d'un être cher, Aramis ne put s'empêcher de l'interrompre:


"Non, ne... ne dis pas des choses pareilles. Tu ne comprends pas."

Là, pour le coup, il baissa la tête vers ses mains qui maintenaient la couverture sur son torse dénudé. Il se mordilla la lèvre inférieure, avant de reprendre d'une voix très lente, dont on sentait qu'il mesurait chaque mot:

"Tu ne me connais pas. Je ne te connais pas. Comment est-ce que je pourrais... comment est-ce que ce que je pense pourrait te faire tant de mal?"

Encore une pause, encore une foutue hésitation, et un peu de l'Aramis habituel transparut dans les poings soudain crispés du jeune homme: cette situation était sans issue, et cela commençait à considérablement l'énerver. Allez, il fallait choisir, bon Dieu! Lui faire confiance? Le foutre à la porte?

Il releva la tête, puis se remit sur ses jambes, toujours enveloppé dans son châle de fortune. Il voulait regarder Ambroise dans les yeux, affronter le reptile de face. Comme toujours, il eut l'impression de s'y brûler, et un court instant son corps fut tiraillé entre le désir de frapper le Mearas et celui de l'embrasser jusqu'à en perdre le souffle.


"Pourtant, tu viens de me dire des choses que je n'avais jamais entendues de ma vie... et j'ai vraiment envie de te croire. Vraiment. Je ne veux juste pas... je ne... et merde!"

De plus en plus hors de lui, il se passa à nouveau la main dans les cheveux de cette manière agressive qui était sienne depuis quelques jours, comme s'il crevait d'envie de se mettre un coup de poing en pleine face.

"Tu as raison, je ne sais pas ce que c'est d'écrire. Je ne connais rien aux mots, ni à la musique, ni à la peinture."

Le risque, le risque... mais quel risque, après tout? Au point où il en était, que lui restait-il à perdre? Si traîtrise il y avait, est-ce qu'elle n'aurait pas dû se révéler depuis longtemps, par exemple lorsqu'il s'était laissé aller à ses pleurs sans fin?

"Mais j'ai mes parfums. Et je t'ai vu en train d'écrire, j'ai lu ce que tu as fait. Alors peut-être que je ne suis qu'un abruti inculte qui insulte les grands poètes, mais je sais ce qu'on ressent quand on crée. Quand on va ailleurs pour ramener quelque chose ici. Alors je peux envisager que tu sois sincère. Que ton... cadeau le soit."

Mais merde, pourquoi était-ce si difficile de parler, de mettre les bons mots sur ce qu'il éprouvait?! C'était mille fois plus facile lorsqu'il s'agissait de se faire baiser! Les mains d'Aramis lachèrent la couverture et allèrent enserrer la tête d'Ambroise, ses paumes bloquant ses joues, ses pouces s'accrochant à ses pommettes, en un geste si fervent qu'il en était sans doute douloureux.

"Je ne sais pas aimer, tu entends?! Même ma mère me détestait, parce que je ressemblais trop au noblaillon à la con qui l'avait engrossée. Je ne sais pas aimer, je n'ai pas été conçu pour ça. A chaque fois que j'ai essayé, ça a fait souffrir tout le monde."

Surtout moi.

"Alors je sais que tu n'as pas de preuve, que tu n'as que tes belles paroles que je n'ose pas croire... Mais essaie tout de même, bon sang! Essaie de m'expliquer ce que je comprends pas, essaie de me montrer pourquoi j'ai la sensation de te haïr alors que je ne supporte pas que tu me dises adieu?!"

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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   01.12.08 17:09

"ça suffit! C'en est assez!"

Assez de comprendre, assez d'entendre, assez de mentir, de s'excuser, d'avouer...
Il en avait assez.

Assez et même trop...
Trop d'informations, trop d'émotions, trop de..


"Toute ma putain de vie je n'ai pas pu me comporter un seul instant en humaniste. Tout ce que ce monde recèle de beau et de grand, je l'ai foulé au pied et j'ai accepté de jouer la comédie.
Et là!
Là, alors que pour la première fois j'ose enfin!
Enfin..."

Enfin oui! Enfin accepter...

"...exprimer ce que je ressens, toi tu...
Tu me tues!"

Dingue! Tout cela était complètement dingue au point qu'il en perdait et son langage châtié et ses manières et jusqu'à ses mots! Ces mots qui lui étaient si chers...

Et peu à peu son timbre devint...
Cette aurore naissante et impassible, cette latence frémissante, l'éveil ou le plongeon vers un monde incertain tissé de rêves et de cauchemars.


"Tu raisonnes, mais..."

Et merde!

"Mais quand comprendras-tu enfin que l'amour ne naît pas de la raison!
Que veux-tu que je sois? Un père qui te guide? Un ami bienveillant? Un confident patient?"

Rejetant loin de lui les mains de son fils, Ambrosio s'empara de la taille d'icelui pour mieux plaquer contre le torse dénudé ses doigts brûlants.

"C'est là que se cache ce qui seul peut te dire si je suis sincère ou menteur. Et si ce coeur n'est pas sensible ni à mes regards ni à mes mots, alors...
alors..."

Un regard pour mieux fouailler la blessure mais quoique cela le brûle ou le déchire, quoique cela l'enivre et l'invite à laisser transparaître sur ces traits soudain bien vivants un sourire amoureux, il ne quitte pas ces yeux.
Ces yeux comme un rocher pour faire sombrer le navire et offrir un refuge au naufragé.


"alors c'est à toi que reviendra le devoir de me dire adieu."

Le devoir d'être honnête... de savoir et de choisir.
Que veux-tu Aramis? Qu'attends-tu? Que te dit la mélodie sanglante d'un coeur qui ne sert que trop souvent hélas de simple carrefour organique?


"Ou le droit de me mentir et venger tous ceux que j'ai fait souffrir..."

Attention petit chat car si tu fais cela...
Tu risques de devenir comme moi.
Comme moi?
Ou comme je l'ai été?

Qui es-tu Ambroise? Resteras-tu ce lâche qui, dédaignant cette soudaine révélation, s'enfoncera plus loin dans les méandres du dédale forgé de soupçons et de cabales? Intègreras-tu en toi ces facettes nécessaires au règne d'un doyen tyrannique? Les rejetteras-tu au risque de te faire assassiner par quelque noble mécontent ou avide?

Tu lui poses des questions, mais t'en poses-tu à toi?
Craindrais-tu les réponses mon cher ami?

Tiens, accepterais-tu par exemple de te plier au jugement de ce jeune enfant? T'aveugler pour mieux croire à des aveux tissés de duperie?
Non, ce serait à nouveau t'aliéner.


