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 Scène quotidienne...

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MessageSujet: Scène quotidienne...   29.10.07 17:13

« Alice ! Alice ! Eger refuse de nous prêter son ballon ! »

« Eh bien, vous n’avez qu’à aller en chercher un autre à l’intérieur ! »

« Oui, mais le sien il rebondit mieux ! »

Alors, allez demander à un grand de regonfler un ballon à l’aide de la pompe qui est dans le placard. »

Des scènes comme celle-ci, Alice en vit tous les jours. Tous les jours il règle quelques petits problèmes sans grande importance aux yeux de bien de monde. Et sans jamais s’énerver. Parfois, il n’a pas le dernier mot, mais ne s’en énerve pas et accepte qu’un enfant, qu’il ait cinq ou dix sept ans ait plus de raison que lui. Cette manière d’accepter ses fautes, cette façon qu’il a d’être toujours doux dans sa voix, ses gestes, ses regards fait de lui un homme aimé par bien du monde. Bien sûr, il pourrait se montrer désagréable et mesquin, mais l’individu ne le fait pas. Pour être aimé, tout simplement.

L’orphelinat est, comme toujours, animé par des cris d’adolescent qui courent après des plus jeunes, par des pleurs malencontreux et tout cela crée un tintamarre joyeux comme il en a toujours existé sur les marches de l’orphelinat depuis qu’il a été crée. D’ailleurs Alice est assis là, et travaille. Oui, son boulot à lui n’est pas de surveiller le nombre incalculable de mioches qui habitent l’établissement, mais de régler la paperasse. Pourtant, il fait tout ce qu’il peut pour rester près des polissons qu’il abrite, même si le froid mordant lui engourdit les doigts.

Vêtu simplement d’un sweater noir au dessus d’un t-shirt à manche longue jaune, d’un jean délavé et si usé qu’il commence à se trouer par endroits, tombant misérablement sur une paire de bottes militaires lacées de jaunes, on s’étonne bien qu’il a ne serais ce qu’un peu froid, car en cette matinée, les chaleur est absente, et est bien désagréable quand le vent agite les cheveux des passants. Mais l’air glacial n’arrête pas Alice pour autant. Il serait prêt à tout pour pouvoir être prêt de ses petits protégés, et les voir à travers la vitre de son bureau ne lui suffisait évidemment pas. Aussi, entre deux papiers administratifs, il lève ses yeux d’un gris de perle pour épier les galopins qui se bousculent, tombent, rient, rebaisse ses yeux sur son monotone travail, dépose sa signature à l’aide d’un stylo à l’encre noire au bas d’une feuille, calcule certaines sommes, écrit quelques mots de sa fine écriture fleurie penchée vers la gauche si quelque que chose ne lui convient pas, relève sa frimousse d’ange quand un ballon le frôle et rit avec les garnements qui, soit disant sans faire exprès, ont faillit l’assommer, puis se replonge dans sa méticuleuse affaire, frissonne légèrement et resserre son sweater autour de sa taille et recommence à gratter de sa plume le papier, guettant toujours du coin de l’œil ses anges qui s’approchent d’un peu trop près de la route à son goût…
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MessageSujet: Re: Scène quotidienne...   30.10.07 18:09

La silhouette ombrée se baisse et ramasse entre ses deux mains gantées le ballon qui vient de stopper sa route sur la pointe de sa botte.

Elle lève son visage encadré par une chevelure ondulante. Ses yeux attrapent le regard du gamin. Elle se permet un sourire, les gosses aiment les femmes qui sourient. Elle ne sait pas pourquoi, mais elle joue son rôle Cyanure, et en bonne actrice elle est prête à tout pour rendre son jeu parfait.

Les gosses préfèrent toujours les femmes grandes quand elles sourient gentiment. Sinon elles leur font peur.

Son regard glisse sur celui de petit, examine rapidement chaque partie de son corps minuscule, que voulez-vous, ce sont les habitudes du métier. Une marque, un dessin, un tatouage, elle enregistre comme une machine le visage et l’apparence.


Une voix susurrante, ronronnante, s’échappe de ses lèvres. Elle aime à jouer la sirène qui endort sous sa voix suave, elle aime à faire briller quelque part la toile d’araignée dans laquelle elle englue savamment ceux qui s’y approchent.

Déformation professionnelle. Elle ne connaît peut-être pas la force physique, mais elle sait jouer des tromperies et des pièges.

La sirène cache la houle de l’océan et le ciel déchiré derrière sa voix d’enchanteresse, elle cache la tenue de vase et les griffes au bout des doigts.

Pour l’enfant elle décide de se faire douce et rassurante, sans perdre la force ni l’autorité de sa voix, et elle murmure à son oreille, comme un lourd secret à ne pas répéter.


- C’est pas comme ça qu’il faut tirer, chéri. Regarde.



Elle se redresse, elle le surpasse maintenant, parcourt l’endroit du regard. Le vent agite. On entend des enfants, on entend des voix un peu partout. Le vent fait craquer lourdement des liasses de papier.

Son regard de pose sur son but.
Cyanure n’est pas venue ici pour rien. Elle sait ce qu’elle fait, elle a déjà planifié, calculé, sournoisement.

Elle a tissé son costume de plébéienne, elle s’est replongée dans les rues qui l’ont vu y courir, passante à travers la foule, étincelle éteinte parmi le brasier.

Elle se pare des cernes de fatigue qui ne lui sont pas étrangères, elle a décoré son corps de ce masque peu seyant qu’elle avait petite.

Elle n’est pas plus ni moins que ces enfants, elle est dénudée de tout apparat, de toute médaille d’honneur.


- Il faut que tu te concentres. Ou la plus petite des femmelettes du coin te battra à plate couture.

« Tu vois le géant blond là-bas ? Regarde bien.


La balle s’échappe, la balle vole, rebondit sur le sol et tombe terriblement près de l’homme.

Cyanure le détaille. Il a l’air de contrôler l’endroit, et d’ici elle parierait entendre cliqueter tous les bijoux qui le couvrent et le cachent.
Les diamants sont les meilleurs amis d’une femme, c’est bien connu ; quelle surprise de voir qu’un homme partageait cet avis, à son niveau.


Critique, elle cherche rapidement des signes de faiblesse ou de force, s’effraie un moment de la taille élevée de l’individu, note la puissance des muscles. Physiquement, l’individu n’est pas commun.
Elle ne se rappelle pas de l’avoir déjà vu, elle devrait faire plus attention.


Le ballon atterrit, fait s’envoler les papiers. Qu’est-ce qu’elle déteste la paperasse.
La courbe qu’il dessine s’arrête juste avant d’effleurer le beau visage de l’inconnu.
Elle n’a pas comme but d’handicaper l’individu.

Ce serait si dommage, si vulgaire de sa part. Pas vraiment le style qu'elle préfère.

Elle laisse là l’enfant qui ne comprend pas ce qui se passe, qui regarde la nouvelle venue avec interdiction.


La silhouette féminine se rapproche, avec un sourire gêné peint sur le visage : non, vraiment, elle est désolée de déranger l’inconnu dans sa tâche quotidienne, contrariée de lui apporter une nouveauté dans sa vie banale, terriblement navrée d’avoir, peut-être, troubler ses pensées.

Elle ramasse les feuillets avant qu’ils ne s’envolent, en pose un sous son talon, et le ramasse avec délicatesse, prenant bien garde à la cambrure de sa silhouette qui se baisse, souple, contrôlant sans en avoir l’air sa chute de reins. Tout se joue dans cet exemple de grâce imperturbable, dans le jeu de l’actrice qui reste pourtant si naturelle.

Pas de surplus surtout ; ça tuerait la scène plus sûrement qu’un mauvais spectateur.

Elle se saisit enfin du dernier feuillet et arbore un sourire étrange. Elle sent presque ses yeux émeraude brillaient de confusion.

La panthère se calfeutre sous un air de souris.

Cyanure tend les feuilles et présente ses excuses. Elle a appris la courtoisie, elle a appris les flatteries, mais ici elle préfère la politesse basique, ne surchargeant pas ses phrases, ne donnant aucune tonalité de vulgarité.


- Je…enfin, je veux dire…


A l’intérieur Cyanure rage de bégayer ainsi, de devoir adopter ce jeu où elle ne domine rien ni personne. Elle qui aime tant avoir l’emprise, elle doit s’en délaisser le temps de quelques heures.

Elle retrouve ce qu’elle avait pu être avant, et le passé n’est jamais bon, le passé ment et n’est pas digne de confiance.
A 27 ans, on n’a pas un lourd passé. Mais ça lui suffit déjà assez pour ne pas avoir envie de s’y attarder.