"Non, le jeu n'en vaut pas la chandelle. Si tu veux te faire justicier, ne prends pas le risque de t'aliéner pour finir par me ressembler...
Tu vaux mieux que cela. Mieux que moi..."

Réfléchir et lui donner les cartes

"A vrai dire, si tu veux une preuve, je pourrais te donner des idées afin de me blesser néanmoins...
il te faudrait encore me croire et tu te retrouverais toujours confronté à ta dualité."

Oh ça, il s'y connaissait en dualité...

"Tu m'as aidé à me retrouver et me comprendre. Alors je vais tenter de le faire à mon tour:
Tout repose sur toi.
Tu peux enfin, comme je l'ai fait, te laisser aller, écouter ta sensibilité sans craindre les coups mieux même! en te riant d'iceux. Et..."

Et le doyen comprit enfin

"... et... si à cet instant précis tu découvres que tu n'éprouves rien pour moi, c'est ainsi que tu me blesseras."

Rien ne fait plus souffrir que l'indifférence...
Mais comme ce dicton devient juste lorsque l'indifférence nous est retournée par l'être aimé!

L'oeil mort et la voix atone, le poète reprit


"ou bien... ou bien accepter les mensonges que toute cette foutue humanité cultive en croyant ainsi se protéger. Apprendre à travailler ton timbre, déguiser jusqu'à tes accents pour qu'un beau jour la personne adorée te réponde "désolé, mais tu n'es pas digne de confiance." "

Le silence

"Tu as le choix."

C'est le cadeau le plus beau mais également le plus difficile à accepter.
Sans doute le plus traître également...
Mais qu'est-ce qui dans la vie n'est pas à double-tranchant?
La vision du verre à demi-plein ou à demi-vide ne se vérifie que trop souvent..
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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   07.12.08 4:34

Le choix? Le choix? Mais quel choix? Revenir en arrière, aller de l'avant, plus loin, encore chuter, se protéger, être brisé... Souffrir ou faire souffrir, tuer avant d'être tué?... Aramis regardait son interlocuteur dans les yeux lui aussi, incrédule et indécis. La réaction d'Ambroise l'avait surpris, encore une fois; il attendait des larmes et de pâles justifications, et il s'était vu opposer une tirade aussi dramatique que claire. Il avait le choix. Il avait le choix.

Le parfumeur baissa la tête, observant avec une surprise presque comique la main brûlante posée sur sa poitrine, les doigts frémissants agrippés à sa taille. Il n'était pas habitué à ce genre de contact, franc et durable, qui ne cherchait ni à flatter ni à blesser. Mais après tout, ce n'était pas la première chose qu'il découvrait depuis qu'Ambroise était entré dans sa vie, et ce ne serait certainement pas la dernière. Alors plutôt que de s'attarder sur son malaise, le jeune parfumeur s'efforça d'entrer dans le jeu du Mearas. Démarche courageuse, mais bien ardue pour son esprit trop étriqué.

Sa main s'éleva avec précaution pour envelopper celle qui désignait son coeur. Le noble disait que c'était là qu'il trouverait ses réponses. Mais Aramis avait beau chercher, il ne sentait rien de particulier dans sa poitrine. Tout semblait noyé dans cet engourdissement qui était sien depuis sa crise de larmes. Certes, l'organe palpitant cognait trop fort contre ses côtes, mais cela signifiait-il vraiment quelque chose? Il accélérait de la même manière quand il se faisait baiser par le plus ignoble des crèves-la-faim. Comment, s'il était sensible à quelque chose d'aussi vil, pouvait-il révéler quelque chose d'aussi subtilement évident que l'amour?

Aramis soupira, pour une fois plus triste qu'excédé: il raisonnait toujours au lieu de ressentir, il s'en rendait bien compte. Mais comment caractériser les sentiments quand on a toujours été convaincu de n'en éprouver aucun, du moins aucun qui vaille la peine? Le jeune homme leva les yeux, pour goûter à nouveau à cette brûlure qui le transperçait à chaque fois qu'il croisait ce regard doré. C'était du désir, puisque cela échauffait ses reins de manière presque douloureuse. C'était aussi autre chose, parce que cela serrait sa gorge. Mais cet autre chose, était-ce de l'amour, ou au contraire de la peur, de la méfiance, de la haine?...


"Je... je ne..."

Non, il ne pouvait pas abandonner aussi facilement! "Tu me tues" lui avait dit Ambroise; apparemment, il n'avait pas compris ce que son fils essayait de lui expliquer en lui parlant de sa morne enfance. Si le parfumeur lui avouait qu'il n'arrivait pas à interprêter son propre ressenti, le noble allait croire qu'on se moquait de lui - ce qui, connaissant Aramis, aurait hélas été tout à fait vraisemblable. Mais le bel éphèbe pouvait-il pour autant inventer une passion, une confiance qu'il n'était pas certain d'éprouver? Pouvait-il s'aliéner, comme le disait si bien Ambroise?

"Je ne sais pas..."

A peine un souffle, étranglé, étrange hybride de sanglot et de sifflement furieux: non, il devait savoir, il devait trouver...

Et puis, soudain, il sut. Pas ce qu'il ressentait, non. Mais comment le savoir. Comment débloquer dans son âme pourrie ce qui se faisait si naturellement chez les humains ordinaires.

La main qu'il avait déposée sur celle d'Ambroise passa sur la joue puis dans la nuque du Mearas, caresse délicate et frémissante, d'une timidité qui n'était pas commune à Aramis. Puis le jeune homme ferma les yeux et s'approcha comme pour un baiser. Sauf qu'au dernier moment ses lèvres évitèrent celles d'Ambroise et que son visage croisa celui de son aîné pour aller s'enfouir dans ses cheveux. Et y inspirer longuement, avec délectation et ferveur. Derrière l'oreille, là où le parfum était le plus fort. Puis plus bas, le long de la gorge, en une étrange suite de furtifs baisers. Ses lèvres effleuraient la peau sans vraiment la goûter, ses narines la frôlaient, son souffle lent et chaud s'échouait en longues volutes dans ses tendres reliefs. Il sentait, il dégustait. Jusqu'à ce qu'il atteigne le col de la chemise, et qu'enfin il sache pourquoi son coeur battait aussi fort.

Trop effrayé de perdre cette fragile certitude, Aramis n'eut pas le courage de soulever les paupières pour se confronter à nouveau aux précieuses prunelles de son père. Il se contenta de remonter le long du cou, sans s'éloigner, tandis que sa main jusque là libre venait se placer en miroir de sa comparse. Son nez toucha une joue, ses lèvres trouvèrent leur reflet. Une esquisse de baiser, presque gauche tant elle était infime. Une pression qui s'accentue légèrement, une bouche qui s'entrouvre.

Et ce fut trop. Trop d'efforts, trop de remises en question alors qu'il était encore épuisé d'avoir tant pleuré. Aramis ne pouvait pas se conduire "normalement" de manière aussi prolongée, c'était comme demander à la Pudeur de danser devant Pan lui-même. Alors le jeune homme céda à son envie pathologique de repasser à des comportements qu'il connaissait mieux, en pensant dans son trouble que la dernière fois cela avait bien plu à Ambroise, donc qu'en cet instant il en serait certainement de même, n'est-ce pas? Après tout, sifflait une pernicieuse voix dans sa tête, si le doyen était là, c'était aussi pour cela.

Le parfumeur échappa à l'étreinte qui se resserrait autour de lui en se laissant tomber à genoux. Il sortit la chemise d'Ambroise de son pantalon, puis il entreprit sereinement de défaire les boutons qui maintenaient ce dernier fermé.

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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   07.12.08 6:03

Et aussi invraisemblable que cela puisse paraître, Ambrosio le repoussa.
Aramis eût-il seulement le temps de se sentir chuter?
J'en doute fort...

Ambrosio repoussa le parfumeur certes...
Mais pour mieux se plaquer sur lui.

Nom de Dieu, deux siècles enfermé derrière ce masque putride de grand connard prétentieux! A ce niveau c'est pas que ce cher Ambrosio avait les crocs...
C'était mille fois, cent mille fois pire que cela, et plus encore...

Entremêlant leurs corps, bassins collés et bras tendus afin de mieux jouir de la vision de celui qu'il avait mis tant de temps à conquérir, le poète ne put s'empêcher un sourire... à la limite entre la tendresse et l'indécence la plus pure.


"Je ne veux pas que cela se passe ainsi..."

Et déjà il replonge, écrase presque ses lèvres sur celles de l'éphèbe tant sa ferveur amoureuse est violente, frémissant sous cet espoir enfin! enfin matérialisé.
Matérialité.

Bon dieu que j'aime à me sentir humain! Et si pour tant de bonheur je dois renoncer à la fortune, la gloire et la fierté avilie de se voir au sommet d'une pyramide de petits bonshommes sans dignité alors soit!
Je renonce!

Je renonce au luxe, aux fleurs, aux places à l'opéra, aux oeillades admiratives et furtives des filles mal baisées par leurs maris enculés par mes bons soins...
Je me défais de tout cela et viens à nouveau au monde tel que je suis apparu.
Nu.


"Je te veux plus que je n'ai jamais désiré personne...
Je te veux autant que j'ai passé ma vie à chercher un sens à celle-ci... à chercher les mots."

Et son timbre se fait vibrant dans le même temps que sa main presse les chairs du fils ignoré pour mieux brûler au contact de cette douceur révélée...
Oh oui, il le veut!


"Mais c'est toi que je veux.
Pas tes talents, pas tes anciens amants ou ton manque d'amour passé.
C'est toi que je veux découvrir, et non répéter des gestes mécaniques..."

Et le souffle devient soudain bien plus explicite que tous ces mots ardemment recherchés...
Le souffle et plus encore...
L'odeur.

C'est un mélange bizarre et charmant entre le sensible et l'animal, le coeur et les pulsions bestiales.
Et, plus curieusement encore...
ça se marie bien.

Pas de je t'aime.
C'est d'un désuet, d'un convenu et puis surtout, c'est tellement...
triste.
Triste de dire je t'aime.
Je t'aime.
Les consonnes et la sonorité sonnent si mal.
Et puis qu'est-ce que cela veut dire enfin?
Je te aimer
Je aimer toi.
Qu'est-ce que ces simples mots, balancés l'air de rien à la figure de quelqu'un, peuvent bien signifier?
Je t'aime c'est se mettre au centre de la scène, avouer que l'on aime un autre que soi mais tellement triste...
Ne serait-il pas plus beau de dire


"Aramis...
Aimons-nous."

Aimons-nous d'un commun accord, sans même d'accords si le souffle te manque ou si le silence te semble déjà trop impudique porteur d'un seul et long regard échangé, embrasé, à même deux lèvres, supérieure et inférieures confondues pour mieux se mélanger...

Aimons-nous et que cessent les questions, que se taisent les fantômes dont les boulets retiennent nos chevilles, que cessent les plaintes des déceptions et autres espoirs non enterrés.

Aimons-nous, c'est tellement plus doux...
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Aramis
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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   07.12.08 7:31

La chute elle-même, en effet, passa tellement rapidement qu'il ne s'en rendit pas compte. L'atterrissage, en revanche, fut nettement plus difficile à ignorer: Aramis ne s'attendait pas du tout à être repoussé, si bien qu'il s'étala lourdement, à plat dos, sur le parquet immaculé de son bel appartement - les tapis et la moquette avaient une fâcheuse tendance à retenir les odeurs, surtout les mauvaises. Le choc lui coupa le souffle et l'empêcha de lâcher l'exclamation indignée qui lui venait aux lèvres: qu'est-ce que ce connard...

Un poids, des bras qui l'enfermèrent, un regard qui vrilla le sien. Et surtout ces jambes soudain emmêlées dans les siennes, cet entrejambe masculin avidement pressé contre sa chair... Aramis en resta paralysé, les yeux grands ouverts, stupéfait à en être risible. Ce... ce n'était pas possible. Il avait déjà planifié tous les ébats à venir, l'ordre dans lequel il allait déployer chacune de ses habiles manoeuvres pour rendre le Mearas fou de désir. Dans son âme tristement figée, c'était presque comme si tout avait déjà eu lieu. Alors comment était-il possible qu'il se retrouve allongé sur le dos, pris sous cet homme qui prenait le temps de l'observer, de lui sourire... comme la première fois...

Comment cela, "je ne veux pas que cela se passe ainsi"?...


"Mais..."

Mais comment veux-tu que cela se passe, alors? Question légèrement agacée que le parfumeur aurait volontiers achevée, si une bouche si avide qu'elle en était violente n'était pas venue sceller la sienne. La tête d'Aramis alla cogner contre le parquet et le jeune parfumeur vit soudain son champ de vision s'emplir d'une volée de papillons lumineux qui le firent grogner sous le baiser du noble: parfait, voilà qu'il se faisait assommer à présent...

Mais pouvait-il décemment se plaindre, alors qu'Ambroise l'embrassait à l'étouffer? Alors que les mains du tyrannique poète parcouraient sa peau comme pour la griffer, qu'il sentait l'ardent désir de son aîné se réfugier contre son propre bas-ventre? L'homme relâcha ses lèvres, leur tirant par la même occasion un long souffle qui chez quelqu'un de moins orgueilleux aurait été un soupir de contentement: c'était du délire, tout simplement du délire. Cette respiration, ce regard, ces mots, c'était lui qui les inventait. Le Mearas était reparti, jamais il ne l'avait rattrapé dans le couloir. Il devait faire un cauchemar, encore; dans quelques secondes Ambroise deviendrait une immense rose noire qui le lacérerait à mort, il se réveillerait en sursaut, et il retrouverait ses draps parfumés à l'eucalyptus et les relents de mort qui envahissaient le reste de son appartement vide.