- Je voulais viser à côté … ! Je ne vous ai pas fait mal au moins ?


Elle s’inquiète, elle passe la main dans les cheveux mordorés de l’homme, effleure son visage de sa paume, cherche à examiner des bleus qu’elle sait inexistants.

Puis elle semble se rendre compte de ce qu’elle fait, elle s’écarte soudainement, encore plus gênée.



- Non, vraiment, vraiment désolée, je…ah, vous me rendez tellement confuse, je n’arrive plus à parler, vous allez bien ? Il ne manquerait plus que j’éborgne quelqu’un pour finir la journée…


Mal à l’aise.
Non, en fait non. Elle pourrait avoir l’air mal à l’aise et gênée, mais la fierté de l’actrice en prendrait un coup, alors elle paraît plus effarouchée que timide, ses joues ne rougissent pas, son regard un peu confus sait où se poser et quel vision caresser.

Elle pourrait se mordiller les lèvres et baisser les yeux, mais Cyanure est trop orgueilleuse pour ça.
Ce serait faiblesse de s’agenouiller ; quand l’esclave arrondit son dos le maître le frappe, elle ne peut pas s’abaisser à genoux pour jouer ce rôle.

Alors elle ne peut pas apparaître angélique devant quiconque, elle ne peut se montrer esclave et enchaînée alors que c’est elle qui coupe la liberté.
Un trop plein d’assurance, une touche de vanité. Tout pour raturer le tableau qu’on aurait pu imaginer.

Au lieu de baisser les yeux comme l’enfant coupable qu’elle devrait être, elle regarde, curieuse et insolente, le visage à la peau hâlée qui lui fait face.

L’actrice a joué ses répliques, voyons voir ce que le spectateur en pense.
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MessageSujet: Re: Scène quotidienne...   31.10.07 12:57

Instant d’arrêt pour la plume d’Alice. Ses sourcils se froncent sur ses yeux gris les rendant d’un éclat dur comme le roc. Un problème a été soulevé par ses pensées, mais le problème s’envola aussitôt quand il sentit une balle frôler son visage. La surprise lui fait lâcher ses précieux feuillets qui s’envolent avant de retomber sur le sol tels les plumes de l’ange impôts. Alice reste de marbre devant le spectacle qui s’offre à lui. Seul ses yeux écarquillés trahissent sa stupeur, puis sa raison reprend le dessus. L’homme fait la moue et cherche des yeux l’artiste de cette triste toile. Il n’aura pas besoin de chercher longtemps.

Une femme, une inconnue, se présente comme fautive. De noire vêtue dans l’univers coloré que forment les enfants, l’on ne peut passer aux côtés de cette jeune personne sans se retourner. D’autant plus qu’elle possède une arme fatale : la beauté. Pourtant elle n’a rien de vraiment remarquable. Non, c’est sa façon de se déplacer qui la rend si magnifique. Ses cheveux d’ébène se balancent au rythme de ses pas. Tac tac tac font ses bottes sur le béton, musique qui rythme tout cet être de noir. Elle s’abaisse, ramasse les papiers d’Alice, qui la mine renfrognée, ne dit rien. Il ne s’est pas encore remis du fait d’avoir été dérangé dans son entreprise. Mais bientôt, le galet que la jeune femme a lancé dans l’eau de son esprit ne forme plus de remous et Alice revient à lui, doucement. Ce qui achèvera de le faire sortir de son état entre ses songes et la réalité fut un contact. Une caresse subtile qu’il n’avait pas vue venir. Il rougit de ce contact. Rares sont les gens qui touchent son visage, et il n’y est pas habitué. Son regard de perle reste fixé sur les taches d’encre que son stylo à fait en tombant, pétrifié, et avant même que l’idée de repousser la main qui a effleuré sa joue, le contact est rompu.
Alice reprend son souffle, enfin. Qu’es ce qu’il haït cela. Non, il ne déteste pas qu’on l’approche ainsi physiquement, mais il n’aime pas le trouble qui l’envahit à chaque fois qu’on effleure son visage. Il n’aime pas cela parce que cela n’a pas de sens. Rougir ainsi n’est pas normal, surtout qu’il s’agit de honte. Oui, Alice était rouge de honte de la laisser toucher son visage, comble de la faiblesse. On ne laisse le privilège d’atteindre notre visage qu’aux proches, ceux pour lesquels on éprouve un amour, qu’il soit fraternel, maternel ou simplement amoureux. Aussi est il heureux que le rapprochement sois rompu. Même, il sourit aux excuses que la jeune femme formule. Sa voix l’a quittée, comme à chaque fois qu’il ressent un trouble, mais revient, calme comme si la situation était tout à fait banale.


" Voyons, vous n’avez pas à vous en prendre à vous-même. De toute, le tort à été réparé. "

Puis enfin il lève ses yeux gris vers ceux de l’interlocutrice. Il avait pu constater sa beauté gestuelle, il pouvait à présent contempler l’étendue verdoyante de son regard plus profond que la mer. Un de ces regards qui ne méritent pas qu’on les compare aux étoiles. Non, c’est les étoiles qu’il faut identifier à ces beaux yeux.

" Quelle lumière… "

A force de vivre avec des enfants, l’homme était à présent habitué à dire ce qu’il devrait penser tout haut. Cette touche de couleur dans cette tache d'encre noire n’est que beauté à l’état pur. Enfin il saisit ses papiers, ramasse son stylo et remercie la jeune femme d’un signe de tête, comme si les mots qu’ils venaient de lui adresser étaient tout à faits normaux. Comme si complimenter une inconnue était naturel.
Un enfant s’approche d’eux, et comme un petit fauve apeuré, se saisit de la balle et s’en va en courant. Elle a osé toucher Alice. Rien que pour cela, l’inconnue est étiquettée comme étrange et dangereuse. Le pire, c’est qu’il ne l’a même pas grondée de l’avoir dérangé dans son travail. Non, il se contente de lui sourire en comptant ses feuillets. Le froid mordant a gelé le bout de ses doigts, il a du mal à séparer les feuilles. Puis, relevant son visage à l’impassible sourire que tant de monde a essayé de décoder, pour savoir s'il est fait d'amour, d'animosité, de colère ou de tristesse, il s’adresse de nouveau à la jeune femme penchée sur lui, de sa voix de stentor sans accent particulier.


" Parfait, tout est là. Vous désirez rentrer pour boire quelque chose ? Je manque de compagnie et la votre à l’air d’être agréable. "
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MessageSujet: Re: Scène quotidienne...   01.11.07 1:37

Oh, il ne faut pas rougir comme ça voyons. Des élans de mégalomanie risqueraient de transpercer le petit cœur de Cyanure – et il est si facilement accablé, ce pauvre cœur. Pauvre petit organe qui montre bien trop vite des sentiments de vanité. Bientôt le malheureux se prendrait presque à battre un peu plus fort, cet idiot se verrait sûrement en train de batifoler aux alentours, se sentant presque capable de régénérer le cycle de sang du corps humain tout en dansant la gigue et en vidant son verre.

Heureusement, Cyanure a une tête, alors elle ne laisse rien transparaître. La transparence, c’est triste, ça montre tout, ça montre le vide intérieur.

Mais elle n’est pas transparente, alors elle ne se sent pas concernée par le problème.

D’accord, sa tête n’est sûrement pas l’endroit le plus accueillant du monde. Mais au moins, cette tête ne se prend pas, d’un seul coup, de partir voleter avec les papillons ou d’asphyxier n’importe qui. Ce n’est pas vraiment son genre. Sa tête calcule, comme une gentille petite machine. Le pour, le contre.

Rentrer à l’intérieur alors ? Ou rester dehors dans le froid au milieu d’une foule de mômes armés de dizaines de ballon ? Répondre au compliment adroitement ? Ou l’ignorer ?


Encore mieux. Essayer de déchiffrer le sourire impénétrable qui s’offre à elle. Entreprise difficile, et même si elle pensait connaître déjà tout de la morphologie humaine, cette fois ça lui échappe.

Tant pis, elle préfère laisser tomber. Après tout, elle aussi est très bien capable de mitiger ses apparences pour laisser place à la confusion chez l’observateur.

C’est vrai. Elle peut faire un exemple, là, tout de suite.
Comme ça.

Avec ce petit sourire qui se veut invisible, indéchiffrable. Pourtant, il prend plus une teinte d’amusement que d’incompréhension.

Tant pis pour cette fois. Elle trouvera bien un moyen de faire preuve, à son tour, d’expressions compliquées et incompréhensibles. Que ce soit dans quelques secondes ou dans quelques heures.