Et pourtant cette déclaration... ce parfum...

Aramis battit des paupières, dans le vain espoir d'éclaircir ses pensées comme son regard. Les mains du Mearas harcelaient son corps et engourdissaient sa réflexion, mais pas au point de l'empêcher de comprendre ce qu'on lui disait. Ce qu'on lui demandait. Et si le bel éphèbe ne comprenait rien au battements de son coeur, il ne put ignorer le vide béant qui s'installa dans son ventre. Tant d'hommes l'avaient désiré, voulu, convoité. Tant l'avaient eu. Mais un seul en avait-il fait la demande ainsi?

D'abord cette phrase immense, ce "je t'aime pour ce que tu es". Et à présent cette folie, ce "je te veux toi"... Lui. Pouvait-on vraiment l'aimer, lui? Le vouloir, pas parce qu'il était un bon coup, mais justement parce qu'il était lui? C'était une perspective qui donnait le tournis au parfumeur; Ambroise voulaient qu'ils s'aiment, mais si le jeune homme ne pouvait faire usage de ses "talents", comment le poète comptait-il faire?...

Le fantasme était étranger à sa réflexion difforme. Ce qui expliquait également la gêne, presque l'appréhension ressentie par Aramis lorsque l'homme qui le maintenait au sol parla de le "découvrir". Découvrir quoi? Ambroise le savait pourtant que ce corps-là avait été visité de toutes les manières possibles et imaginables. Donc il devait parler d'autre chose, d'un autre niveau d'union. Ce qui titillait la curiosité du jeune chat autant que cela l'effarouchait.

Aimons-nous.

Un regard, un long, très long regard pour seul assentiment. Pas de hochement de tête. Pas de mots pour répondre à cela. Trop peur de dire la mauvaise chose, ou de ne pas maîtriser sa voix. De montrer sa peur, justement: le chaton était complètement paumé, mais le chaton n'était pas prêt de l'admettre devant autrui, surtout s'il avait déjà trempé d'humiliantes larmes l'épaule dudit autrui. Aramis ne comptait pas, ne pouvait pas se laisser aller à faire totalement confiance à Ambroise. Il avait le besoin viscéral de rester sur ses gardes, de maintenir debout ses dernières défenses (pourtant bien minces en cet instant, il faut bien l'avouer). Il fallait qu'il continue à se convaincre qu'il maîtrisait la situation. Celui qu'il se refusait encore à appeler son amant avait coupé court au scénario prévu? Eh bien ils le retrouveraient plus tard, voilà tout. Cela se passerait forcément ainsi. Cela ne pouvait se passer qu'ainsi.

Aramis aurait eu moins de mal à se convaincre si pendant ce temps il n'avait pas été occupé à embrasser Ambroise à pleine bouche tout en arrachant les boutonnières de la riche chemise du noble.


"Si tu veux, alors prends. Magne-toi avant que je change encore d'avis."

Puis un petit miracle, qui n'aurait jamais eu lieu sans les aveux d'Ambroise: le chaton se rendit compte qu'il recommençait à parler en salope. Plus, même: il parvint à se rectifier. Oh, son ton n'était pas bien assuré, sa voix était très basse, presque honteuse. Mais c'était tout de même parfaitement compréhensible.

"Je te veux aussi. Pour toi. Pour ce que tu as écris."

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Ambroise
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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   07.12.08 8:18

Un sourire...
Amusé?
Fou?
Insensé sans doute


"Admettons que j'aie mal entendu la première phrase..."

Un nouveau baiser, plus doux cette fois, plus respectueux, en signe de respect tant que d'amour et pourtant...

"Mais même si tu veux changer d'avis..."

Déjà ses lèvres quittaient le rivage de cette bouche parfumée, ses exhalaisons bien trop rapprochées déjà voguaient vers l'écume de ce cou gracile, effleuraient l'oreille tandis que ses hanches se mouvaient, que son bassin ondulait, doucement, lentement, faisant croître le plaisir à même la douleur si douce de retarder, encore et toujours... l'instant de le posséder.


Et ses yeux se ferment et sa voix tremble presque alors qu'il confesse... sa faiblesse?
Est-ce une faiblesse que d'aimer au point d'accepter d'effacer ses propres désirs face à ceux de son amant?
Est-ce bien de l'amour?

Que vaudrait l'amour d'un être qui se sacrifierait sans même se rendre compte seulement de ce sacrifice? Est-ce de la générosité extrême?
Ou bien au contraire un manque d'amour?
L'amour signifie-t-il fusionner, s'annihiler?
L'amour d'un être sans désir ni émotions clairement exprimées vaut-il vraiment quelque chose au contraire?
Car si l'autre n'est pas conscient des souffrances endurées, comment pourrait-il mesurer la force de cet amour? Et surtout, si l'autre aime tout autant, comment pourrait-il voir son aimé taire sa propre individualité? Quelle sorte d'amant surtout serait-il pour pouvoir apprécier cette simple idée?



Ambrosio aimait pour la première fois lui aussi.
Contrairement à Aramis, Ambrosio pouvait se fier à son intuition puisqu'un autre s'était avili à sa place...
Un autre qu'il rejetait à présent, dans un élan égoïste. Mais qu'aurais-tu fait si Ambroise n'était pas apparu pour gérer la charge de doyen? Aurais-tu au contraire pu faire changer les choses?
Nul ne saurait le dire.
Conflits d'intérêts, Ambroise relégué soudain au rang d'indésirable et Ambrosio qui glisse...

... glisse et se laisse porter par le désir, par cet instinct qui l'invite à caresser...


"Tu peux aussi..."

Quel est ce sourire?
Celui d'un frère aîné? D'un complice? D'un amant?
Mais après tout, comment un amour sans complicité pourrait-il perdurer?

Et il se mord la lèvre, se laisse un instant, rien qu'un, submerger par le désir qu'il sent croître, la pulsation d'un coeur troublant sa vue et ses sens...
Pulsation qui s'agite, s'affole, se calme pour mieux repartir... quel est donc ce manège?
Oh, je me fous de savoir dans quelle affaire je me suis embarquée tant qu'on me laisse l'aimer!

Et le poète glisse vers le cou à nouveau, effleure d'un souffle puis mordille, frôle l'intimité puis dévie pour mieux perdre et étourdir.
Il a envie de lui, non pas parce qu'Aramis est beau et désirable...
Pas seulement.

Mais surtout parce que quelque part se cache un être qui a prononcé ces derniers mots.


Des doigts tantôt caresse enflammée tantôt papillonnement léger, des moments de fluidité et d'attente...
Je veux savoir! Je veux savoir et surtout sentir...
La tendresse étirer à peine ma lèvre face à un frisson, le feu déjà présent se faire plus présent dans le creux de mes reins sous la vision d'un regard alangui...

Je veux te découvrir
Te goûter et te dévorer, mordre et embrasser, caresser et griffer...

Et déjà la bouche humide épouse les contours d'un téton, se coule jusqu'au ventre, la main survole la cuisse, approche l'aîne, remonte puis se permet un détour jusqu'à l'élastique du caleçon sur lequel s'échoue la respiration embrasée...
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Aramis
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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   08.12.08 6:46

Changer d'avis?! La bonne blague. Comme s'il le pouvait vraiment...

Lorsqu'il s'était allongé sur le lit du Mearas, ce qui lui paraissait des siècles auparavant, Aramis s'était laissé caresser de la sorte parce qu'il était trop occupé à déguster l'odeur d'Ambroise pour prêter vraiment attention à ce que ce dernier lui faisait. Cette fois-ci, il ne le savait que trop bien, et c'était une lutte de tous les instants pour ne pas reproduire la même erreur, pour ne pas repousser le poète sur le dos et inverser leurs rôles - parce que son amant ne voulait pas que cela se passe ainsi, n'est-ce pas?

Néanmoins, ce n'était pas parce que Aramis parvenait à endurer cette situation qu'elle lui plaisait. Oh, bien évidemment, il adorait qu'Ambroise le touche ainsi, qu'il l'embrasse, lui sourie, le taquine. Le jeune parfumeur aurait difficilement pu imaginer plus sensuel que cet homme somptueux penché sur lui, les cheveux ébouriffés de caresses, le torse subtilement dévoilé dans les jeux d'ombres imposés par sa chemise ouverte. Mais dans le même temps, toute cette délicatesse avait quelque chose de... eh bien oui, d'inquiétant. Parce que Aramis n'avait jamais rien connu de tel, et il était très conscient que cela ne faisait que commencer.

Embarrassé de n'avoir rien à faire de ses dix doigts, le jeune homme essaya de déjouer les baisers d'Ambroise pour atteindre le pantalon de ce dernier et l'en débarrasser, mais le Mearas se déroba malicieusement avant même que son cadet ait pu faire plus qu'effleurer son intimité. Les baisers du doyen se mirent alors à dévaler le long du ventre d'Aramis au fur et à mesure qu'il reculait, avec tant d'application que lorsqu'ils passèrent sous le nombril le parfumeur dut se mordre la lèvre inférieure pour ne pas gémir. Comme ce bassin qui avait langoureusement mimé leur union entre ses cuisses, c'était brûlant, bien plus brûlant que tout ce que le tortueux chaton connaissait, brûlant au point d'en être déchirant. Aramis le frigide découvrait la torture du désir, la fusion de deux envies aussi puissantes que diamétralement opposées; il voulait qu'Ambroise le prenne tout de suite, là, maintenant, et pourtant il voulait aussi que cela arrive le plus tard possible, après encore quelques baisers, quelques infimes morsures...


"A... arrête..."

Un long gémissement, à peine audible. Oui, le jeune parfumeur voulait que cela s'arrête. C'était trop neuf, trop puissant pour lui qui n'aspirait qu'à être un misérable petit pervers. Il ne supportait pas d'être ainsi coincé sur le dos, comme un jeune loup imprudent qui vient de se prendre une raclée. Il ne comprenait rien à cet homme qui avait repoussé ses caresses, qui semblait préférer le plaisir de son amant au sien propre, qui s'apprêtait à lui ôter l'unique vêtement qui lui restait... Aramis ne s'était jamais laissé déshabiller par un autre, jamais: cela donnait une prise bien trop grande sur sa personne. Paradoxalement, il ne s'était jamais senti aussi viscéralement nu qu'en cet instant.

Non, décidément, il ne pouvait pas accepter d'être ainsi relégué au rang de pucelle effarouchée. Qu'Ambroise achève ou qu'il le lâche, mais qu'il arrête, qu'il arrête...

Et s'il arrêtait vraiment?...

Non, non, pas cette fois! Aramis n'avait pas fait tout cela pour céder si près du but, si près de ce foutu amour qu'il avait poursuivi toute sa vie durant. Terminée la colère outrée de la diva mal baisée qui refuse que l'on attise ses désirs, terminés la paranoïa et le calcul. Il avait enfin l'occasion de vivre, merde, vraiment vivre! Quand il avait rencontré la Rose de l'Albërick, il avait bien tenté le coup, non? Alors qu'il se doutait qu'elle le méprisait, qu'elle n'attendait que le bon moment pour lacérer ce qui subsistait de sa gentillesse et de sa candeur. Dans l'absolu, Ambroise ne sentait peut-être pas aussi bon qu'elle. Mais c'était de son parfum à lui qu'Aramis était tombé amoureux, amoureux à en crever. Amoureux au point d'oser commencer à croire que l'insaisissable poète ne lui ferait pas de mal.

Alors le parfumeur fit quelque chose que sa pensée malade refusait d'habitude de manière catégorique: il décida d'un compromis.

Sans laisser le temps à son amant d'interprêter sa malencontreuse plainte, Aramis allongea le bras pour se cramponner à sa nuque, et par la même occasion à son abondante tignasse à la senteur si envoûtante. Peut-être lui fit-il mal, mais ce n'était pas son intention. Ou peut-être que si, pour lui faire un peu payer ce pouvoir absolu qu'il exerçait si facilement sur ce corps frémissant abandonné à ses baisers.


"Tu ne vas pas me laisser commander, hein?..."

Sa main libre alla se saisir de celle qui jouait traîtreusement avec l'élastique de son sous-vêtement. Hésitation: il voulait absolument faire quelque chose, agir pour se sentir mieux, mais ça?... Ambroise releva la tête, dévoilant un visage méconnaissable où la tendresse avait transformé la convoitise en désir éperdu, et Aramis fit son choix avec l'impulsivité qui le caractérisait.

"D'accord."

Entraînant la paume du Mearas, sa main se glissa lentement sous le tissu qui dissimulait son bas-ventre. La chaleur de ces doigts étrangers poussèrent ses reins à se cambrer, et la prise du jeune homme se resserra encore un peu plus sur la nuque du monstre qui le rendait fou. Il pensait parler avec cynisme pour crâner jusqu'au bout, mais le souffle rauque qui lui échappa fut beaucoup moins brillant et bien plus explicite que ce qu'il avait prévu. Plus apeuré, aussi.

Mais c'était tellement bon qu'il ne trouva pas le moyen d'éprouver de la honte.