Sa compagnie est donc plaisante. Soit.
Elle ne va quand même pas s’en plaindre. Et puis, n’importe quelle flatterie au cœur des femmes est douce.
Une faiblesse typiquement féminine à laquelle Cyanure ne fait pas exception.

- Ma compagnie, plaisante ? Eh bien…vous êtes sûr que nous parlons bien de la même personne ?...et vous êtes sûr que ça ne vous gêne pas ? Enfin je veux dire, vous avez l’air de surveiller les enfants, je ne voudrais pas vous détourner de votre mission…

Elle ne laisse pas vraiment à ce grand homme le temps de répondre. Juste le temps de pause nécessaire pour apparaître agréable et polie.
Déjà elle plaque sur son visage ce regard curieux qui lui va si bien.

Cyanure refuse souvent les invitations.
Mais celle-là est irrésistible.

-Mais après tout…oui, je veux bien rentrer. Au fait, je m’appelle Cyan.

Elle le regarde d’un peu plus près, maintenant. Discrètement, bien sûr, elle ne voudrait pas attirer l’attention en ayant l’air de le scruter aussi attentivement qu’elle le ferait avec un tableau. Les regards lourds sont fatigants et grossiers.

Donc elle le regarde, vaguement, rapidement, histoire de prendre quelques informations. C’est un jeu très piégeur. On ne sait jamais sur quoi on risque de tomber. Encore moins si on a perdu ou gagné.

Mais pour le coup, Cyanure est satisfaite. Les pierres précieuses sont rares, les diamants encore plus. Et le regard qu’elle a croisé le temps d’un court instant s’étale en milliers de carats à lui seul.
Si elle était une voleuse, Cyanure choisirait en priorité de cambrioler ces yeux-là avant les autres. Mais elle ne l’est pas, alors elle les laisse en paix.
Des yeux gris, c’est assez rare, quelqu’un en profitera certainement.

Du jeu elle retire une bonne pioche. Il suffit maintenant de les abattre avec…attention.
La silhouette recule de quelques pas, son visage se tourne et observe l’orphelinat.

On pourrait se demander pourquoi elle est venue ici, pourquoi est-ce qu’elle a choisi cet endroit. Les réponses ne sont pas belles. Il vaut mieux les taire pour le moment.

Et aux yeux de tous elle n’apparaît que comme une digne touriste. Elle se donne l’air d’avoir sa place ici. Après tout, elle l’a toujours eu. Et elle en est fière, au fond. Du moins elle ose supposer.
Sa mémoire recolle les morceaux de passé. Elle se rappelle du bâtiment délabré, des enfants aux genoux sales. Elle se plonge dans le décor.

Les quartiers sont si tristes, dans la Basse Ville, une fois qu’on a connu les plus beaux endroits. Il n’y a plus vraiment grand-chose à y attendre, à part peut-être les souvenirs. C’est déjà assez.

- Vous me faites visiter, alors ?

S’il y avait bien quelque chose qu’elle ne se serait jamais imaginée dire, c’est bien ça. Elle tourne son regard vers celui de l’homme.

Elle attend patiemment qu’on lui montre le chemin.
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MessageSujet: Re: Scène quotidienne...   01.11.07 17:27

La jeune femme se fait désirer, pose des questions, à lui et a elle-même. Alice a la nette impression que ce genre de chose ne devait pas arriver souvent. Allons donc, était elle un monstre pour ne s’être jamais fait inviter ainsi ? Le cœur des femmes est bien la chose la plus compliquée qu’il puisse exister disent certains hommes, qui n’ont pas réussi à en décoder le code. Ah, le cœur des femmes… Ce sont les regards que l’on porte dessus qui le font battre ou s’arrêter, aussi Alice est-il tout miel avec le second sexe, s’empressant à leurs demandes, même les plus extravagantes.

Pour l’instant, elle l’observe, et il se plie donc devant son regard, et fais comme si il ne remarquait pas que, petites touches par petites touches, elle contemple chaque partie de son corps. Instinctivement, Alice plaque sa langue contre son palais pour cacher ce qu’il a de plus précieux. Il a de la chance, cette marque qui peut coûter sa peau ne se trouve pas au milieu de son front, mais l’homme à tout de même la frayeur qu’un jour elle soit découverte. La première appréciation vient du physique, et le plus joli spectacle que l’on peut s’offrir est la vue d’un beau visage, aussi Alice fait comme l’inconnue, et se met à al regarder des pieds à al tête, sans vraiment la regarder. Il parcours les creux et bosses qui se laissent deviner sous le manteau de la belle, caresse de son regard les courbes de ce doux visage qui lui fait face, suit ses traits réguliers et fins, mais il ne se contente pas que de cela. Les sons en disent long. Ses cheveux longs, légèrement ondulés glissent sur son manteau en un froissement agréable, son souffle calme et serein est le rythme d’une berceuse, sa voix aux notes uniques. Elle se stoppe reprend, pour la joie des oreilles d’Alice qui, toujours souriant l’écoute. Cyan… Un bleu pur et d’une pâleur extrême, voilà ce qui contraste avec l’être sombre qui se tient devant lui. La demoiselle marque un temps d’arrêt, sa voix décroît pour montrer la fin d’une phrase.


« Mr. Nordenskjöld Pforzheim Alyscamps, directeur de cet établissement. »

Son sourire ce fait malicieux. Les sonorités qu’il vient d’enchaîner sont d’une dureté horriblement maladroite dans la bouche des autres que nombre de personnes on dit que cette identité ne lui convenait pas. Mais dans sa bouche, chaque son se suivait comme si c’était évident, tombant dans les graves pour remonter dans les aigus, comme si les syllabes étaient marquées par des accents invisibles, se faisant allonger les voyelles et se raccourcir les consonnes. Puis il rit, pour lui, c’est toujours étrange de dévoiler son prénom. C’est si étrange, cet attelage de lettres.

« Mais l’on m’appelle plus souvent Alice. »

Tout de suite, le son se fait plus simple. Le son glisse parfaitement entre les lèvres de tous. Quel délice de prononcer ce prénom, deux syllabes. L’une exclamative l’autre pleine de désespoir. La sonorité de ce mot est unique et magnifique. Ce prénom lui va superbement. Il se lève, géant pourtant frêle. Sa poitrine creuse l’empêche de bomber son torse, l’implantation de son cou au début de sa poitrine ne lui permet pas de se tenir parfaitement droit. Il grimpe sur une marche, ses papiers sous le bras, tendant l’autre main envers Cyan, invitation à rentrer dans sa demeure.

« Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas le seul à surveiller les enfants, Melle Cyan. »

C’est totalement vrai. Avec un peu d’observation, l’on peut voir deux jeunes femmes qui entourent les enfants de leur mieux. Mais le plus marquant fut la sonorité du mot Cyan. Toutes les lettres s’étaient trouvées détachées, comme si le prénom avait éclaté. Le prénom monosyllabique se composait dans sa bouche de deux syllabes. Alice c’était accaparé ce prénom. Il l’avait adapté au son de sa voix et le faisait rouler allégrement sous sa langue.

« Eh bien allons y. Vous voulez visiter quelque chose en premier ? »

L’orphelinat était un incommensurable terrain de jeu. Il cachait de multiples trésors, dans son grenier, sa cave ou sous le lit de ses occupants. Mais peut être préférait elle prendre tout de suite le réconfort qu’il lui avait proposé, dans la cuisine, la salle à manger ou dans le vaste bureau d’Alice. C’était à elle de décider.
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MessageSujet: Re: Scène quotidienne...   02.11.07 1:13

- Alice…ça vous va comme un gant.

Elle sourit, un peu. Pour une fois, Cyanure est d’accord avec elle-même. On n’aurait pas pu trouver de meilleur nom à cet homme.
Pire encore, la panthère doit s’avouer déstabilisée. Il y a quelque chose de gênant, d’obscène dans l’idée de répondre au blondinet. La voix prend un ton plus fade, les sons ont l’air tellement plus effacés. La musique s’éteint, l’art s’estompe.
C’est tellement…dérangeant de parler.
Le silence est d’or, et il aurait mieux paré la musique qu’un murmure mal ébauché ou qu’un souffle un peu trop rauque.

- J’aime beaucoup…votre voix, Alice.

Quand elle se fait grave et velours, ou quand elle se fait calme, la voix reste toujours travaillée. La comédienne se demande quel genre d’artiste elle tient devant elle, se demande ce qu’elle pourrait en faire, de quel masque il se recouvre. Elle ne le cerne pas encore, alors elle tourne autour, attendant le moment de se rapprocher.