"Vas-y alors, fais... fais à ta manière..."

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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   08.12.08 17:02

Aramis...
Il ne s'agit pas de domination, de contrôle ou de commande...
Ce n'est pas Ambroise qui agit. Ambroise t'aurait baisé, un sourire satisfait aux lèvres en te regardant jouir, et puis... une fois son égo comblé par cette preuve de ses talents, il se serait peut-être abandonné. Peut-être... Mais t'aurait abandonné, ça c'est sûr.

Un sourire...
Malgré tout ce que cela peut comporter de paradoxal, malgré la situation..
Un sourire somme toute bien innocent. Presque celui d'un enfant trop vite mûri par la vie auquel l'on accorde une gourmandise; une gourmandise dont il connaissait la valeur et qu'il voulait prendre le temps de savourer. Adieu atours de pudeur, déjà les doigts si souvent tâchés d'encre se mirent en devoir d'écrire le plaisir en caresses, gémissements et baiser.

C'était brûlant mais pas violent; et déjà les chairs s'activaient, traçant en sillons invisibles le chemin de l'Eden à retrouver. Enlevant et délaissant plus loin le vêtement de son amant, le doyen revint soudain à hauteur de ce dernier. Frôlant son intimité, sa main soudain se crispa tandis que l'écrivain mobilisait sa volonté de ne pas le faire sien, là, tout de suite, quitte à retrouver la jouissance dans la souffrance.

Il avait aimé.
Il avait même adoré sentir ces doigts empoigner sa nuque, se sentir presque... esclave? de son aimé. Et avec toute la ferveur dont il était capable, Ambrosio embrassa Aramis et s'empara enfin de sa virilité.


Le souffle chaud, il se serait presque baffé mais il fallait qu'il sache... il fallait qu'il le dise...


"Je n'ai pas l'intention
la gorge sèche, il avala sa salive
de commander..."

Mais bon sang qu'il avait envie de lui! Savourer son plaisir jusqu'à la dernière goutte, délaisser presque l'origine de son désir, l'effleurer à peine pour mieux contempler les yeux voilés jouir de l'attente haïe et adorée, languir de l'étreinte enviée et redoutée...


Aussi incroyable que cela puisse paraître, le jeune centenaire se sentait prêt...
Prêt si son amant le désirait à se laisser pénétrer. Lui révéler, sans pudeur, tout un monde de merveilles, des poèmes, des fleurs, des tableaux...
Prendre.
Le mot n'est pas anodin, de même que celui de se donner...

Non, il ne voulait pas dominer son amant. Il voulait un égal, le respecter et l'aimer mais en aucun cas un pantin à manipuler.



"Tu es magnifique" faillit laisser échapper Ambrosio face à la vision de cet éphèbe alangui. Tout épris du parfumeur et enivré de l'instant, le poète se souciait peu de cet hématome présent sur l'oeil gauche de son descendant ou encore de la sobriété des lieux...
Mais quoiqu'aucun mot ne franchit les lèvres pâles, le regard...! le regard lui contait mieux qu'aucun aveux la tendresse, l'amour, l'admiration ressentis...

C'était impudique sans doute...
Sa confession retenue l'aurait été plus encore.
Et déjà ses doigts pressaient le désir révélé, calant leur rythme sur la respiration haletante de l'amant révéré...
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Aramis
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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   23.12.08 2:53

Il était nu, à présent, nu et offert. La bouche d'Ambroise avait envahi la sienne, son goût puissant et masculin s'était répandu sur sa langue. Le jeune parfumeur ferma les paupières pour mieux savourer ce nectar qui flattait les plus affutés de ses sens, cette offrande qu'il aurait voulue permanente et éternelle. Le parfum de son amant le submergeait, engourdissait son esprit plus que n'importe quelle caresse, et Aramis en oubliait même le malaise qui l'avait saisi lorsqu'on l'avait délesté de sa mince armure de coton. Il l'oublia jusqu'à ce que la main du poète se glisse entre ses cuisses pour l'effleurer, le toucher. Délicatement se saisir de lui, resserrer à peine les doigts, et l'enflammer.

Le jeune homme rouvrit brusquement les yeux et rompit le baiser d'un sursaut qui était presque un mouvement de recul. Il fallut tout l'amour présent dans les prunelles dorées d'Ambroise pour briser son impulsion de fuite, l'empêcher d'écarter la main étrangère qui s'emparait si effrontément de sa chair. Pour se rappeler qu'il devait faire confiance à un homme, pour une fois, pour la première fois. Mais l'appréhension était grande, et l'envie de se dérober plus encore; à elles deux, elles avaient coupé sa respiration et figé ses traits en un touchant et risible mélange de méfiance, de peur, de stupeur. Pouvait-il vraiment se le permettre? Pouvait-il se laisser aller dans l'étreinte de ce bel inconnu, qui d'un murmure lui assurait qu'il ne comptait pas commander? Pouvait-il...

Frôlements, pression. L'air jusque là bloqué dans la gorge d'Aramis s'échappa en un souffle incandescent tandis que ses yeux embrumés de plaisir se réfugiaient derrière ses paupières à moitié closes. Ses jambes se plièrent pour se presser contre celles d'Ambroise, apparente invitation qui n'était en fait qu'un moyen pour le parfumeur d'extérioriser son excitation quelque peu paniquée. Les doigts du Mearas allaient et venaient, doux et assurés, en rythme avec les haletements sonores que le jeune homme peinait de plus en plus à retenir, et Aramis avait l'impression qu'il allait perdre la raison tant c'était à la fois délicieux et... inconvenant. Oui, inconvenant. Anormal. Il n'avait pas à se laisser faire de la sorte, c'était totalement... c'était bien trop...


*Mais c'est pas bientôt fini, ces conneries?!*

Il s'obligea à rouvrir les yeux, à affronter le somptueux visage qui se penchait sur lui. Ce regard aux reflets moirés, étincelant d'un amour presque douloureux. Muet, Aramis contempla un instant celui qu'il se refusait à encore appeler Ambroise de Mearas. Il plongea dans ces deux miroirs pailletés de jade. Et soudain, éclair instinctif de compréhension, il sut: ils luttaient tous les deux. Lui, il devait mobiliser toute sa volonté et le peu d'innocence qui lui restait pour vaincre sa perversion et les attitudes qu'elle lui imposait. Ambroise quant à lui avait osé - osait toujours - se montrer sincère, dévoiler ses sentiments, avouer son adoration. Quand l'un cherchait à offrir son corps, l'autre se battait pour donner son coeur.

Alors Aramis se détendit: finalement, ce n'était pas si différent de d'habitude. D'une certaine manière, il commandait cet homme aussi bien que tous les autres; simplement, il le tenait par ses sentiments plutôt que par sa libido.