Elle le regarde se lever. Elle s’attendait à ce qu’il soit grand, elle n’est pas déçue. Bientôt elle n’a plus comme horizon que le torse d’Alice. Elle ne va pas s’en plaindre, mais elle trouve qu’un visage, qu’une main a des expressions légèrement plus intéressantes qu’un groupe de côtes ou un duo de clavicules.
Il se lève, prend ses papiers sous les bras. Il se retourne vers elle, lui tend la main.

Cyanure voudrait bien rire, Cyan voudrait se sentir émue par le geste.
Une dangereuse opération dans la machine à penser, les gestes restent contrôlés, un sourcil se hausse, le regard s’éclaircit, la main se tend.
C’est un précieux présent qu’on lui propose ; elle s’y abandonne, goûtant à la douce galanterie du gentleman comme une enfant goûtant à du chocolat.

Elle-même tend sa propre main, et elle en retire l’enveloppe de cuir qui la gante, mettant à nu une peau étrangement lisse, des doigts un peu trop longs. A l’intérieur de la paume les marques sont plus calleuses, mais l’apparence reste propre.
Elle glisse sa main glacée dans celle d’Alice, avec une lenteur indécente. Cyanure mesure la pression, fait attention à ne pas serrer violemment. Elle relève le regard derrière un rideau de cil, monte la marche et se rapproche délicatement.

Tac, tac, elle laisse là son guide et s’aventure seule sur les marches. Elle se faufile habilement dans l’ouverture de la porte, il fait un peu moins froid.
Bien sûr, ça fait longtemps que Cyanure s’est habituée à ce froid. Qui ne l’est pas ici ? Le froid est l’amant le plus fidèle de Tsel, au même titre que la misère et la tromperie.

Cyanure à l’intérieur leur reste infidèle mais revient constamment dans leurs bras ; eux, elle les connaît, elle ne les trahit pas plus qu’ils ne le font. Le froid la mord, la misère l’endort, la tromperie l’avilie, elle s’empoisonne à leur contact et son âme valse dans cette putridité. Oh oui, qu’ils viennent demain les donneurs de morale et les gens de bonne foi, les rédempteurs de péchés et les rêveurs qui attendent que leurs étoiles leur sourient, qu’ils viennent et voient le creux de leur absence dans l’âme de ceux qui les ont attendus et se sont détournés… ! S’ils étaient venus avant, s’ils avaient été là, s’ils avaient daigné abaisser le regard…maintenant il ne leur reste plus qu’à accepter les plantes fanées et les racines tordues, qu’ils acceptent leurs fautes et plient devant les erreurs qu’ils amènent et créent, qu’ils ramassent ce qu’ils sèment et crèvent avec.

Cyanure est une mauvaise graine. Ce n’est pas dramatique, beaucoup de gens le sont, et si ça doit être tragique alors le dénouement de la pièce en arrachera le cœur à plus d’un, le dernier acte aura tout pouvoir et on rayera toutes ces erreurs.

Mais Cyan…

Cyan, c’est différent, Cyan elle croit encore qu’il y a quelque chose derrière la nuit, Cyan se plaît partout où elle va, Cyan est toujours heureuse, elle ne joue pas de ses compagnons, ne jouent pas des hommes et des femmes comme elle joue avec des poupées. Cyan sourit, Cyan aime, Cyan quand elle respire l’air du matin ne sent pas les relents de noirceur qui s’y cache. Elle sent la pureté, elle sent le cristal là où il n’y a que désordre et maladie.

Cyan croit qu’un jour tout se passera mieux, elle subit le temps et reste passive, elle sait que le moment viendra où « ça ira mieux.» Cyan est adaptable, elle s’entend avec tout le monde, elle est la « gentille » dans un conte de princesse.
Mais Cyan est juste une couverture, à peine capable de recouvrir le serpent qui siffle en dessous, le Satan qui s’enivre sous son âme, le poison coulant qui prend forme sous le nom de Cyanure.

Elle apparaît, en haut de ses marches, la grande Cyan, pour mieux y disparaître, pour mieux se fondre dans les ténèbres. Demain Cyan sera quelqu’un d’autre, peut-être qu’elle n’aura plus le même nom.

Cyanure pense à épurer un peu la Cyan. Parce qu’elle commence à la fatiguer, d’adopter toujours soit un air niais soit celui d’une douce rêveuse un peu triste. Elle a songé déjà à la modifier, mais malheureusement tout le monde préfère Cyan quand elle est douce et plaisante.

Et ça la peine tellement ! Que les hommes peuvent être bêtes parfois ! Cyan n’a rien, Cyan n’est rien, comment peut-on penser à la préférer ?

- Je ne sais pas trop, l’immeuble est tellement grand…Et si vous me montriez l'endroit qui vous plaît le plus ?

Cyan pousse la porte de la pointe des doigts, se plaque doucement contre l’ouverture , vipère sinueuse sous la forme de colombe égarée, laissant juste la place à Alice pour passer, malheureusement sans l’espoir de ne pas l’effleurer, avec un naturel presque… obscène. Comme s’il n’y avait là rien de préparé, rien de choquant, comme si il paraissait normal qu’elle trouve cette place.

- Je vous en prie, faites comme chez vous...
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MessageSujet: Re: Scène quotidienne...   03.11.07 2:00

Elle aussi avoue que se prénom enfantin lui va parfaitement, et il ne peut rien y redire. Il se contente de fermer sa grande gueule, de la boucler pour une fois. Oui, Alice aime bien parler, mais certains sujets sont délicats. celui de sa voix par exemple, que la demoiselle vient de complimenter. Il baisse les yeux, ferme et ouvre plusieurs fois la bouche, pourtant pas un son ne sort. Cette voix, ce n'est pas la sienne. Non, c'est celle de l'étoile, ce parasite qui l'a infecté. Alice n'en est pas fier. On ne tarit pas d'éloge sur son chant, et l'homme doit bien avouer lui aussi que sa mélodie est l'une des plus mirifique qu'il ait entendue. Mais voilà, lui qui s'est retrouvé sous la protection d'une constellation, s'est retrouvé aussitôt affublé de ce don. De ce don devant lequel l'on a pas s'écrier de sa beauté, car il ne fait pas vraiment partie d'Alice. Le jeune homme a du mal à accepter cette particularité qui inspire maintes merveilles, qui, le seul fait de l'évoquer agrandit les yeux des enfants, fait pousser de saintes acclamation ou attire le dédain le plus repoussant. Alice est différent, mais pas unique. Alice fait le beau mais n'est pas fier en son fort intérieur. Il n'est pas fier de devoir cacher ce qu'il abrite au fond de sa gorge, du peur du quand dira t'on. Il n'est pas heureux à l'idée d'être ce qui pourrait être quelqu'un qui refera venir la lumière vive sur cette terre meurtrie, si les dires des contes se trouvent êtres vrais. Non, il aurait voulu être bien tranquille dans sa pauvre vie monotone, et ne pas casser toutes les vitres quand il élève un tantinet la voix. Car même si il dit que cela est un don, c'est surtout une catastrophe. Alice est obligé de garder toute la rancœur qu'il éprouve au fond de ses tripes, de peur de l'extérioriser comme fait le monde entier : en criant, pleurant, maudissant. Car sa voix trahit ses émotions, fait vibrer son entourage, transmet sa haine aux autres. Transmet sa tristesse, sa douleur. Alors Alice préfère garder tout cela pour lui même, pour éviter de briser les jeunes âmes qui l'entourent, se contentant de laisser filtrer sa joie, d'en faire un rempart, un mur qui cache son isolement. N'est ce pas une situation plus que burlesque que d'être comparé à quelque chose que l'on ne connaît pas, d'être une étoile qui ne brille pourtant pas? Alors Alice se tait, garde le silence et s'écrase comme un chien pouilleux.

"Oh oui elle est magnifique."

Une phrase complètement banale, pourtant dite sur un ton vibrant des sentiments les moins vertueux, tout bas, comme s'il parlait à lui même. A peine fut-elle prononcée qu'il s'en mordit les doigts, que son visage qui s'était assombri redevienne clair et souriant, qu'il frémisse au contact de la main froide et douce comme les écailles d'un serpent qui vient se lover dans sa propre paluche. Puis il referme sa main dessus, comme un piège. Il la tient doucement, comme une rose fragile, mais avec fermeté. La jeune femme grimpe les marches, et lui pivote sur lui même pour l'accompagner dans son geste, reste fluide. Comme si il faisait parti d'elle. Il lui a suffit de quelques minutes seulement pour s'adapter à la demoiselle, et je suis sur que si l'on écoutait les battements de leurs deux cœurs, le sien se calquerait parfaitement sur celui de l'indécente demoiselle, qui par regards et gestes l'embrouille, comme l'absinthe rend fou doucement, comme l'opium endort lentement, comme le cyanure se répand dans les veines, dolce largo. Parfois elle change, et cela ne tient qu'à peu de chose. un haussement de sourcil trop prononcé, un regard trop dur qui ne colle pas avec le reste. Mais Alice s'en accommode. Il a toujours fait cela, d'ailleurs. Jamais ce sont les autres qui changent pour lui, toujours est-ce lui qui s'adapte. S'adapte pour ne pas faire mal. Alors il se méfie, reste sur ses gardes, comme un chat qui se laisse caresser mais garde ses griffes sorties.
Elle lui paraît tout à coup niaise, sans que pour cela soit nauséeux. Mais la tournure de ses phrase enfantines se fait oublier par sa posture, juste dans l'encadrure de sa porte, et la suite de ses dires. Alice n'a pas le choix : il la frôle, s'y attarde même et va j'usqu'à se pencher légèrement pour mieux sentir son odeur, et d'une voix lente, devenue langoureuse, se fait un plaisir de lui répondre.


"Si tel est votre souhait..."

Alice aime jouer, quelque soit le jeu. Il l'entraîne à l'intérieur, gentiment mais avec une force qui empêcherait la jouvencelle de s'en aller si elle l'avait désirée. La porte se referme derrière eux dans un claquement sec, et devant eux s'étire un long couloir, plus haut que large, qui par sa longueur se fait oppressant. Quelques enfants passent la tête par la porte pour savoir qui est rentré, puis se cachent de nouveau dans les pièces qui bordent le couloir, rassuré que ce soit Alice, mais troublé par celle qui est en sa compagnie. Les murs blancs ne suffisent pas à donner de la luminosité au passage qui n'est percé d'aucune fenêtre, donnant l'impression à ceux qui s'y trouvent d'être enfermés dans une boite. Mais Alice y est habitué, et sans avoir besoin d'allumer la lumière, il s'avance dans ce couloir, le bruit de ses pas étouffé par l'épais tapis d'un rouge si sombre qu'il en semble noir dans l'obscurité. Voilà notre géant qui toque doucement à une porte, et sans l'ouvrir, parle au travers.

"Mirzoza, je vous prierai de monter dans ma chambre deux tasses de thé je vous prie. On a une invitée."

Aucune réponse ne vint, mais Alice sait que la jeune femme enfermée dans les cuisines à entendue.

"En espérant que le thé ne vous accommode pas, chère Cyan."

Il pose son regard clair sur elle, qui n'est plus que noir cerclé d'une fine auréole presque blanche dans la nuit qui règne dans le bâtiment. Et le voilà qui reprend sa marche, entraîne sa suivante dans un escalier raide. Le premier, le deuxième, le troisième, et enfin, le quatrième et dernier étage. Se dresse devant eux une unique porte peinte à la chaux. Alice l'ouvre, tournant la poignée qui produit un déclic. Alors la lumière revit, baignant la salle qui s’ouvre devant eux. C'est un bureau. Plutôt grand, l'on n'y trouve pas un simple bureau massif comme on pourrait penser. Une table circulaire est au centre, quatre chaise l'entourant. La pièce est ensuite sobrement décorée, et quelques piles de paperasse complètent la scène. Enfin l'individu lâche la main de la jeune femme, s'avance. Il pose ses papiers sur la table, s'étire. Puis s'arrête. Au fond se trouve une autre salle, une porte le prouve. C'est là bas que se trouve son havre de paix, mais il rechigne un tantinet à la dévoiler, surtout à une parfaite inconnue. Il est parti sur un coup de tête, sans savoir qui était cette Cyan. Alors Alice se retourne, s'appuie sur un meuble, et regarde sans rien dire Cyan, avec une insistance outrageante. Comme s’il la déshabillait du regard, cherchait à mettre à nu son âme. Car avant de dévoiler sa chambre, il veut la connaître un peu mieux. Alors il reste là, sans rien dire.
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MessageSujet: Re: Scène quotidienne...   04.11.07 14:06

*Ah, Alice, Alice, Alice … ! Si touchant, si émouvant, si surprenant, moi je suis mélomane et plus tu parles et plus je t’écoute…
Alors parle, parle pour moi et montre-toi imprudent.
Alice, qu’as-tu dans la tête ?
Le désir que tu cherches à éveiller ronronne maintenant. Tsss, tsss. Tu sais ce que disent les sages gens ? Ils disent que le désir n’amène toujours que souffrance.
C’est dommage. Mais à bien y penser, ils n’ont pas vraiment tort. *

Cyanure pense, Cyan avance, proche de ce corps un peu trop grand pour elle, suivant ses pas et se mouvant à sa vitesse. A peine un souffle sur l’épaule lorsqu’elle se place derrière, à peine un vague contact quand elle est un peu trop à côté.
Elle ne se fait pas lourde, elle est légère…
Légère elle vole, effleure à peine, s’approche et s’en va, nuage de brume glacé entre ses mains, légère elle chatouille et titille tout en restant intouchable…

Le corridor est long, Alice s’arrête et parle.
Elle s’arrête elle aussi, et elle se permet un sourire, jamais encore elle n’était arrivée si vite dans la chambre de quelqu’un. Doucement sa main se réchauffe à la présence de la sienne, elle est prisonnière de l’étau et sait qu’il ne la laissera pas partir.
Oh, elle ne compte pas s’en aller.
Ce serait si triste de tout gâcher.
Les sages gens disent qu’il y a toujours des limites à ne pas franchir. Cyanure ne sait pas, si c’est le cas alors elle a une fâcheuse manie de toujours aller plus loin dans ses vices et vertus. Il y a tellement de choses que trop de gens consomment avec modération, et tant d’autres qu’ils achètent alors qu’elles ne valent rien.
Cyanure n’achète rien. N’importe quoi s’achète, c’est trop facile. Elle ne modère pas tout et son contraire pour le plaisir des mères attardées cherchant à protéger leurs petits.
Elle ne compte pas se priver du plaisir de…faire plus ample connaissance avec Alice.

Elle se permet un sourire parce qu’elle sait que la partie n’est pas finie et que la fin n’est pas prévue, que tout peut changer et que la donne est à peine faite, elle sourit à la fois moqueuse et satisfaite, fixée sur rien, sûre de peu de chose, elle est dans son élément ici, à l’intérieur où il fait si sombre, où les regards se posent et s’en vont pour laisser seuls…Ici Cyanure est princesse, ici Cyan est esclave.
Rien ne se passe comme elle voulait, mais elle aime ça, le goût délicat et la saveur exquise des petits hasards qui changent des grandes choses.

Oh non, c’est gentil de demander, mais le thé lui plaît assez en fait. Le thé ça réchauffe, ça lui fera du bien.

Intérieurement elle se dit que des plantes bouillies ne sont pas très drôles si elles ne provoquent pas des hallucinations un brin amusantes et ne comportent aucun degré d’alcool. Elle aurait préféré avaler un verre d’eau simple plutôt que des feuilles d’un arbre quelconque et sûrement mort et déraciné à l’heure qu’il était.
Pourquoi ne pas lui avoir offert une coupe de champagne ? L’alcool a toujours un effet ravageur chez les hommes.
Lâcher les pulsions et délaisser le contrôle…que les êtres sont touchants, une fois saouls et libres de toutes pensées, à peine plus que des animaux, titubant comme des faux danseurs et riant de tout pour un rien…
A peine capable de garder une once de fierté…

Ils montent un escalier maintenant. Cyanure pense. Elle revoit l’air sombre qu’Alice a porté tout à l’heure à son visage. Pourquoi a-t-il fait ça ? Il était plaisant, avant qu’il ne vienne y coller cette moue attristée.
Qu’est-ce qui te chagrine comme ça Alice ? Beaucoup de gens voudraient cette voix. C’est mal de leur montrer que tu n’en es pas heureux. Ça leur donnera toujours plus envie de te prendre ce petit joyau que tu caches au fond de ta gorge. Qu’est-ce qui te ronge ?
A Cyan, tu peux le dire, elle écoutera…Cyan est une bonne oreille, une bonne âme dans un corps sain et aux yeux brillants.

Cyan est morte, c’est pour ça qu’elle reste si parfaite. Repose-toi en paix, Cyan, là où la terre est froide et les racines nombreuses.

Ils montent, Alice ouvre une porte, elle entre à sa suite, reconnaît un bureau. Toujours rempli de paperasses. Ah, ces foutus papiers qui font tourner plus d’une tête…les petits chanceux, ils ont une vie facile et agréable, eux.
Cyanure aime regarder Alice s’étirer. Les muscles se tendent joliment, un petit air félin se colle à ceux qui savent en jouer.