Pensée affreuse, aussitôt formulée, aussitôt désavouée par une âme honteuse de se rassurer de la sorte: voilà qu'il recommençait... Le parfumeur ne voulait pas non plus de ces questions de domination, pas ce jour-là, pas avec Ambroise. Pas avec Ambrosio. Personne ne dirigeait personne. Simplement, chacun avait une prise sur l'autre. D'un unique regard, son amant lui avait fait une merveilleuse concession; à lui de s'en montrer digne.

Pour la première fois, un sourire se dessina sur les lèvres du jeune homme, un sourire stupéfiant de tendresse et de sincérité. Il était doux sans être cynique, joueur sans être fourbe. Ses paumes allèrent se poser sur les joues d'Ambroise et il attira le poète à lui pour l'embrasser. Il aurait aimé se montrer délicat et romantique, mais alors que les doigts du bel immortel continuaient à s'activer dans son intimité, c'était parfaitement impossible; aussi le tendre baiser devint une morsure fébrile, les ongles se firent griffes pour se saisir de la chevelure aile de corbeau, passer sous la chemise, aller marquer le dos pâle de fins sillons rosés. Se planter au creux des reins, juste au-dessus de la limite du pantalon, tandis que ses cuisses déjà levées s'enroulaient autour des hanches tant convoitées.


"Alors viens."

Viens, j'en ai assez d'attendre. Viens, pendant que je me sens assez amoureux, assez fort pour te regarder en face pendant que tu me posséderas, pendant que je te pénétrerai d'un regard. Viens.

"Viens, Ambrosio..."

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Ambroise
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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   23.12.08 3:43

Comment ne pas devenir fou?

Je vous le demande, à vous...
Comment ne pas devenir fou?

S'empêtrant dans sa chemise qu'il tentait de rejeter, pestant et étouffant un grognement contre les lèvres du jeune parfumeur lascivement offert en abandonnant l'idée de rejeter sa chemise alors qu'au fond il n'en avait strictement rien à foutre parce que ce n'était pas ce vêtement précisément qui lui flanquait un mal de chien à lui bloquer l'accès à l'intimité désirée.

Il lutta.
Dérapant fébrilement le long du cou puis du torse glabre de son amant, pressant presque douloureusement les portes humides de sa bouche avide sur le bouton d'un sein pour mieux remonter, dériver, le poète traçait en d'amoureux sillons l'aveu de sa déraison.

Tant bien que mal, il tentait de maintenir l'excitation élevée. Le souffle brûlant, le timbre chaud et vibrant coloré aux sarments de leur halètements surchauffés, le doyen laissa s'échapper bien malgré lui un soupir de soulagement tant que d'envie en sentant enfin la boucle de sa ceinture se délier entre ses doigts crispés.

Entre sur-place frustrant et frustré, morsure et soupirs étouffés, Ambrosio se permit un instant pour souffler, contemplant le visage aimé.
Niaiserie inutile?
Ttt, c'est pas parce qu'on est pd qu'on doit être aussi subtil qu'un cachalot en tutu rose dansant la polka.

Il se fondit dans ce regard aux reflets hypnotiques qui lui contaient si bien l'espoir de plus beaux lendemains, sourit vaguement entre deux halètements sans même contrôler la main maligne, mûe par les pulsions d'un corps qui se foutait pas mal des histoires d'amour.

Un baiser.
Vif, presque brusque, alors qu'Ambrosio repliait soudainement ses doigts, rétractait les émissaires curieux pour venir se placer au-dessus de son fils.
Qu'il était beau l'éphèbe offert et alangui! Mais malgré tout le charme que pouvait bien lui causer cette vision, la frustration de se sentir encore distinct de lui l'emportait sur cette adoration révérencieuse.


Il se contint.
Avec toute la volonté dont il était capable, s'emparant de la bouche du parfumeur qu'il surplombait toujours à la seule grâce d'un bras tendu, l'écrivain en vint presque à manquer d'air tandis que la promesse de leur union se faisait soudain perceptible.

S'arrachant à ces lèvres divines, le souffle court et le regard voilé, Ambrosio retint à grand peine un gémissement, mordant hâtivement la messagère indiscrète et revenant à Aramis.

Et son coeur qui cognait comme un grand malade intimant au médecin l'ordre de le laisser sortir...
Mais tout allait bien tant qu'ils ne faisaient qu'un...
Ils allaient ne faire qu'un.
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Aramis
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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   24.12.08 3:30

Ambroise se débattait avec ses vêtements, et pendant un bref instant, rare et précieux, Aramis se sentit apaisé... il se sentit normal. Il n'y avait plus de perversion, plus de doyen des Mearas, plus de parfumerie, de rose ou de supplices sur les remparts. Il ne restait que lui, jeune homme amoureux, qui prenait un plaisir simple et sain à tenter son amant au point de le rendre à moitié fou. Voir ce si bel homme lutter avec sa ceinture dans sa hâte de s'unir à lui, c'était drôle, c'était flatteur. Aramis rit doucement:

"Besoin d'aide?..."

Sa respiration hachée avait un peu dénaturé son intonation taquine, mais son sourire et ses yeux ne laissaient aucune place au doute: ce n'était qu'une tendre plaisanterie, nullement une provocation de chaton écervelé. Il sentait qu'il plaisait à Ambroise, qu'il lui plaisait vraiment - qu'il le faisait grimper aux rideaux, oui, et pas parce qu'il était beau garçon, pas grâce à ses fameux "talents", mais simplement parce qu'il s'abandonnait à lui et qu'il trouvait la force d'en jouer. Simplement parce que cet homme avait viscéralement envie de lui.

Parce que cet homme l'aimait pour ce qu'il était.

Aramis se fit un mantra de cette phrase, de ces quelques mots qui avaient bouleversé sa vie, et lorsque la ceinture honnie daigna enfin céder, que l'instant de grâce prit fin et que l'appréhension fit son grand retour sur le devant de la scène, le jeune parfumeur parvint à se cramponner à cet aveu avec assez de ferveur pour s'en tenir à ses résolutions. Ses jambes raffermirent leur prise autour de la taille d'Ambroise, en remontant le plus haut possible. Il resterait sur le dos. Il regarderait son amant dans les yeux. Il le fallait.

Mais quand il sentit le désir palpitant du Mearas se presser contre ses chairs offertes, Aramis vit soudain sa motivation flancher. Il savait faire jouir les hommes. D'un mouvement du bassin, il pouvait passer du statut de tarlouze frigide à celui de coup du siècle, et à vingt-et-un ans il en savait déjà plus que ce que bon nombre d'homos apprenaient en une vie. Il n'avait jamais eu peur de ne pas contenter son partenaire. Mais il réalisait à présent qu'il n'avait surtout jamais eu envie de combler ces hommes. Pas comme ce jour-là. Et si le stress le rendait maladroit? Et si le fait de s'offrir ainsi, de faire l'amour de face, lui faisait perdre tous ses repères? Et si Ambroise était déçu?...