Et puis soudain il se retourne et la dévisage. Ah, petit chaton, si Cyanure ne devait pas jouer les petites filles pour mieux s’approcher, si tu étais dans son terrain de jeu tu t’en mordrais les doigts…

Ce petit regard insistant, c’est sa technique.

Cette façon de déshabiller des yeux, c’est sa manière de faire.

Maintenant elle va te montrer sa façon de tourner les choses à son avantage. Retiens bien la méthode.

Alors Cyanure lui retourne un regard bien particulier, qu’elle a choisi avec soin dans le lot qu’elle a à sa disposition.
Elle prend celui qui caresse, celui qui embrasse, celui qui touche et qui réchauffe. Elle prend ce regard qui ne promet que volupté et qui ne fixe rien, c’est la moitié de sa réponse à ces prunelles qui la dévisagent sans considération.
Mais elle sait que ça ne suffit pas.
Elle détourne les yeux et commence à marcher.
Devant ce genre de regard, la seule chose à faire, c’est de se faire admirer, de valoir l’œuvre d’art qui est attendu.
Les silhouettes sont belles et graciles, elles peuvent être beaucoup plus si on sait comment marcher.

Elle évolue dans la pleine lumière de ses yeux et fait le tour de la pièce, s’offrant en spectacle comme une lionne dans un cirque.
Elle passe un doigt sur la table, lui-même trace une ligne à travers la poussière qui s’envole dans la lumière, feu follets aux couleurs de cendre qui disparaissent une fois à l’ombre.
Elle remarque la porte, au fond de la pièce, se demande ce qu’il y a derrière - ça la fait sourire.
Sa main perd sa course sur les nœuds de bois de la table et prennent appui sur le dossier d’une des quatre chaises. Elle la saisit et l’amène avec elle, là, juste devant Alice.
Elle se pose sur le dossier de la chaise, les jambes adroitement croisées et les paumes des mains sur les bords.

Elle accepte de tenir encore la pose sous les projecteurs, se maquille de doux sourire et illumine ses yeux d’un fard de paillettes.
Une mèche frivole s’évapore sur son visage et ondule autour de son cou. D’une main assurée, elle la repousse en arrière et incline la tête de côté.

- Doux Alice, vous n’avez pas l’air très en forme. Je peux faire quelque chose pour vous ?

Cette simple petite phrase prenait des tournures extravagantes entre ses lèvres, cette ridicule question avait des airs de mystère paré d’or, prononcée sur la bonne longueur d’onde.

Alice, Alice, surprends-moi encore une fois…
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MessageSujet: Re: Scène quotidienne...   04.11.07 19:17

La voilà qui tourne autour de lui, oiseau de proie vorace. Alice, sans s‘en apercevoir, se penche vers le mur auquel il tourne le dos, cherchant à s’éloigner de la douce Cyan. Il n’est pas intimidé, non. Mais c’est un prédateur, Alice le sent bien. Il faut donc se méfier, se tenir en retrait, aussi se contente-il de regarder par les barreaux de la cage de la panthère, restant à bonne distance, de peur qu’elle ne lui saute dessus et de ses crocs ne l’égorge.

Puis survint ce regard. Ce regard qui fit suffoquer l’homme, qui le poussa un instant à la prendre dans ses bras, l’embrasser, la caresser, sans se poser de questions, à s'abandonner à elle, ne serais ce que pour une fois. Ses entrailles se tordent, la chaleur l’envahit, pourtant Alice ne montra rien. Il resta de marbre, se contentant de la regarder de biais, comme un enfant effaré. Non, il ne devait pas céder tout de suite, pas maintenant. Pas encore. Non, le jeu devait encore durer aussi repoussait-il le moment quand il ne sera plus obéissant à lui même, laissant de côté son bon sens et sa conscience.. C’est si amusant de jouer avec l’autre, de tester ses limites et les siennes. D’aller toujours un peu plus loin. Le jeu n’était que plus palpitant que les deux êtres ne se connaissaient pas. Que se cachait-il derrière leur physique, leur identité ? Le caractère de chacun ici transparaissaient par leur physique, et leur corps parlaient pour eux. Aussi, pour répondre à l’appel insistant de Cyan, Alice se redressa, pencha la tête d’un côté, faisant glisser ses longs cheveux blonds sur ses épaules, la bouche entrouverte et le regard embué de passion. Oh qu’il aimait jouer, se masquer et risquer de tout perdre n’était que plus palpitant. Perdre pour mieux gagner.

L’orgueilleuse beauté effleure le bois mort des meubles, fait voler la poussière qui s’y est installée, et finit par s’attarder sur une chaise, stoppe sa marche et tire son siège jusque devant Alice, qui ne bronche pas, se contentant de la regarder, entre amusement et consternation. Il se délecte du mouvement de son corps, de ses jambes qui se croisent et des mouvements de son bassin. Elle posa une question. Simple, lourde de sens pourtant. Le doux agneau se penche en avant, soupire mais pourtant ne la regarde pas. Non, il regarde les nuages qui stagnent par la fenêtre, avant d'enfin regarder, d’un regard attristé, Cyan.


« Faire quelque chose pour moi… »

Son visage se teinta d’un nouveau sourire, la lueur de malice se ralluma dans ses yeux de pluie. Il tenait là une carte maître dans son jeu. L’homme se leva, et lentement, se mit à tourner autour de du trône où siégeait la jeune reine. Parfois il s‘arrêtait, regardait ailleurs, comme si il errait, parfois s’éloignait d’elle, et se rapprochait ensuite, tel deux aimants qui s'attirent et se repoussent. Un tour. Deux, trois puis quatre. L’individu se stoppa d'un coup derrière le siège, posa ses mains sur le dossier, s’y appuya, faisant légèrement craquer le bois sous son poids.

A présent, ce n’était plus l'Alice du pays des merveilles. Il avait passé se rôle à Cyan, revêtant ainsi celui de Chester, le chat qui disparait et réaparait, manipulant la jeune fille. Il changeait de peau, se préparait à un nouveau rôle, passant de celui sous l’emprise d’un regard à celui qui emprisonne dans ses griffes. Il se penche jusqu’à l’oreille de la demoiselle, pousse un long soupir de désir. Elle lui plaît, elle ne peut en douter, tout son être se tend vers elle. Mais pourtant il se retient, il veut lui céder doucement, comme sucre fond au soleil. Il s’est amouraché des yeux de la belle, et veut à présent s’éprendre d’elle entièrement. Mais pour cela il désire mieux la connaître, faire parler son corps, lui faire dire tout ce que son âme ne lui dira jamais. La gestuelle, trésor de la chair, mots qu’il ne peut retenir, qui nous échappent.

Ses mains s’ôtent de la chaise, pour, sans pourtant ne serais-ce que l’effleurer, parcourent les formes du visage de Cyan. Ses contours, ses traits, sans jamais la toucher. Mimant les caresses sensuelles mais s’amusant à ne pas les lui donner, comme pour faire enrager une aimante qui ne demande que cela. Puis ses caresses irréelles descendent vers le cou, se font plus amples en longeant les épaules, en s’amusant à deviner les formes sensuelles de ce corps féminin. Mais il ne peut hélas qu’imaginer. Les manteau de la demoiselle couvre ses formes, et il désespère de ne connaître jamais la forme exacte de ses épaules, la finesse de sa taille ou la beauté de ses longues jambes. Alors Alice, son visage éclairé de son sourire énigmatique, mais ou ressort cette fois une pointe d’amusement, susurre quelques mots à Cyan.


« faire quelque chose pour moi. »

Une de ses mains frôla une mèche de cheveux d’ébène, la faisant voler dans l’air chaud de la pièce.

« Je ne vous ai toujours pas montré le lieu qui m’est le plus cher. »

Ses dires prennaient la teinte du secret, et son regard se dirigea vers la porte close, au fond de la pièce. Le regard insistant qu’il posa sur cette porte n’avait que pour but de renforcer la curiosité de Cyan, comme quand on enferme un objet dans une boite et que l’on demande à un enfant d’attendre le lendemain pour ouvrir la boite et en sortir le cadeau. Alors le jeune enfant lorgne le paquet, essaye de deviner se qui se cache derrière, parfois l’ouvre en cachette, mais le plus souvent attend, impatient.

« Je vous ouvre cette pièce si vous posez pour moi. »

Ainsi chacun serait content. Elle verrait le contenu du paquet qu’il lui tend, et lui pourrait à loisir la contempler, elle et ses yeux émeraude.
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MessageSujet: Re: Scène quotidienne...   05.11.07 14:48

Bien joué.
Oui, joliment joué. La panthère se sent prisonnière dans cette pièce étriquée, elle ne contrôle plus la chasse, elle est devenue proie de sa victime qui voltige autour d’elle.