La pression s'accentua, lente, précautionneuse, beaucoup trop lente et précautionneuse pour un Aramis qui se sentait prêt à imploser. Au risque de faire perdre l'équilibre à son aîné, il s'accrocha à lui et se hissa jusqu'à son visage pour dévorer ses lèvres, griffer ses cheveux - il sentait tellement bon... Sa bouche glissa le long de la joue glabre et siffla quelque chose au creux de l'oreille gauche, un ordre presque incompréhensible tant la voix qui le prononçait était avide, gémissante, déformée par la frustration et l'expectative. Un ordre qui de toute façon était rendu largement explicite par la main que le jeune parfumeur avait glissé jusqu'à un fessier découvert pour le pétrir avec une ferveur qui ressemblait à de la fureur.



Mais tu vas venir, oui?...

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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   24.12.08 4:17

Un soupir involontaire, un éclat fauve dans ses yeux d'or et un sourire à la limite entre la joie la plus indécente et la morgue orgueilleusement provocante.
Bien sûr que je vais venir oui... mais pas tout de suite. Pas tout de suite non, ce serait trop commun, trop fade.
Et Ambrosio de lécher, mordiller le lobe d'Aramis tout en pénétrant doucement son intimité...

Foutredieu ce que c'était bon!
Le visage plongé dans les ténèbres de sa brune chevelure, l'émeraude incandescente devenue braise charbonneuse puis sulfureuse, le doyen s'octroya un instant... un instant pour savourer ce contact de leurs chairs entremêlés. Parcouru d'un frisson au contact de l'air, si froid face à la chaleur de son propre corps, le poète offrit un vrai sourire à son amant...

Oh oui je vais venir.
Et de s'emparer jalousement de ses lèvres, assurer sa prise sur ce corps si jeune et si beau, exhaler un souffle à nouveau tandis qu'il s'enfonçait plus encore, étouffant un soupir _ou bien était-ce un gémissement?_ dans ce baiser prolongé.

L'air!
Il en prend à nouveau, comme le nageur extirpe la tête de l'eau pour mieux y replonger, caresse, ondule tout en faisant miroiter à la surface des lampes ses omoplates et muscles révélés et humidifiés par l'effort. Cette carcasse comme un vaisseau gémissant glisse, tantôt lente ou fluide, calme la rythmique lorsqu'il sent imminente la déferlante pourtant désirée, la presse à nouveau, bouscule l'ordre et instaure le chaos...

Chaos jouissif les faisant dériver entre sensation et émotion, plaisir et amour, extase des sens et béatitude lointaine. C'était un mélange fou, une grande marmite où l'on jetait pêle-mêle leurs impressions de vie pour mieux embraser leur humanité.

Parfois brusque, parfois tendre et doux, les cheveux emmêlés et la respiration saccadée, Ambrosio suivait, comme toujours... son intuition. Et faisant jouer ses muscles et jusqu'aux articulations intrépides de ses doigts, l'écrivain faisait sien celui qu'il avait choisi pour amant.

Et que cet instant devienne éternité...
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Aramis
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MessageSujet: Re: /!\ Et je t'offrirais... et je m'offrirais.   30.12.08 4:59

Il aimait Ambroise.

Il haissait Ambroise.

Et cela n'avait pas la moindre importance.


Haine, pour ces gestes trop lents, trop précautionneux, qui l'enrageaient et le terrifiaient. Pour ces doigts omniprésents qui transformaient son corps en brasier. Pour cette présence intime qui dégustait son intrusion, prenait même le luxe de parfois se figer pour mieux se fondre dans sa chair. Tout ceci était beaucoup trop nouveau pour lui plaire - ou plutôt pour plaire à cette part de lui qui émettait un râle furieux et avide à chaque coup de rein plus violent que laissait échapper son amant: cela, il le connaissait, il savait comment le gérer. C'était cela qui était censé le faire jouir. Le reste...

Amour pour le reste. Pour ces lèvres qui revenaient sans cesse étouffer les siennes, ce visage haletant qui soupirait contre le sien. Ce regard adorateur d'or en fusion. Ce parfum luisant de passion et de dévouement. Ses bras autour de ce torse, ses ongles sur cette nuque, ses jambes soudées à ces hanches. Cet homme, en fait, qui se donnait à lui, rien qu'à lui, tout à lui... Cet homme qui s'oubliait en lui. Cet homme, enfin, qui osait l'aimer pour ce qu'il était.

Et tout cela n'avait aucune importance, parce que ce maelström d'émotions contradictoires était parfaitement négligeable comparé à la béatitude charnelle dans laquelle Aramis se trouvait alors.


Les impitoyables charges des brutes avinées qu'il se coltinait d'habitude n'avaient jamais suscité en lui qu'une frigide indifférence parfois teintée de douleur. Quelle stupeur, après ces innombrables coucheries, de découvrir que cette union pouvait se ressentir d'une toute autre manière...

Doucement, le beau noble à l'âme de poète l'avait pris. Sensation, qui aurait peut-être été une légère souffrance pour un corps moins expérimenté. Surprise quand le contact était devenu chaleur, quand la chaleur était devenue frisson. Arrêt, soupir. Recul, progression, plus loin, plus profond, une brûlure qui à présent s'étendait dans tout son ventre, une envie qui envahissait sa tête. L'éphèbe resserra sa prise sur le dos nu de son amant, de lui-même son corps se mit à danser. Accompagner le mouvement, le contrer, bassin qui d'un geste joueur s'ajustait pour l'entendre encore gémir, pour sentir sa présence brûlante encore un peu plus intimement.

Oui, il le sentait, il le sentait en lui, et cette évidence le rendait fou. Pris entre le sol et la chair, Aramis se livrait autant qu'il exigeait, déjà dépendant de ce plaisir inédit et insensé. Peu importait que son reflet soit brutal ou doux, qu'il accélère ou ralentisse, tout ce qui comptait c'était cette caresse dans son ventre, de plus en plus fort, ce corps qui épousait le sien, cette sueur noyée dans la sienne, encore et toujours la lave dans ses entrailles et ce Tout qu'ils formaient enfin et sainte mère de Dieu que c'était bon de le sentir aller et venir encore et encore et encore...

Aramis ferma les yeux, enfouit son visage dans la chevelure sombre et son parfum délirant de perfection. Gémit. Puis il rejeta la tête en arrière et se laissa tout simplement submerger par cet orgasme qu'il avait si souvent dédaigné, si viscéralement désiré. Jamais éprouvé.


Et cet instant devint éternité.

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