Tourne et danse acrobate ! Virevolte à droite, à gauche, tu sais danser la valse acrobate ? Saurais-tu jouer les danseurs sans t’y épuiser ? Ou préférerais-tu le tango, la rage violente qui s’en dégage, la passion qui en coule ? Ou peut-être l’acrobate n’aime pas danser, peut-être qu’il fait juste semblant de savoir tourner. Tourne et tourne…
La roue tourne, la roue tourne, et qu’est-ce qu’on dit de la roue ? La roue craque, la roue s’étoffe de rien, la roue est juste un extérieur de bois sur un mécanisme de vide…La fortune passe, l’infortune voyage, le chariot avance…
Le funambule s’accroche au fil qui le tient en vie, le funambule ne s’y lance pas sur une roue.

Elle sent son corps frémir sous les gestes qui l’effleurent à peine et qui promettent les plus belles caresses. Elle enrage de se prendre en piège et de s’y être amenée seule.

Le serpent finit toujours par se mordre la queue.

Stupide, stupide vipère, où t’es tu donc lovée cette fois ? Au creux de l’ombre qui te cajole ? Non, tu t’es exposée de toi-même au soleil Cyanure, tu en payes le prix tandis que ton sang-froid se réchauffe et t’endort de méfiance…
La vipère ne mord pas, la vipère siffle à peine, elle s’endort cette conasse…
Le venin est doux, le charmeur est doué, les ondulations parfaites. La vipère a failli se laisser avoir par un flûtiste de plus.

Elle sent le désir qui monte, qui électrise les corps, les souffles qui s’accélèrent…une ambiance presque familière, un vague air de séduction aux accent épicés, à la recherche d’un partenaire qui saurait jouer de son corps pour donner l’illusion d’un plaisir quelconque…Une bien belle illusion aussi vide que creuse.
La curiosité la déchire, l’envie la prend et la colère la ronge. Aucune n’est prête à ranger les armes.

Elle ferme les yeux, mime un abandon quelconque sous les fausses caresses d’Alice. Sa respiration devient saccadée…
Inspiration.
Expiration.
Le sang afflue à travers les artères, se fraye un chemin dans la chair, transfère l’oxygène là où il en a besoin.
Il charrie ses fleuves de saleté et de pourriture. Les nettoie, les purge, les renvoie, les ramène. Le sang est à l’écoute du moindre de ses caprices.
Inspire, expire, aie l’air de réfléchir.

Elle ne réfléchit pas à l’intérieur. Elle sait déjà ce qui va se passer. Le spectacle continue, l’acrobate reprend ses périlleux saltos et le funambule tient encore sur le fil. La chute fera mal, la chute sera rude. Il est bien haut ce funambule, le vent le ferait tomber aussi facilement qu’il casse une feuille et l’entraîne dans ses bras avant de la laisser crever sur le sol.
Cyanure se relève avec une lenteur excessive. Le tissu se froisse, le cuir se plisse, le frottement des vêtements n’émet qu’un son très léger et futile, mais dans le silence il est crescendo au bémol perçant.

Dans le silence tout peut paraître bruyant, clinquant, beau, surprenant. C’est pour ça que Cyanure le vénère et le déteste : c’est lui qui exprime le mieux sa pâleur et sa fadeur, son manque de couleur dans cet endroit triste et grisâtre où elle brille autant qu’un mur. Crinière noire sur corps noir. Vêtements sombres sur du sombre. Et juste ce lamentable petit éclat d’absinthe qui attire tout et n’importe quoi, rejette et abîme, brille et éteint. La bougie dans les ténèbres. La seule chose qu’on retient.
Le silence, elle a appris à l’entendre. Il a son propre son, sa propre onde, sa propre poésie. Là où la réalité se ferme et où le mensonge se nourrit.
Tout paraît différent, exagéré, effrayant quand la nuit tombe. Le bois qui craque devient un fantôme perdu, un râle dans la nuit devient un meurtre.
Ça couvre le vide. Ça camoufle l’ossature et lui donne un air appréciable.

Elle avance d’un pas, toujours aussi doucement. Le talon contre le plancher provoque un bruit très sourd, très lourd, qui prend aux tripes et tord les entrailles au milieu des respirations.
Sa main droite vient ouvrir le blouson. La lenteur est extrême, la fermeture éclair se permet un bruit strident. Clac. Le bras se glisse, se sort gracieusement de la prison qui l’entourait, suivi de l’autre. Le blouson va rejoindre le dossier de la chaise.
Elle ôte calmement le deuxième gant qui lui restait, ferme les poings et les rouvre plusieurs fois, fait craquer ses os à la manière des musiciens qui réchauffent leurs articulations.

On attend d’elle qu’elle joue les nymphes aveuglantes, ça ne la dérange pas, elle peut s’accommoder d’une tromperie de plus, d’un déguisement un peu plus particulier. Paraître, donner et attendre ce qu’on reçoit. Mordre au moment où on ne s’y attend pas.
Une pose. Il lui demande une pose. L’acrobate est douée pour ça. Ce sera simple, facile, encore faut-il trouver l’idée, l’inspiration qui fera du corps la sculpture qu’il devrait être. La pose qui fera regretter de n’avoir pas duré plus longtemps. Celle qui laissera un goût de rien, l’amer de l’absence.

Cette douleur, cette plaie ridicule qui peut prendre tellement d’ampleur sur les corps blessés. Celle que Cyanure porte depuis longtemps maintenant. Celle qui a tué Cyan il y a longtemps…
L’indifférence.
La question qui se pose « Qu’est-ce qui aurait pu se passer ? » et celle à qui la réponse fait plus peur et mal que la question elle-même.
Les artistes savent faire ça. Ils savent abandonner pour mieux retrouver, ils savent supplicier à leur manière délicate les âmes torturées.
Et Cyanure se doit d’arriver à leur niveau.

Deuxième pas. Troisième. La féline grogne devant sa proie, à travers les barreaux du piège. Elle prend appuie sur les épaules d’Alice, laisse ses longs cheveux caresser la nuque de l’homme, se soulève habilement, enroule une jambe autour de la taille, puis la deuxième, avec un plaisir malsain et cruel. Légère, elle est légère, elle contrôle l’acrobatie et se laisse tomber en arrière, ses mains prennent appui sur le sol et elle sent ses muscles qui se crispent pour tenir la pose.
Elle ne compte pas la laisser durer longtemps.
Elle dégage ses jambes, les lance en arrière, retrouve l’appui sur le sol ferme et se relève, gracieuse et maladroite à la fois, maladroite d’avoir cassé le mythe de la distance et de s’être trop approchée, avant de se reculer trop rapidement.



Voilà, c’était fait. Elle avait obéi, écouté, calmé son intérieur agité pour le moment. La chape de silence pesait autour de la scène. Peut était-il temps de la rompre. Ou peut-être pas.
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MessageSujet: Re: Scène quotidienne...   11.11.07 0:38

Elle se réveille, la belle, frisonne sous ses doigts, vibrante de tout son être. Alice s'en délecte, s'émerveille des sons que crée ce corps dont il s'entraîne à jouer pour en tirer les plus elles notes. Alice s'en délecte, et voilà que on âme en redemande, qu'il s'est lui même prit à son propre piège. Doux son que les violons de la séduction, armes mortelles entre ceux qui savent les manipuler.

Elle se lève, la bête, merveille de grâce elle se faufile, souple et agile, enlève son manteau et ses gants toujours en des gestes graciles et mirifiques, s'offre au regard pesant d'Alice qui de ses yeux gris l'admire, restant silencieux et lointain, n'osant se rapprocher de cette nymphe qui se joue de lui. A présent c’est elle la cavalière. L’homme se redresse, ne la suit pas des yeux. Son regard reste fixe, pourtant il la sent dans toute la pièce. Il la sent, envahissante, s’accaparer son espace ! Quelle folie l’a poussé à amener ce fruit, à l’aspect délicieux, à rentrer dans son antre ? Un fruit peut paraître succulent de l’extérieur, mais s’avérer farineux, pourri de l’intérieur. Mais ils e laisse faire, le grand dadet, se contentant de resté immobile, comme si c’était lui, la proie. Mais lui ne voulait pas être aux mains de qui que ce soit. Son être refusait, s’indignait que le corps ne bouge pas, que le corps ne soit que poupée de chiffon dans les doigts fins de la gynécée.

Puis voilà que, tout contre lui, elle se blottit, que ses mains s’appuient sur son dos. Au tour d’Alice de frissonner de plaisir. Deux jambes entourent sa taille, telles des liens qu’il ne peut briser. Ses yeux se ferment, sa bouche s’ouvre, son dos se tend. Sa conscience s’est endormie, c’est à présent l’inconscience qui règne. Il se surprend à se complaire dans son rôle de poupée fragile, il s’étonne d’aimer n’être qu’un jouet entre les mains d’une enfant dont il ne connaît pas le vrai visage. Puis ses liens se desserrent, la chaleur humaine du contact se dissipe. Alice rouvre les yeux. Quelques secondes de plus et il défaillait. Non. Il a déjà faillit. Son rythme cardiaque s’est accéléré, ses muscles sont tendus au maximum. Elle a eu chaud la poupée. Elle a faillit fondre sous un soleil de plomb, et en plus, cela la ravissait. Pourtant, un sourire naît sur ses lèvres. Léger, mielleux. Ses yeux se plissent, sous une émotion que l’on se plait à ressentir. La sensation d’avoir vaincu. Oui, le comportement de Cyan prouve qu’il a gagné cette manche. Elle s’est laissée allée au contact, mais n’a pas réussi à l’avoir à son tour.


« Je prends donc cela comme un oui. »

Rien d’autre ne franchira ses lèvres, que petit à petit le sourire quitte pour revenir à la neutralité. Elle est là, devant lui, et lui se sent petit à petit céder. Maudite demoiselle, te rends-tu compte de ce que tu as fait ? Te rends tu compte que par ta faute celui qui ne doit pas faillir, celui contre lequel l’on peut s’appuyer sans risque à failli s’écrouler ? Non tu ne le remarques pas, car il ne le montre pas. Alice se contente de caresser du dos de sa main le bras de la jeune femme, avant de se diriger à pas lent vers la porte du fond. Il y appuie quelques secondes son front, puis l’ouvre, soucieux. C’est son dernier souffle de tranquillité. Un capharnaüm de tous les diables, et c’est à peine que l’on s’aperçoit que c’est une chambre, et non pas un placard à balai comme nombre le pensent.

Le sol en bois est recouvert de nombreux tapis aux tons chauds, et les murs sont recouverts de photographies, si nombreuses qu’elles vous font tourner la tête. L’on trouve aussi des articles de journaux, et quelques aquarelles. Quelques toiles sont entassées contre un mur, certaines vierges, d’autres peintes. Il n’y a pas de meuble dans cette salle, à part un chevalet et une armoire aux dimensions minimes. Un amas de couverture couvrant un matelas prouvent que tout de même, quelqu’un y vit. Le reste des objets est étalé par terre. De multiples boites à musique, de toutes formes, quelques pinceaux traînent ci et là et des boites s’entassent dans les coins de la chambre. La pièce, de taille pourtant respectable paraît minuscule du fait du bazar répandu partout, et le plafond, peint en une sorte de forêt tropicale ou, par ci par là, quelques personnages se cachent entre les branches et les feuilles et vous observent d’un air malicieux. Mais tout cela rend la pièce chaleureuse. On a envie de s’y enfermer pour fuir le monde extérieur, de s’y laisser mourir.

Alice a laissé la porte ouverte, comme une invitation pour Cyan. En attendant, il s’apprête à se mettre à coucher sur papier l’inconnue qui a réussi à endormir son esprit. Il enlève son pull, attache ses cheveux en un rapide catogan et essaye de trouver son bloc de papier, à quatre pattes dans son propre fouillis. Oui, cette position n’est pas des plus séduisante, mais cela lui permet de tourner le dos à Cyan et de cacher le rouge qui, lentement avait envahi ses joues. Alice alternait timidité et assurance. Lunatique, un peu trop même, mais il s’y était habitué, quoiqu’il n’avait pas encore trouvé la parade et que cela peut lui coûter très cher… Le voilà dans son espace de dernier recours, le seul lieu ou s’étale ses vices et faiblesses à la vue de tout le monde. Là où son passé est réuni.


[Excuse de la qualité du messages, fait en trois fois et la concentration me fuit >_<]
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MessageSujet: Re: Scène quotidienne...   14.11.07 18:21

Alors, c’était tout ? Elle ne gagnait que cela ?
A quoi servait-il qu’elle se tienne encore ici, la douce Cyan, si elle n’avait ni récompense ni médaille pour parer son sourire malicieux ?
A quoi servait-il qu’elle respire, qu’elle existe, si elle n’était que poussière à l’ombre de cet homme anormalement haut ?
Elle qui devait lever les yeux pour le voir, elle qui devait se contenir, elle qui devait subir, inlassablement, toutes les contraintes que lui imposait son jeu ; elle qui faisait l’effort de se montrer calme et posée, qui s’éternisait dans sa sagesse, elle qui n’était plus vraiment elle ?

Tout ça, juste pour voir cette chambre misérable, cet atelier appauvri et ces meubles pourris ? Pour qui la prenait-il, au juste ?
Le luxe, mon dieu, le luxe ! Il en avait déjà entendu parler cette idiote d’asperge ?
Autour d’elle, des tonnes de papier en tout genre s’agglutinaient, s’effondraient, se collaient au plafond. Sa botte en envoya un bouler à l’autre bout de la pièce.
L’idée de ranger un peu cette piaule et d’en faire une pièce agréable n’était jamais monter dans la petite tête d’Alice ou quoi ?
Elle imaginait bien que lui devait s’y trouver en parfait équilibre, elle voyait là un brin de sa personnalité. Toute la pièce est chaleureuse, toute la pièce est belle.
Cyanure recule. Lentement. Elle bat en retraite devant cet effet de lumière et de soleil. Elle hésite à rentrer, elle hésite à avancer dans ce désordre lumineux où elle ne se sent pas à sa place, cette chambre qui ne lui inspire que haine.
C’est à peine si elle voit encore Alice, à peine si elle remarque quelque chose d’autre. Elle veut partir, c’est tout. C’était une mauvaise idée de venir, elle a perdu ses objectifs de vue, et elle pensait charmer un serpent qui maniait la flûte aussi bien qu’elle.
Et pour ça, pour ce crime imparable d’avoir joué à son jeu sans se prendre au piège, pour ce délit horrible, elle ne tenait plus particulièrement à rester près de cette montagne musclée qui traînait là, à quatre pattes sur le sol. Qu’espérait-il comme ça ?

Non, cette pièce ni cet homme ne sont pour elle, et déjà Cyanure pense à autre chose, au temps qu’elle a perdu plus exactement, à ce qu’elle pu faire. Les étoiles, elle chassait les étoiles, pas les vivants.
Elle travaillait, d’une certaine façon, comme d’autres travaillaient le bois ou leurs textes.
L’Orphelinat lui avait paru un endroit tout indiqué pour chercher des proies. Des enfants abandonnés, décharnés, riant, ne pouvaient-ils cacher quelque chose derrière cette joie infantile ?
A cette question il n’existe pas vraiment de réponses ; parfois oui, parfois non, et au fond peu importe. Elle a eu ce qu’elle voulait, Alice s’en tire plutôt bien, ils sont quittes. Un point c’est tout.

Finalement elle s’avance, la grande ombre, se penche au-dessus de l’épaule d’Alice et observe, curieuse, sinueuse, ce qu’il commence à esquisser. Ce qu’elle voit la fait frissonner, ce qu’elle imagine lui déplaît. Etait-ce vraiment elle qu’il essayait de dépeindre ?....
Mais d’où tenait-il cette idée ridicule ?...

Ah, ça, il ne manquait vraiment plus que ça pour pourrir sa journée ! Comme si elle avait besoin, en plus de ce détour, d’un dessin qui la représentait … ! Discrétion, discrétion, elle se devait d’être discrète, personne ne devait jamais la retrouver sans avoir une hésitation devant ce visage secret et changeant ; personne ne devait deviner la crasse de boue qui l’entourait, personne ne devait la mettre en peinture, c’était complètement idiot, stupide, illogique … !

Plus surprise encore, lorsqu’elle virevolte violemment pour lui faire face et lui demander d’arrêter ce qu’il fait tout de suite, et qu’elle se retrouve devant ce visage soudain bien rouge. Un soupir douloureux écorche ses lèvres, s’abat à terre et s’y meure. Qu’est-ce qui se passait ici ?


- Alice.

Elle attend, peut-être, de capter son attention, mais surtout, de le déranger. Cyan parle avec attention, Cyanure avec dureté, et ces deux voix se mélangent assez étrangement.

- Alice, s’il te plaît. Je ne sais pas ce que tu comptes faire avec cette feuille, mais tu seras un ange si tu arrêtais tout de suite. Tu comprends ce que je dis ?

Un arrière-goût de menace peut-être dans cette question un peu inattendue. Mais qui pourrait savoir, sans en goûter l’interrogation ?


[Mon dieu, j'ai pas d'inspiration, c'est horrible xD]
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